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Les voyageurs européens dans le Maroc disparu

L’histoire du Maroc, riche et plus que millénaire, dispose de sources abondantes. En effet, la culture arabe, qui est une culture largement écrite, a vu l’éclosion de nombreux historiens marocains, maghrébins ou andalous. Certains comme Ali Ibn Abi Zahr, historien de Fès,  et son « Rawd Al Kirtas » ont brillamment détaillé l’histoire médiévale du Maroc. Ibn Khaldoun, dans son « Introduction à l’histoire universelle » a étudié le cycle des civilisations, de leur ascension à leur déclin, et a donné ses hypothèses sur l’origine des berbères qui peuplent encore majoritairement le Maghreb occidental. Plus récemment, An-Naciri, originaire de la ville de Salé, est considéré comme le plus grand historien marocain du XIXème siècle et a tenté une somme considérable sur l’histoire du Maroc.

Les historiens européens et notamment français ne se sont pas manqués de décrire l’histoire de ce pays. Certains, dès le XVIIème siècle comme Chénier, ont réalisé les premières sommes sur l’histoire du Maroc. Puis d’autres ont mieux saisi la trame et les conditions qui font aujourd’hui l’âme marocaine. Je pense surtout à Henri Terrasse, qui a réalisé une œuvre fondatrice de l’historiographie marocaine avec son « Histoire du Maroc des origines au protectorat ». D’autres, plus récents ont réalisé des œuvres, parfois magistrales comme Charles-André Julien et sa fameuse trilogie : « Histoire du Maghreb », « Le Maghreb en marche », et surtout « Le Maroc face aux impérialismes » . Plus récemment, Daniel Rivet a sorti une œuvre satisfaisante pour l’éditeur Fayard avec son « Histoire du Maroc » où il semble avoir saisi un certain nombre de conditions et de caractéristiques propres sans lesquelles on ne peut pas comprendre l’histoire de notre pays.

Néanmoins, aucun historien n’a encore réussi à réaliser une œuvre complète sur l’histoire du Maroc et celle-ci reste encore à écrire. Loin de moi de prétendre avoir cet objectif qui me dépasse de loin par insuffisance de formation spécifique d’historien et par une insuffisance de maîtrise de la langue arabe, indispensable pour étudier les sources. .

Mon propos dans cet article est de présenter le Maroc d’autrefois qu’on appelle aussi « Le Maroc disparu » tel qu’il acorsairesmaroc été vu par les nombreux voyageurs européens qui l’ont parcouru dès le XVIème siècle jusqu’au protectorat. Les premiers voyageurs et diplomates européens qui ont réalisé un voyage dans l’empire chérifien et écrit une chronique de leur périple datent en effet de cette époque, surtout après le désastre portugais d’Alazarquivir en 1578 où des milliers de captifs européens, souvent nobles,  ont été mis à rançon par les Saadiens. De plus, les villes du littoral marocain qui ont ont connu un essor de la course, ont dès cette époque, été les sièges de légations européennes. Ainsi, il y avait des consuls hollandais et anglais à Salé, cité corsaire par excellence dès la fin du XVIème siècle ou le début du XVIIème siècle.

Ces consuls avaient pour mission de négocier les rançons des captifs d’importance détenus par les corsaires. Ainsi, la germainmouette fille du gouverneur comte des îles Canaries, dont le navire avait été arraisonné par les corsaires de Salé, a vu sa remise en liberté négociée par le consul d’Angleterre à Salé, même si l’Espagne et l’Angleterre étaient alors en guerre. Dans la littérature, Jonathan Swift, dans les aventures extraordinaires de Gulliver, relate la captivité de son héros enchaîné à Bab Lamrissa pendant deux années, dans la cité corsaire de Salé. Les corsaires salétins étaient d’ailleurs bien connus des anglais qui les surnommaient les « Sallee Rovers ».

Me viennent à l’esprit Jan Potocki, prince polonais, également auteur du « Manuscrit trouvé à Saragosse » et son « Voyage dans l’empire du Maroc » fait en l’année 1791. Plus tôt Dominique Busnot et son « Histoire du règne de Moulay Ismaïl », contemporain de Louis XIV, qui venu pour négocier la rançon de captifs, fait une description pittoresque de l’empire chérifien et de son grand sultan décrit comme une brute sanguinaire, sale et dépenaillée…C’est la vision d’un moine français du XVIIème siècle sur ce que les français d’alors appelaient la Barbarie… Dominique Busnot évoque également, fait cocasse, les frasques des jeunes fils du sultan et l’attitude des notables de la ville qui passaient leur temps à les éviter… Et Germain Mouette et sa « Relation de captivité dans les Royaumes de Fez et de Maroc »…

De nombreux autres voyageurs, diplomates, espions, ont également parcouru le Maroc aux XVIIème et XIXème siècles. Comment ne pas penser à Gabriel Veyre auteur d’un « Au Maroc, dans l’intimité du sultan » qui narre sa relation avec le sultan Moulay Abdelaziz à la fin du XIXème siècle ? Réalisateur-photographe de profession, il décrit un monarque débonnaire et dépourvu de cruauté dans une ambiance crépusculaire d’un Maroc décadent et un homme-enfant passionné de nouveautés et de technologies (photographie, cinématographe, bicyclette, cinéma, électricité…).

Walter Harris, voyageur, diplomate et surtout espion pour le compte des grandes puissances convoitant « l’empire fortuné » dans son « Maroc disparu » dĂ©crit aussi l’ambiance crĂ©pusculaire de l’empire chĂ©rifien de la fin du XIXème siècle et fait la description des hĂ©ros rĂ©sistants lĂ©gendaires de la montagne tels Raissouli interprĂ©tĂ© par Sean Connery dans “Le lion et le vent” de John Milius ou celle du fameux ministre de la guerre El Menebhy.

Voyageur-espion, le vicomte Charles de Foucauld, dans sa « Reconnaissance au Maroc (1883-1884) fait une véritable cartographie du sud du royaume, recensant les tribus avec leur contingent mobilisable de combattants, les cours d’eau ou oueds et les cité avec leur proportion de population judaïsante.

Et l’œuvre magnifique de Pierre Loti «Au Maroc » où l’auteur fait une description émerveillée d’un Maroc magnifique de beauté dans un français admirable.

On peut citer également « L’empire fortuné », Aux portes du sud, Le Maroc » de Jean Ravennes, « Le Maroc moderne » de Jules Erckmann, « La sorcellerie au Maroc » du docteur Mauchemps, « l’empire de Fez, le Maroc du nord » de Fernand Benoit, « Au temps des Méhellas » de L. Arnaud ou encore « Au Maroc sur les rives du Bouregreg » de P-F Rabbe…

En conclusion , les sources sont légion mais leur abondance même et les récits de ces voyageurs-diplomates-espions, sont la preuve même de l’intérêt des grandes puissances pour l’empire chérifien à la fin du XIXème siècle et de la convoitise de ces puissances pour « L’empire fortuné ». La France, l’Angleterre, l’Espagne, l’Allemagne (voir le fameux voyage de Guillaume II à Tanger qui faillit déclencher une guerre européenne avant 1914) et même les Etats-Unis et la Russie avaient un œil sur le Maroc…

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