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Les croisades franques d’Espagne

Pendant 4 siècles, du début du VIIIème à la fin du XIème, chrétiens et musulmans se sont affrontés en Espagne avant que les croisades de Palestine ne débutent. Dans cet affrontement séculaire, nombre de barons venus de France, D’Allemagne, d’Italie, et d’Angleterre joueront un rôle important.

Le début du VIIIème siècle sera marqué par la conquête de l’Espagne et de la Provence par les arabes ainsi que par lesreconquista2 raids menés par ceux-ci en Gaule vers la Loire et la Bourgogne. A ces offensives succèderont les contre-offensives menées par Charles Martel et son fils Pépin le Bref pour repousser l’ennemi hors de Provence et du Languedoc, sur les frontières Pyrénéennes. Elles seront , suivies un peu plus tard, au tournant des VIIIè et IXè siècles, sous les règnes de Charlemagne et Louis le Pieux de la conquête de la Catalogne et de Barcelone. Un marquisat de Gothie y sera alors solidement constitué d’abord confié à Bernard de Septimanie, grande figure marquée par ses démêlés avec les fils de Louis le pieux jusqu’à son assassinat par Charles le Chauve. La Catalogne passera ensuite dans la lignée wisigothique des Guifré, qui sauront la défendre de toutes les attaques et tentatives de sujétion des musulmans. Aux gascons et aquitains seront confiés la défense des cols pyrénéens, bloquant la pénétration arabe en gaulle par la voie atlantique. Cette tâche majeure accomplie, la royauté franque se désintéressera de l’Espagne pendant deux siècles, les principautés chrétiennes y étant laissées à elles-mêmes dans leur effort de résistance et de lente reconquête de leurs frontières.

La civilisation arabe connaîtra son apogée en Espagne durant le Xème siècle, sous le califat des omeyyades. Durantcampagnesdalmansour toute cette période, les chrétiens sont assez bien tolérés des musulmans, à condition de rester cantonnés à leurs modestes territoires ou de se satisfaire de leur statut de mozarabes. Mais, à la fin du siècle, la donne change avec l’accession au pouvoir des vizirs amirides de Cordoue qui lancent chaque année des campagnes d’ampleur contre les chrétiens au nom du djihad. Attaqués de toute part avec violence, les royaumes et principautés chrétiennes manquent alors d’être submergés, toutes leurs capitales étant emportées et pillées, Saint-Jacques de Compostelle elle-même n’échappant pas à ce sort.

La situation se retourne au début du XIème siècle avec l’éclatement soudain de l’Espagne musulmane en unereconquista5 multitude d’émirats et de taïfas. Les chrétiens profitent de cette situation pour reprendre partout l’offensive, en Catalogne face à Tarragone, en Aragon devant Saragosse, en Castille jusqu’à Tolède, En Léon vers Salamanque, et en Galice face à Badajoz. De nombreux barons et aventuriers accourent de toute la France pour les soutenir dans leur lutte, avec l’ambition de se partager les terres à reconquérir. Leur intervention, marquée en 1064 par la prise et le pillage de Barbastro, est suivie de plusieurs autres expéditions, auxquelles le soutien des papes donne peu à peu le caractère de véritables croisades. Cluny s’occupe pendant ce temps de réorganiser les monastères et l’église de la péninsule. L es musulmans résistent, faisant appel aux almoravides , dynastie berbère qui s’est imposée au Maroc. Ils débarquent en Espagne en 1086, remettent les taïfas au pas et vont s’attaquer aux chrétiens auxquels ils font subir plusieurs désastres.

Mais, bientôt, en 1096, la grande croisade d’Urbain II s’ébranle vers la Palestine. Les barons français qui guerroyaientreconquista4 en Espagne quittent le front occidental pour s’en aller guerroyer en orient. Ainsi plusieurs comtes et ducs de Bourgogne, Chalon et Maçon, Gaston, vicomte de Béarn, Rotrou, comte du Perche, Hugues de Roucy, comte de Chalons, Guillaume IX, duc d’Aquitaine, Hugues VI de Lusignan, tous à la tête de leur ost. Raymond IV de saint-Gilles, comte de Toulouse qui avait commandé plusieurs expéditions en Espagne, est désigné pour son expérience comme l’un des chefs de la grande croisade. Il la rejoint avec de nombreux espagnols et vétérans des croisades hispaniques.

Jérusalem prise en 1101, de nombreux barons et soldats s’en retournent combattre en Espagne où les principautés chrétiennes reprennent leur marche en avant, malgré de sérieuses défaites face aux almoravides (désastres de Sagragas, Uclès, Fraga) etc…). Les papes Pascal II et Gélase II prêchent la croisade face aux infidèles d’Espagne cette fois. Saragosse, la ville aux 60 tours, symbole de la résistance musulmane, devant laquelle aragonais et croisés piétinaient depuis 40 ans, est finalement prise d’assaut en 1118, cette victoire faisant écho et pendant à celle de Jérusalem. Aragonais et croisés s’enhardissent même jusqu’à tenter en 1129 un assaut contre l’Andalousie lointaine, assiégeant Valence, Murcie et Grenade, mais devant s’en retourner au bout d’un an sans avoir pu s’en emparer.

Gaston IV, vicomte de Béarn et Guillaume IX, comte d’Aquitaine, sont les figures emblématiques de cette période parmi les croisés. Le premier, Gaston, pour son caractère exemplaire, la figure légendaire du « preux chevalier », l’ami et le compagnon fidèle d’Alphonse 1er d’Aragon, et pour sa lutte sans relâche pendant 50 ans avant sa mort glorieuse au combat. Un des modèles de Roland de la chanson de geste. Guillaume IX d’Aquitaine ensuite, le duc troubadour, pour avoir inventé la poésie courtoise et pour avoir, après son rôle dans la 1ère croisade, apporté une aide décisive aux aragonais dans la reconquête de l’Ebre. Bien d’autres encore sont à ajouter à ceux-là comme Guy de Lons, l’évêque de Lescat, grande figure de prélat guerrier, ou Rotrou, comte du Perche, brutal et ambitieux.

Les barcelonais reprennent également l’offensive à partir de 1110, détruisant en 1114 une grande armée arabe lancée à l’assaut de leur comté, s’attaquant aux Baléares à l’aide d’italiens et de provençaux, et s’emparant de Tarragone en 1116. La Castille et le Léon étendent leurs frontières du Douro jusqu’au Tage, doublant la superficie de leur Etat. Les bourguignons dont les chefs de guerre, Raymond, comte de Bourgogne et Henri, frère du duc Eudes Borell, avaient monnayé leur assistance aux princes espagnols contre un mariage avec leurs filles, héritières de la Castille, du Léon, de la Galice et du Portugal. Ils fondent alors les dynasties du Portugal et de Léon-Castille, futurs rois d’Espagne. Normands et Gascons se taillent pour leur part des fiefs en Aragon, autour de Tudéla, Saragosse, Huesca. De nouvelles croisades sont montées, celles là avec l’appui des génois, pour s’emparer en 1146 d’Almeria, puis en 1147 de Tortose qui résistait depuis des siècles aux barcelonais. L’année suivante, c’est au tour de Lérida, seule grande ville musulmane à tenir encore dans la région, de tomber. L’Aragon et Barcelone sont alors réunis en un seul royaume. 1164, date de la prise de Tortose, est également celle du siège et de la prise de Lisbonne par une grande escadre de 164 navires transportant plus de 10 000 allemands, flamands et anglo-normands. La conquête du Portugal suit dans la foulée. Les normands ayant rencontré moins de succès que les bourguignons dans leur tentative de s’implanter en Espagne, ils s’en repartent conforter leur conquête contre les arabes en Sicile et en Italie.

Les royaumes chrétiens ayant reconquis leur territoire veulent désormais leur indépendance. Croisés et autres aventuriers francs se révèlent d’encombrants alliés qui convoitent les terres reprises sinon même leurs royaumes. Ils ne souhaitent plus guère faire appel à eux. Des confréries de soldats, Chevaliers de Montréal et Chevaliers de Belchite sont d’abord créées en Aragon. Ils sont suivis d’ordres religieux cisterciens de moines-soldats, Alcantara en Castille et Evora au Portugal. A ceux-là s’ajoutent les ordres palestiniens du Saint-Sépulcre et des Templiers. Ils fourniront aux royaumes chrétiens l’appui militaire encore nécessaire, sans avoir les ambitions politiques des barons et chevaliers francs. Ceux-ci seront d’ailleurs peu à peu écartés des fiefs distribués en Aragon et en Catalogne. Les clunistes, qui privilégiaient la diplomatie et la conquête des esprits dans les relations avec les musulmans, seront supplantés par les cisterciens.

Deux croisades seront cependant encore montées. Les almohades étaient venus en Espagne au milieu du 12ème sièclebatailledelasnavasdetolosa à la rescousse de leurs coreligIonnaires, comme autrefois leurs prédécesseurs almoravides. A nouveau et comme eux, leurs armées menacent les royaumes chrétiens, notamment la Castille de Ferdinand II et d’Alphonse VIII, les descendants de Raymond de Bourgogne. Une importante croisade est menée par Innocent III mais elle tournera court devant les dissensions entre français et Castillan, ce qui n’empêchera pas Alphonse VIII de remporter en 1212 une écrasante victoire à Las navas de Tolosa contre les armées andalouses et almohades. La dernière expédition pouvant être qualifiée de croisade est celle menée en 1228 pour s’emparer des Baléares, qui seront reprises sur les almohades. Avec cette dernière expédition prend fin le cycle des croisades d’Espagne qui cède désormais la place à l’histoire nationale de la reconquista.

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