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Les empires arabo-musulmans

Après la mort du prophète Mahomet, de vives et parfois violentes discussions eurent lieu pour lui désigner un successeur. On raconte même que le débat fut si animé que l’on en oublia de s’occuper de la dépouille du prophète pendant trois jours et que celle-ci fut dévorée par les chiens avant qu’on ne lui donne une sépulture dans la chambre même où il décéda. L’intervention du cousin et 2ème successeur du prophète s’avéra décisive et on finit par désigner Abou Bakr, son plus fidèle ami comme successeur (khalifa) du messager de Dieu et c’est de cette manière que fut créé le califat, institution qui n’avait pas son équivalent et qui ne devait jamais plus en avoir hors du monde musulman. Tout d’abord on assista à ce que l’on peut appeler « le califat patriarcal » avec la succession de quatre proches (Abou Bakr As Siddik) ou membres de la famille du prophète (Omar Ibnou Al Khattab, Othman Bnou Affan et Ali, cousin et gendre de Mahomet). Ensuite la haute aristocratie arabe reprit en main les destinées du monde musulman avec l’avènement des Omeyyades qui prirent Damas pour capitale puis des descendants de la famille du prophète, en l’occurrence de son oncle Abbas, reprirent le pouvoir, fondant le califat abbasside avec pour capitale Bagdad.

Mais rapidement, le pouvoir central se morcela, surtout sous les abbassides, et l’extension fulgurante de la conquête arabe favorisa l’apparition d’Etats plus ou moins indépendants qui ne reconnaissBouyidesaient que nominalement et du bout des lèvres la suprématie du calife. En occident musulman des Etats apparurent en Andalousie (Omeyyades d’Espagne) ou au Maghreb occidental mais nous ignorerons ici les destinées de l’occident musulman, déjà évoqué ailleurs dans ce site, pour ne nous intéresser qu’aux principaux empires arabo-musulmans qui essaimeront dans « l’espace arabe ».

Le califat patriarcal

Dès la succession de Mahomet, les premiers califes lanceront des expéditions de conquête à travers tout le bassin méditerranéen jusqu’en France (bataille de Poitiers en 732) et en orient et en extrême orient jusqu’en Chine où les armées arabes se heurteront avec succès aux armées de l’empereur de Chine dans ce que l’on appelé la bataille du Talas ou plutôt les batailles de la vallée du Talas car l’affrontement avec l’empire chinois durera plusieurs siècles.

L’empire byzantin et l’empire perse sassanide furent les premières victimes de la conquête arabe et l’empire byzantin y perdra toutes ses possessions du sud et de l’est de la Méditerranée mais les arabes échoueront à plusieurs reprises à conquérir Byzance, ce qui restera le vieux rêve inassouvi des omeyyades.

A la tête des premières armées arabes, un grand général Khalid Ibn Walid, que l’on dit ne jamais avoir connu la défaite, remportera des victoires décisives contre les perses sassanides et les byzantins. Tardivement converti à l’Islam, il avait combattu les musulmans et joué un rôle décisif dans la bataille de Uhud où l’armée médinoise du prophète fut défaite par les troupes Mecquoises et sa conversion avait été grandement saluée par Mahomet qui reconnaissait sa valeur qui le surnommait « le sabre dégainé de Dieu ».

La conquête de l’empire perse ne fut pas tout de suite aisée et après que Khalid Ibn Walid ait été rappelé en Syrie où les arabes avaient fort à faire contre les troupes byzantines, les armées arabes essuyèrent une cuisante défaite à la bataille dite « du pont » en 634 face aux troupes de l’énergique empereur perse Yazdgard III et le désastre ne fut évité que grâce à l’héroïsme d’un chef bédouin Al Muthanna, puis remportèrent une importante victoire en 635 à Buwayb avant de remporter une victoire décisive à la bataille de Qadisya en 636, menés par un ancien compagnon du prophète du nom de Saad Abi Waqqas.

En Syrie Khalid Ibn Walid secondé par Amr Ibn Al As, futur conquérant de l’Egypte, défit l’empereur byzantin Héraclius, prit Damas et finit par infliger à l’empire byzantin l’écrasante défaite de Yarmouk en 636 qui mit entièrement la Syrie aux mains des arabes. En Egypte, Amr Ibn As que les victoires de Khalid Ibn Walid empêchaient de dormir la nuit remporta la victoire décisive face aux byzantins près d’Héliopolis en 640, ce qui livra l’Egypte entière aux mains du calife Omar.

Les trois califes Omar, Uthman et Ali furent assassinés. A Omar, on doit la construction de la mosquée dite d’Omar  à Jérusalem et sous Uthman, le Coran se vit rassemblé sous la forme et dans l’ordre que l’on connaît aujourd’hui. Ali qui s’était toujours vu opposé la veuve du prophète Aisha qu’il avait accusé d’adultère avec Zoubayr, finit par succéder mais se heurta à plusieurs révoltes. Celle de Zoubayr et de Talha finit par être matée après la bataille dite « du chameau » en 656 car Aisha y assista sur un palanquin sis sur un chameau où Talha et Zoubayr furent tués puis Aisha reconduite avec tous les égards à Médine.

Plus grave fut la révolte de Mouawiya,  gouverneur de Syrie que Omar avait nommé gouverneur de Syrie sous la pression de son père Abou Soufiane et qui ne reconnaissait pas Ali comme calife. L’affrontement et lieu à Siffin en 657 et ne s’avéra pas décisif, si bien que les deux parties décidèrent d’interrompre les hostilités et de désigner un médiateur mais l’assassinat d’Ali par des Kharijites, le renoncement d’Hassan fils aîné d’Ali à toute prétention politique et le martyre de Husseyn second fils d’Ali à Kerbala, laissa Mouawiya seul candidat au trône et c’est ainsi que la dynastie des Omeyyades fut fondée avec pour capitale Damas.

Les Omeyyades :

empireomeyyade

La branche aînée des Omeyyades avec Mouawiya 1er, Yazid 1er et Mouawiya II est appelée Sufyanides du nom de père de Mouawiya Abou Soufiane, et la branche collatérale qui lui succéda Marwanides. Sous les omeyyades, l’aire de l’arabe est multipliée et on leur doit la construction de célèbres bâtiments architecturaux, notamment le dôme du rocher ou la grande mosquée des omeyyades. Néanmoins, ils ont assez mauvaise presse dans l’historiographie musulmane qui leur reproche une certaine indifférence vis-à-vis de la religion et d’avoir usurpé le pouvoir en versant le sang de la famille du prophète.

Le mouvement politique qui parvint à ébranler l’autorité des omeyyades fut celui des Alides et des Abbassides, ces derniers étant les descendants d’Al Abbas, oncle paternel de Mahomet. Malgré l’énergie du dernier des Omeyyades, Marwan II, une bataille sur le grand Zab, affluent du Tigre (750) scella le sort de la dynastie régnante. Marwan II s’enfuit et fut assassiné quelques mois plus tard en Egypte. Par un féroce massacre des omeyyades, l’abbasside Abou Al Abbas (As Sayfye, le sabreur) élimina tout danger de retour.

Les Abbassides (750-1258):

La dynastie abbasside que ses partisans appelaient « la dynastie bénie » annonçait la naissance d’une ère de justice, de piété et de bonheur. Ses souverains furent tous des membres de la famille de Mahomet et ils ne manquèrent pas de proclamer qu’eux seuls avaient été désignés pour diriger la communauté.

Le troisième souverain Al Mansour fonda la ville de Bagdad en 758 et les abbassides qui s’entouraient de dignitaires chiites et persans, contrairement aux omeyyades qui privilégiaient l’ancienne aristocratie arabe, et qui ne souhaitaient pas quitter l’Irak, centre de leur pouvoir, la prirent pour capitale. Elle devait avoir le destin que l’on connaît.

Sous les deux premiers souverains abbassides, Abou Al Abbas et Abou Jaafar Al Mansour, l’empire demeura uniempireabbasside et ce n’est que dans l’occident musulman avec l’avènement des Idrissides au Maroc et des omeyyades en Espagne que le pouvoir leur échappa même si la prière (khutba) y fut encore longtemps dite en leur nom. Le calife abbasside était néanmoins l’un des plus puissants souverains de cette époque. Bien que ne soit pas connue la raison exacte des deux missions spéciales que l’empereur Charlemagne envoya à Haroun Ar Rachid, 5ème calife abbasside, mais qui semblent avoir eu au moins pour résultat de faire obtenir certains privilèges au clergé latin de Jérusalem, des rapports existaient bien entre les deux souverains qui, tous deux, étaient hostiles aux émirs d’Espagne. Ces ambassades donnèrent l’occasion au calife d’offrir à l’empereur des Francs des présents somptueux dont on n’avait pas idée en Occident.

Après avoir atteint son apogée l’empire connut encore de belles heures sous le règne notamment d’Al Mamoun, malgré quelques successions difficiles qui se transformèrent en petites guerres civiles et plusieurs révoltes dans le Khorassan et en pays chiite, mais les souverains abbassides, en faisant de plus en plus appel à des mercenaires turcs, finirent par perdre le pouvoir réel pour ne plus garder qu’un pouvoir religieux symbolique puis l’empire abbasside commença à se lézarder avec l’apparition en Ifriquiya (Tunisie) d’un pouvoir chiite indépendant, celui des Fatimides, puis avec l’avènement de la dynastie chiite des Buyides en Perse en dans l’Irak Adjémi (Jabal). Malgré quelques timides sursauts, le califat abbasside se terminera avec la prise de Bagdad par les hordes mongoles de Hulagu, petit-fils de Gengis Khan, en 1258, et le dernier calife abbasside sera mis dans un sac et foulé par les chevaux des cavaliers mongols. Il subsistera malgré tout un calife abbasside en Egypte jusqu’aux ottomans, les mamelouks ayant souhaité se servir de sa légitimité pour assurer leur pouvoir.

Les Bouyides (ou Bouwayhides selon la forme arabe) vinrent de la région de Daylam, au sud-ouest de la mer Caspienne. Pendant quelques années, à partir de 932, ils avaient acquis une plus grande importance que leurs prédécesseurs daylamites avec leurs petits territoires où se situent aujourd’hui l’Azerbaidjan et la région de Mazandéran. Ils occupèrent Bagdad en 945, installèrent un nouveau calife, Al Muti’ et prirent la relève du gouvernement séculaire du pays. Ainsi le calife était subordonné à une famille qui, en fait, ne reconnaissait pas le fondement religieux de sa dignité mais se retenaient de l’attaquer de peur que les califes n’aillent s’établir ailleurs, c’est-à-dire en dehors de leur zone d’influence où ils deviendraient alors plus dangereux. Cependant, les mercenaires turcs n’avaient en aucune façon été éliminés et, en leur qualité de sunnites, ils servaient de contrepoids à l’égard des actes arbitraires des gouvernants chiites et de protection du calife.

Par ailleurs, l’importance de la Perse ne cessait de grandir. Une bonne majorité de la population avaient embrassé l’Islam et la plupart des sectes syncrétistes avaient été supprimées. A l’inverse des populations de la vallée du Nil, de la Mésopotamie et de la Syrie, où l’arabe n’avait cessé de supplanter les dialectes indigènes, les perses étaient parvenues, au cours des luttes intérieures opiniâtres des Shu’üniyya, à conserver un prestige égal à celui des arabes et à préserver leur langue nationale.

Entre-temps, sur le plateau persan, à côté d’un certain nombre de chefs locaux à l’est, au nord-ouest et dans la partiesamanides méridionale de la mer Caspienne, la dynastie des Samanides avait pris le pouvoir dès 874 à la suite de l’effondrement des Tahirides en 873 et des Saffarides en 900. Les Samanides étaient les descendants d’une famille de prêtres zoroastriens de Saman, dans le district de Balkh, mais ils étaient des sunnites convaincus et de fidèles adhérents au califat. Le monde islamique leur doit avant tout que les turcs aient été amenés à l’Islam, devenu avec les siècles la religion de pratiquement tous les peuples turcs. Pourtant, en islamisant ainsi les turcs, les Samanides préparaient leur propre tombeau. Les Qarluqs se firent bientôt pressants au sujet de la Transoxiane samanide et sous la pression des turcs l’Etat Samanide s’effondra au cours des années 999 à 1004 et la dynastie disparut. Les pays situés au nord de l’Amou-Daria (Oxus) tombèrent sous la domination des Karakhanides et leurs territoires au sud du fleuve furent absorbés par les Ghaznévides.

Les Ghaznévides descendent d’un leader mercenaire turc et dont le nom est dérivé de celui de leur capitale, Ghazna,empireghaznevide située dans ce qui est aujourd’hui l’Afghanistan. A cette époque, ils étaient représentés par Mahmoud de Ghazna qui régna de 998 à 1030, l’une des grandes figures de l’histoire islamique et un sunnite convaincu, comme l’étaient aussi les Karakhanides. D’origine turc, cette dynastie est peu à peu persianisée pour devenir à la fin une dynastie persane.

L’empire des ghaznévides comprenait les pays au sud de l’Amou Daria (Oxus), le Khorassam, l’Afghanistan , le Pendjab ou « pays des cinq rivières » et la vallée de l’Indus mais il appartiendra à des turcs nouveaux-venus, les Seldjoukides de déposer définitivement les Bouyides après qu’une bataille décisive à Dandaqan en 1040 n’eut laissé aux Ghaznévides que la partie orientale de leur empire.

Dans un prochain article, j’aborderai les Etats Seldjoukides, Fatimides, Ayyoubides, Mamelouks et les divers royaumes turcs d’Anatolie si cela intéresse les visiteurs.

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