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Histoire de l’Espagne musulmane jusqu’Ă  la Reconquista


La faiblesse de la monarchie wizigothique, l’apathie de la population hispano-romane et l’accueil favorable de la minorité juivetarik-ibn-ziyad opprimée ont offert une proie facile aux arabes récemment établis sur l’autre rive de la Méditerranée. Le succès d’une reconnaissance d’un détachement de 400 hommes menés par le berbère Tarif Ibn Malluq incita Moussa Bnou Noussayr qui venait juste de s’emparer du Maroc à donner le commandement d’une expédition d’une armée de 12 000 berbères à son affranchi Tariq Bnou Zyad qui, guidé par le comte Julian, remporta une bataille décisive contre l’armée du roi Wizigoth Roderic sur les rives du Barbate le 28 Ramadan 92, 19 juillet 711.

Outrepassant ses instructions, le chef berbère attaqua Ecija et s’empara facilement de Cordoue et de Tolède et fut même en mesure de pousser son avancée jusqu’à Guadalajara et Alcala de Henares. Moussa bnou Noussayr, jaloux de la gloire de son affranchit, le rejoignit à la tête d’une armée de 18 000 hommes, et acheva la conquête du royaume wizigothique . Rejoignant la Syrie où il fut victime de l’ingratitude du calife omeyyade, il confia le gouvernorat de l’Andalousie à son fils Abd Al Aziz qui fut assassiné après un court règne de deux ans sur les ordres du calife Souleymabataillereconquistan.

S’ensuivit une période intermédiaire de 40 ans jusqu’en 758 et l’établissement de l’émirat omeyyade en Syrie. Cette période fut marquée par des dissensions internes entre Qaysites et Kalbites qui prolongèrent les dissensions arabes jusque dans la péninsule ibérique et vit la succession rapide de gouverneurs nommés par les walis de Kairouan ou les califes de Damas.

Vers 720, quelques aristocrates wisigoths et des natifs des Asturies commencèrent la Reconquista avec la proclamation de Pelayo (Pelage) et la bataille de Covadonga, épisodes entrés dans la légende. Avec une ardeur inlassable, ces ibériques mirent un frein à la poussée islamique et commencèrent à recouvrer leurs anciens territoires. La puissance disproportionnée de leurs adversaires, avec leurs raids dévastateurs, et leurs assauts des forteresses et des villes, ne réussit pas à imposer leur souveraineté sur les modestes royaumes d’Oviedo, de Pampelune et plus tard de Leon qui, bien que se reconnaissant parfois vassaux des arabes, n’abandonnèrent jamais leur souveraineté.

Après l’effondrement spectaculaire du califat Omeyyade en Syrie et l’avènement de la dynastie abbasside, un petit-fils du calife Hisham, le futur Abderrahman 1er, se réfugia en Afrique du Nord et par l’intermédiaire de son fidèle mawla (serviteur) Badr, contacta des troupes pro-omeyyades en Andalousie où il se fit proclamer émir à la suite d’une victoire retentissante, fondant ainsi le glorieux émirat omeyyade d’Espagne (puis califat à partir d’Abderrahman III).

Au cours de son règne de 32 ans, Abderrahmane 1er préserva et étendit l’organisation que les gouverneurs nommés par Damas avaient établie. Il fit de Cordoue le siège de son gouvernement mais s’abstint de choisir un autre titre que celui d’émir. Il autorisa la récitation de la khutba (prière) au nom du calife abbasside, du moins au début de son règne et organisa une armée de mercenaires composée de berbères et de malelouks achetés au nord de l’Europe et appelés esclavons.

A partir d’Abderrahman 1er, toute l’histoire de l’émirat omeyyade de Cordoue fut influencée, sinon dominée, par l’instabilité des différents groupes ethniques, arabes, berbères, néo-musulmans, mozarabes et juifs dont les rivalités furieuses interdirent la pacification du pays jusqu’à l’époque d’Abderrahman III.

SuccĂ©da Ă  Abderrahman 1er, son fils Hisham 1er dont le court règne se caractĂ©risa par une Ă©poque de paix qui permit de relancerguerriersomeyyades la guerre contre le royaume d’Asturie avec bonheur, puis le fils de ce dernier Al Hakam 1er (796-822) parfois surnommé ” le cruel “ dont la montĂ©e sur le trĂ´ne donna naissance Ă  une longue pĂ©riode de troubles (cĂ©lèbre journĂ©e des « fosses » oĂą la bourgeoisie de Tolède fut dĂ©cimĂ©e après une insurrection) dans le pays mais vit paradoxalement l’assimilation de l’Andalousie et les premiers signes de l’influence que la culture abasside de Bagdad devait exercer sur le pays.  

Grâce à la politique de fermeté de Al Hakam 1er, son fils et successeur Abderrahmane II (822-852) put jouir de trente années de paix relative à l’intérieur, au cours desquelles put se développer la renaissance intellectuelle venue de l’orient, fonder la ville de Murcie et mener de victorieuses campagnes militaires dans les régions de l’Alava, de Vieille Castille et de Galice. Son règne connut un raid célèbre des vikings qui attaquèrent et mirent à sac Séville mais qui furent finalement écrasés après l’énergique réaction de l’émir. Abderrahman II qui s’entourait d’un luxe inouï et qui n’avait plus à craindre de sédition fomentée par Bagdad développa des relations diplomatiques avec la cour byzantine de Constantinople et favorisa l’émergence et le développement d’une culture raffinée, notamment en faisant venir d’orient le célèbre Ziriab, musicien, arbitre des mondanités, gastronome qui fut un des fondateurs de la civilisation arabo-andalouse.

Lui succéda son fils Mohammed 1er (852-886) qui ne lui fut pas inférieur mais qui vit le début de la célèbre insurrection de Omar Ibn Hafsoun qui ne fut définitivement mâtée que par Abderrahman III. Après que son fils Al Mundhir (886-888) fut mort sans héritier mâle, un autre de ses un autre des ses fils Abdellah (888-912) lui succéda. Cette période confuse vit la naissance d’une mosaïque d’Etats indépendants au nord et assujettis à un protectorat purement formel, notamment la principauté des fameux Banu Qasi à Saragosse. La Catalogne, libérée de la tutelle carolingienne, vit la naissance de la dynastie franque des comtes-marquis de Barcelone.

Abderrahman III (912-961) fut le plus important des princes omeyyades. Au cours d’un long règne de 50 années, il fit de son pays le plus florissant de toute l’Europe et jouit d’un prestige que seule la cour de Constantinople pouvait égaler. Il écrasa finalement la rébellion d’Ibn Hafsoun et les rois chrétiens du nord lui rendaient hommage. Sous son règne, l’émirat omeyyade intervint en Afrique du nord pour contrer les fatimides et parvint à mettre sous son protectorat une grande partie du Maghreb. Parvenu au faite de sa gloire, Abderrahman III prit le titre de calife et fonda Madinat Al Zahra, où il stupéfiait les ambassadeurs par son faste.

Son fils Al Hakam II (961-976) connu un règne assez pacifique bien qu’il dut contenir une nouvelle incursion des normands et mener certaines campagnes militaires victorieuses au Nord contre certains princes chrétiens qui avaient encore quelques velléités.

Anecdote intĂ©ressante, le protocole de la cour fastueuse des omeyyades inspirera les monarchies française, espagnole, britannique et d’autres. Par exemple, les princes hĂ©ritiers de la dynasties Ă©taient appelĂ©s “walad” (fils), ce qui inspirera les monarchies europĂ©ennes et les entraĂ®nera Ă  appeler le fils aĂ®nĂ© et hĂ©ritier du monarque rĂ©gnant du nom de dauphin en France, infant puis prince des asturies en Espagne, prince de Galles en Angleterre, tsarĂ©vitch en Russie, kronpritz en Allemagne etc… De plus le protocole des cours espagnoles Ă  son apogĂ©e sera largement inspirĂ© des rituels omeyyades de mĂŞme que la cour de France, notamment avec le manuel des rituels et protocoles de cour rĂ©digĂ© par Henri III et plus tard poussĂ© Ă  son paroxysme par Louis XIV…D’autres cours s’en inspireront Ă©galement.

L’accession au trĂ´ne de Hisham II (976-1009), trop jeune et incapable de rĂ©gner, ouvrit la voie Ă  la dictature du hadjib Mohammed Ibn Abi Amir, dit Al Mansour (le victorieux) ou Almanzor par les chrĂ©tiens ou encore “le flĂ©au de l’an 1000” en raison de ses victoires. Almanzor fut le vĂ©ritable dictateur de l’Espagne musulmane pendant 20 ans et entreprit d’importantes campagnes militaires dans le nord, poussant jusqu’à Saint-Jacques de Compostelle (le fameux sac de 987) et Barcelone, de sorte que la plupart des comtes chrĂ©tiens se reconnurent ses vassaux.

A la mort d’Al Mansour, son fils aîné Al Muzaffar (1002-1008) lui succéda et eut la prudence de respecter l’apparence de la légitimité omeyyade et parvint pendant six ans à maintenir la paix intérieure. Peut-être empoisonné il vit lui succéder son frère Abderrahman connu sous le nom de Sanchuelo en raison de sa ressemblance avec son grand-père maternel Sancho Garces II, roi de Pampelune. Sanchuelo provoqua la tragédie de l’Espagne musulmane, la fitna ou révolution andalouse. Licencieux et vain, il voulut se faire reconnaître calife alors que même Al Mansour avait toujours eu l’intelligence de maintenir l’apparence de la légitimité omeyyade. Son comportement inqualifiable lui valut d’être rapidement assassiné et il ruina en très peu de temps l’œuvre d’Abderrahmane 1er, Abderrahman III et Al Mansour.

Par la suite, les notables andalous tentèrent de rétablir la dynastie omeyyade mais la dictature des amirides avait, en isolant leespagnemusulmane1035 calife dans son palais, détruit les liens de la dynastie avec les forces réelles du pays et l’on vit en peu de temps se succéder un nombre record de petit-fils ou d’arrière-petits fils d’Abderrahman III qui, par leur incapacité et leur comportement inqualifiable furent tous démis et assassinés, jusqu’à ce que lassés, les principaux notables de Cordoue abandonnent l’idée du rétablissement de la dynastie et décident de diriger leur ville de façon collégiale. Le dernier calife omeyyade ne fut même pas assassiné et finit cordonnier à Almeria.

On assista alors au morcellement du pouvoir et Ă  l’émergence de nombreuses principautĂ©s indĂ©pendantes et rivales, les premières reyes des Tayfas, qui firent le jeu de la Reconquista jusqu’à ce que le principal prince, Al Moutamid, Ă©mir de SĂ©ville ne se dĂ©cide Ă  appeler Ă  l’aide les almoravides du Maroc “Mieux vaut devenir chamelier en Afrique que porcher en Castille “.

Mais ceci est une autre histoire…

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