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L’empire des almoravides

Lorsque la dynastie almoravide fut fondée au XIème siècle, l’islam avait déjà plus de trois siècles de présence au Maroc. Sa doctrine et son enseignement avaient eu le temps de pénétrer les esprits. La foudroyante montée des Sanhaja du désert saharien, avec l’avènement des almoravides nous en apporte la preuve la plus éclatante.

Les almoravides n’ont à aucun moment essayé de s’imposer au nom d’un particularisme tribal ni d’un nationalisme sanhajien, se muant en impérialisme. Ils n’étaient pas non plus guidés dans leur mouvement par un plan arrêté à l’avance, visant à mettre la main sur les ressources de contrées plus riches que la leur. Avant tout, ils étaient venus au nom de l’islam et avaient versé leur sang pour le défendre, d’où leur nom de mourabitin, transformé en almoravides dans certaines langues et qui veut dire ni plus ni moins « les combattants de la foi ». Leur percée dans l’histoire s’explique par un grand mouvement religieux, qui eut pour base le cœur du Sahara.

Pour comprendre ce qu’on appelle « la poussée almoravide », un retour aux faits s’impose. Il y eut d’abord la volonté ferme des chefs sanhaja du sahara de se retremper dans les sources authentiques de la religion. Leur rencontre avec des célèbres savants marocains comme Abou Imran Al Fassi, Wazzag Ibn Zellou el-Lamti et surtout Abdellah Ibn Yacine Al Jazouli s’avéra déterminante.

La tentative des almoravides de créer un Etat centralisé au Maroc, qu’on appelle péjorativement le Makhzen depuis le moyen-âge,  fut plus assurée que celle de leurs prédécesseurs idrissides, orientaux venus s’installer dans un Maroc encore fraîchement islamisé. Elle a pour originalité d’être une création authentiquement marocaine.

L’avènement de Youssef Ibn Tachfine, véritable figure de proue du mouvement almoravide, nomade authentique, devenu unsoldatsalmoravides homme d’ordre, de stabilité, un fondateur de cités, un bâtisseur d’empire, allait donner une réalité politique à ce qui n’était encore qu’une poussée. Le Maroc était en effet divisé en plusieurs principautés rivales qui, pour se maintenir, n’hésitaient pas à chercher des appuis auprès de puissances étrangères, notamment les Omeyyades d’Espagne et les fatimides d’Egypte. De ce chaos, Youssef Ibn Tachfine devait faire un pays uni, vigoureux et inspirant le respect à la fois dans le monde chrétien et le monde musulman. A lui on doit la fondation de Marrakech, même si ce fut son prédécesseur Abou Bakr Ibn Omar qui en avait pris l’initiative. Mais ce fut lui qui en fut le véritable bâtisseur.

En Afrique noire, les liens se renforçaient et l’islam commençait Ă  pĂ©nĂ©trer grâce Ă  l’action almoravide. Au Maghreb, la puissance neuve de l’Etat marocain permettait d’envisager une unification. Enfin l’Espagne musulmane, souffrant de divisions et de contradictions internes, suite Ă  l’effondrement de la dynastie omeyyade et Ă  l’interrègne amiride, voyait menacĂ©e l’œuvre de Tarik Ibn Zyad, Moussa Bnou Noussair, Abderrahman I, Abderrahmane III, Mohammed Ibn Ibi Amir dit Almansour ou “Almanzor, “le flĂ©au de l’an 1000” par la nouvelle offensive la Reconquista dirigĂ©e par le roi de Castille Alphonse VI.

La perte de Tolède en 1085, ville dont la prise par les arabes avait été considérée comme le symbole de la conquête arabe sur lesEmpire_almoravide wizigoths, et une percée catastrophique de la reconquista jusqu’en Méditerranée allaient décider l’émir de Séville Mohammed Ibn Al Moutamid, également grand poète (« Mieux vaut devenir chamelier en Afrique que porcher en Castille ») à faire appel aux nouvelles forces de l’Etat almoravide. Youssef Ibn Tachfine vint mettre un terme à la discorde entretenue par les premières Reyes des Taïfas et donner une nouvelle impulsions aux musulmans d’Espagne. Il faut savoir qu’il y eut trois Reyes des Teyfas en Andalouses : Les premières suivirent l’effondrement des Omeyyades et des Amirides, les secondes profitèrent du désordre de la guerre civiles avant que les Almohades n’assoient leur pouvoir et les troisièmes, fatales cette fois-ci suivirent après quelques décennies le désastre de Las Navas De Tolosa et le déclin de l’empire almohade.

La rencontre eut lieu à Zallaca (1086), une localité près de Badajoz. Après plusieurs péripéties, la bataille tourna nettement à l’avantage des musulmans et les troupes andalouses, notamment celles de l’émirat de Séville se comportèrent bien et jouèrent un rôle important dans la victoire. Le gros des troupes castillanes furent soit massacrées, soit capturées. Le reste des soldats ennemis durent s’enfuir avec Alphonse VI. Les almoravides, sur leur lancée purent faire lever le siège de Saragosse, reprendre Valence à la veuve du Cid mais échouèrent à reprendre Tolède.

Restait le problème des Reyes des Taïfas. Après avoir cherché des accommodements, Youssef Ibn Tachfine, fort de l’appui des docteurs de la loi, qui condamnaient ces derniers au nom des préceptes de l’islam, procéda à l’occupation de de Grenade, de Séville, de Cordoue, de Malaga et de toutes les autres villes et provinces de l’Andalousie, à l’exception du royaume de Valence qui garda une certaine autonomie. Le pays fut purement et simplement rattaché à l’empire almoravide. L’administration fut confiée à des chefs militaires ou à des membres de la famille d’Ibn Tachfine même si des andalous continuèrent à occuper des postes clefs de vizirs, secrétaires, précepteurs, magistrats, professeurs, etc.

Avant de mourir, Youssef Ibn Tachfine avait désigné son héritier présomptif, avec le consentement des chefs almoravides, en la personne de son fils Ali Ibn Youssef qui accéda au trône en 1106 et y resta jusqu’à sa mort en 1143. Son long règne, débuté sous d’heureux auspices ne se déroula pas sans que de gros nuages ne viennent l’assombrir, surtout au cours de la phase terminale. On peut y distinguer deux grandes périodes :
1. Celle qui précéda le soulèvement almohade.
2. Celle oĂą domina la lutte contre les Almohades.

A ce sujet, une anecdote intéressante. Ibn Toumert, qui dénonçait la licence et la corruption des almoravides assisté de ses deux principaux lieutenants, Abdelmoumen et Bachir, voyait sa réputation grandir auprès des tribus et se vit convoquer par le sultan almoravide pour controverser avec les savants légitimistes. A l’issue, de cette discussion, un fin vizir andalou dit au sultan « Mettez lui les fers si vous ne voulez pas entendre les tambours de la guerre » (« Ij3al 3alayhi Alqatbane kay la Tasma3 lahou Al Kablan »)…On laissa partir Ibn Toumert mais l’histoire a montré comment le rusé andalou avait vu juste.

Avant le soulèvement almohade Ali Ibn Youssef, eut les coudées franches pour se consacrer aux affaires de l’Espagnebataillereconquista musulmane. Il ne ménagea pas ses efforts pour lutter avec acharnement contre les Etats chrétiens de l’Espagne. Ceux-ci formaient des coalitions de plus en plus puissantes et profitaient de la naissance de l’esprit de croisade anti-musulmane pour faire appel à l’aide aux chrétiens d’Europe. Sous son règne, fut remportée l’éclatante victoire d’Uclès en 1108, dite « bataille des sept comtes » au cours de laquelle le fils unique d’Alphonse VI Don Sanche trouva la mort. Il y eut aussi d’autres actions menées autour de Saragosse de Tolède et de certaines places aux Portugal. Ces actions ont eu pour effet de prolonger l’existence de l’Espagne musulmane pour des siècles encore.

Le mérite des almoravides puis des almohades est d’autant plus grand que toute l’Europe soutenait l’effort de guerre de la Reconquista tandis qu’eux étaient seuls à faire face. En effet, les combattants chrétiens avaient le statut de croisés donné par le pape et celui-ci accordaient des indulgences aux chevaliers volontaires chrétiens qui allaient combattre les maures en Espagne. Des ordres religieux militaires furent créés par les rois chrétiens espagnols comme ceux d’Alcantara ou de Calatrava.

La fin du règne d’Ali fut marqué par la révolte almohade sous l’impulsion d’Ibn Toumert et de son successeur Abdelmoumen, et après sa mort l’empire almoravide disparut de la scène de l’histoire même si un résidu des almoravides, les Banu Ghanya subsista des décennies encore aux Baléares.

Liste chronologique des souverains almoravides :

Yahia Ben Ibrahim
Abou Bekr Ibn Omar (1055-1056)
Yahia Ben Omar (1087-1099)
Youssef Ibn Tachfine (1061-1107)
Ali Ben Youssef (1107-1143)

Tachfine Ben Ali Al Mouizz (1143-1145)
Ishaq Ben Ali (tué à la prise de Marrakech en 1147)
Ibrahim Ibn Tachfine

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