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La médecine arabe

L’expression « médecine arabe » appartient suffisamment au langage courant parmi les historiens pour ne plus susciter les polémiques d’il y a quelques décennies. Nous savons que de nombreux auteurs étudiés sous cette rubrique n’étaient certainement pas arabes d’origine, mais perses, grecs, juifs, syriens, berbères, tadjiks, et nous ne connaissons pas l’origine ethnique de beaucoup d’entre eux.

C’est pourquoi certains auteurs ont préféré le titre de « médecine musulmane » qui n’a pas beaucoup de valeur puisque beaucoup des praticiens concernés étaient chrétiens de rites divers, ou juifs. On peut plus logiquement parler d’une «médecine de langue arabe » puisque cet idiome tel qu’il était parlé au Proche-Orient aux Xè et XIè siècles fut leur véhicule commun, à condition que l’on n’en n’écarte pas les médecins iraniens ou turcs qui se sont exprimés dans leur propre langue mais en écriture arabe.

Finalement, faute de définition précise, on inclut dans le concept de « médecine arabe », tous les écrits médicaux rédigés dans le monde musulman depuis l’hégire (622) jusqu’aux temps modernes sans oublier les médecins d’Espagne ou d’Afrique du Nord, ni les cliniciens turcs et iraniens qui survécurent au sanglant intermède mongol et subirent ensuite l’autorité ottomane.

Sans vouloir prétendre dresser le catalogue des centaines des médecins connus pendant cette période, du moins évoquerons-nous quelques-uns qui ont laissé des traces dans les mémoires de l’occident.

Longtemps au service du calife de Bagdad Al Mutawakkil, Ali ibn Abban at Tabari (800-870) a laissé un gros ouvrage de médecine et de philosophies naturelles, le Paradis de la Sagesse qui fit autorité pendant plusieurs siècles. On y parle aussi de météorologie, de météoro-pathologie, de zoologie, d’embryologie, de psychanalyse, d’astronomie…

L’œuvre de Abou Bakr Mohammed ibn Zakaria ar Razi, son contemporain est encore plus considérable. On y relève Le Livre d’Al Mansour, dédié au prince de Khorassan, la Guérison en une heure, le Livre des secrets, des monographies sur la goutte, le rhumatisme, la colique, la pierre dans la vessie et les reins, un traité d’optique où il n’hésite pas à contredire Gallien en affirmant que l’œil n’émet pas de lumière mais la reçoit et un traité de la variole et de la rougeole qui a suscité depuis longtemps l’admiration des épidémiologistes, par son étude précise de la contagion, et pour le diagnostic positif de la plupart des maladies infectieuses.

Ali Ibn Abbas Al Magusi, autre auteur notable du milieu du Xème siècle, est l’auteur du Livre Royal qui est un véritable travail synthétique embrassant la théorie et la pratique de la médecine qui ne sera concurrencé en pays arabe et en Europe jusqu’à la Renaissance que par le Canon d’Avicenne.

Plus à l’ouest, la gloire médicale du royaume de Cordoue appartient à cette époque à Abulcassis ( Abbou Kassem Khalaf IbnAbulcassis Abbas al Zahraoui) dit aussi Alsaharavius qui vécut de 936 à 1013. Il est l’auteur d’un énorme ouvrage de chirurgie, Al Tarsif, qui fait certainement de lui le plus grand chirurgien du haut moyen-âge. Il y perfectionne l’instrumentation chirurgicale pour laquelle il donne des dessins explicatifs, ces illustrations étant exceptionnelles dans les manuscrits arabes. Même s’il accorde une très large place aux cautérisations, il est cependant très précis en décrivant les techniques de nombreuses interventions : la lithotomie, la cure de hernie, la trépanation, les amputations thérapeutiques, la version podalique, les résections osseuses pour ostéomyélite, etc…

Ne quittons pas l’occident sans évoquer les écoles médicales d’Afrique du Nord, où s’illustrèrent particulièrement les juifs, à Fèz ou Marrakech. A Kairouan, Isaac l’hébreu (Ishaq Ben Soleiman el Israeli, 880-932) écrivit le guide du médecin, ouvrage sur les maladies infectieuses qui resta longtemps classique.

De Avicenne (Abou Ali Al Houssein ibn Abdallah Ibn Sina), à l’extrême est du monde musulman, on doit 156 ouvrages connusAvicenne dont le plus célèbre dans le domaine médical, car cet auteur est surtout connu comme philosophe, est le Qanun fi Tibb, c’est-à-dire « les lois de la médecine », connu sous le nom pseudo-latin de Canon. Œuvre maitresse de caractère encyclopédique, cet ouvrage acquit rapidement une portée universelle et s’imposa comme enseignement obligatoire dans la plupart des universités européennes. Ce livre est surtout une récapitulation de toutes les symptomatologies de toutes les maladies inventoriées de la tête aux pieds. Sont particulièrement remarquables et partiellement neuves les descriptions de l’apoplexie cérébrale, des méningites, du diabète, et le diagnostic différentiel des ictères. La psychiatrie n’est pas oubliée, l’amour est classé parmi les maladies cérébrales au même titre que l’insomnie, l’amnésie ou la mélancolie.

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