Rome: Le passage de la république à l'empire - Le site des passionnés d'histoire

Rome: Le passage de la rĂ©publique Ă  l’empire

Les romains ont toujours Ă©tĂ© très rĂ©fractaires Ă  l’idĂ©e de la monarchie et la royautĂ© leur a toujours fait horreur. MĂŞme ce que l’on appelle couramment l’empire romain est une expression mal interprĂ©tĂ©e de nos jours car le terme empereur ou imperator ne signifiait pas la mĂŞme chose aujourd’hui que dans l’antiquitĂ© romaine. Le terme imperator venu du mot imperium signifiait Ă  l’Ă©poque pouvoir donnĂ© par le sĂ©nat pour lever une armĂ©e et les soldats qui proclamaient imperator leur gĂ©nĂ©ral consacraient en fait sa facultĂ© Ă  diriger une armĂ©e et son statut de commandant.spqr rome antique

En fait, il n’y a jamais eu de rois Ă  Rome depuis la dĂ©position des rois Ă©trusques, les Tarquins et autres Servius Tullius et ce que l’on a plus tard appelĂ© abusivement l’empire romain n’Ă©tait en rĂ©alitĂ© autre que le principat fondĂ© par Auguste, principat qui vient du terme “princeps” ou “princeps senatus”, le princeps signifiant en rĂ©alitĂ© 1er magistrat ou premier citoyen. On ne peut parler de royautĂ© Ă  Rome qu’Ă  partir du règne de Commode voire plus tard et encore les apparences de la rĂ©publique ont toujours Ă©tĂ© respectĂ©es et la constitution rĂ©publicaine maintenue. On devrait plutĂ´t parler d’empereur de la rĂ©publique romaine, comme NapolĂ©on se faisait appeler, au moins jusqu’Ă  1809, empereur de la rĂ©publique française.

Le pouvoir rĂ©el de l’empereur ou plutĂ´t princeps dĂ©coulait du fait qu’Ă  partir d’Auguste les empereurs ont accumulĂ© sur leur personne un certain nombre de pouvoirs, en fait rĂ©publicains, qui les rendaient intouchables: imperators, princeps senatus, Censeurs, tribuns de la plèbe, grands pontifes… J’ai dĂ©jĂ  expliquĂ© la signification de l’imperium…Princeps sĂ©natus signifie que le princeps Ă©tait le premier Ă  avoir le droit de parler au sĂ©nat et Ă  pouvoir lever ou fermer une sĂ©ance…Censeur signifie qu’il avait le droit de contrĂ´ler les mĹ“urs des romains et de faire le recensement de la population, ce qui permettait de lever les impĂ´ts, etc…La fonction de tribuns de la plèbe rendait ceux qui en avaient la charge inviolables et sacrĂ©s, ce qui signifiait qu’on ne pouvait attenter Ă  leur vie, bien que ce soit dĂ©jĂ  arrivĂ© Ă  plusieurs reprises… Elle permettait de proposer des lois au nom du peuple de Rome, lois que le sĂ©nat devait ensuite ratifier. En thĂ©orie, seuls les tribuns de la plèbe avaient le pouvoir de proposer une loi pour la faire ratifier ensuite par le sĂ©nat ou si celui-ci refusait de forcer la ratification en la faisant voter par les assemblĂ©es, procĂ©der qui a fini par conduire aux guerres civiles et Ă  l’enterrement de la rĂ©publique. le rĂ´le de grand pontife ou chef suprĂŞme de la religion officielle permettait de contrĂ´ler les augures etc…

Eugene_Guillaume_-_the_Gracchi

La disparition de la rĂ©publique et l’avènement de l’empire ont en fait Ă©tĂ© très douleureuses et il a fallu plus d’un siècle de troubles et trois guerres civiles et l’accouchement a Ă©tĂ© très pĂ©nible, une vĂ©ritable cĂ©sarienne pour ne pas dire. A celĂ  plusieurs raisons. La première, politique, vient du fait que l’extension de la rĂ©publique et l’accès Ă  la citoyennetĂ© romaine Ă  des populations de plus en plus Ă©loignĂ©es de Rome ne permettait plus aux institutions de fonctionner normalement et au système de perdurer. La seconde vient de l’Ă©lĂ©vation de plus en plus extraordinaire de certains gĂ©nĂ©raux qui en se crĂ©ant de vĂ©ritables armĂ©es privĂ©es et en dotant leurs vĂ©tĂ©rans, se sont crĂ©Ă©es des clientèles fidèles Ă  leur personne avant de l’ĂŞtre vis Ă  vis de l’Etat..

triomphe rome antique

Avec l’extension de la rĂ©publique et l’accès Ă  la citoyennetĂ© de populations alliĂ©es qui fournissaient des troupes Ă  la rĂ©publique, surtout après les guerres sociales, les institutions ont commencĂ© Ă  s’enrhumer jusqu’Ă  bloquer le système. En effet, les cadres dirigeants ( Ă©diles, censeurs, prĂŞteurs, tribuns, consuls…) Ă©taient renouvelĂ©s d’annĂ©e en annĂ©e au cours d’Ă©lections populaires oĂą votaient les citoyens lors d’assemblĂ©es, comices, curiates et tributes. L’Ă©loignement des nouveaux citoyens qui Ă©taient autrefois rassemblĂ©s dans l’enceinte de la ville ou alentours ne permettait plus d’organiser le vote en une seule journĂ©e ou mĂŞme en quelques jours, et cela a permis le dĂ©veloppement de la brigue, la corruption gĂ©nĂ©ralisĂ©e voire les intimidations, menaces, meurtres etc…

sénat romain

La seconde raison, plus dĂ©cisive, est l’Ă©levation extraordinaire de certains gĂ©nĂ©raux Ă  partir des guerres puniques.. Ces gĂ©nĂ©raux ont commencĂ© Ă  se crĂ©er de vĂ©ritables armĂ©es privĂ©es, surtout après les rĂ©formes marianiques. Autrefois, seuls pouvaient ĂŞtre enrĂ´lĂ©s dans l’armĂ©e romaine, les citoyens romains ayant un certain bien, le cens. D’une part ces citoyens, ayant quelque chose Ă  dĂ©fendre avaient des raisons de se battre. D’autre part, ils pouvaient payer eux-mĂŞmes leur Ă©quipement et leur paquetage.

pacquetage du légionnaire romainlegionnaire-romain-10050

A partir de la deuxième guerre punique, dite guerre d’Hannibal, et surtout après le dĂ©sastre de Cannes lacaius marius rĂ©publique, pour palier aux pertes inĂ©dites jusque lĂ  dut enrĂ´ler des citoyens sans biens, puis des esclaves voire des gladiateurs. Cette pratique encore marginale s’est systĂ©matisĂ©e avec les rĂ©formes dites marianiques provoquĂ©es par des dĂ©sastres militaires sans prĂ©cĂ©dent face aux cimbres et aux teutons (dĂ©sastre d’Orange). Rome recourant de plus en plus Ă  des levĂ©es de troupe auprès des alliĂ©s italiques, ceux-ci, lors des guerres dites sociales, se sont rĂ©voltĂ©es pour obtenir la citoyennetĂ© romaine qu’ils estimaient leur ĂŞtre dus, eux qui payaient le prix du sang. Si Rome a remportĂ© les guerres contre les barbares et les guerres sociales puis serviles, tout en permettant Ă  ses gĂ©nĂ©raux d’atteindre des sommets jusque lĂ  inaccessibles (Marius, Sulla, Crassus, PompĂ©e), elle a du nĂ©anmoins accorder la citoyennetĂ© romaine Ă  ses alliĂ©s italiques. On voit que les deux raisons dĂ©cisives sont Ă©troitement imbriquĂ©es.

Ce processus a commencĂ© avec la deuxième guerre punique oĂą la rĂ©publique a du accorder les pleins pouvoirs Ă  des gĂ©nĂ©raux pour se sauver. Le 1er, Fabius Conctator, le temporisateur, Ă©tait un aristocrate dĂ©jĂ  âgĂ© et empli des traditions romaines et ne prĂ©sentait guère de menace. Le second, Scipion l’africain, plus jeune et ambitieux, a dĂ©jĂ  soulevĂ© des inquiĂ©tudes en remportant la guerre d’Hannibal, en dotant ses vĂ©tĂ©rans d’argent et de terres prises au domaine public que s’accaparaient les sĂ©nateurs, et donc en se crĂ©ant une clientèle dĂ©vouĂ©e. Le troisième, Scipion Emilien, neveu de Scipion l’africain, a encore accentuĂ© les inquiĂ©tudes en remportant la troisième guerre punique puis la guerre de Numance, en agissant comme son prĂ©dĂ©cesseur, et surtout en crĂ©ant ce qui commençait Ă  ressembler Ă  une dynastie au sein de la rĂ©publique…

Lors de la guerre de Numance, Scipion Emilien a adoubĂ© un soldat sorti du rang, qui allait jouer plus tard un rĂ´le très important, le populaire gĂ©nĂ©ral Marius. Ce gĂ©nĂ©ral, homme nouveau ou “homo novus” comme on disait, prit logiquement la tĂŞte du parti populaire en berne depuis l’assassinat des Gracques (CaĂŻus et Tiberius Gracchus) contre le parti aristocratique animĂ© par les vieilles familles patriciennes qui s’accaparaient le pouvoir depuis l’avènement de la rĂ©publique. C’est cette dualitĂ© qui a commencĂ© par provoquer des troubles de plus en plus graves puis finir par dĂ©clencher une sĂ©rie de guerres civiles.

Marius, vainqueur de Jugurtha puis des cimbres et des teutons, a favorisĂ© malgrĂ© lui l’ascension d’un nouveau leader pour le parti aristocratique Cornelius Sulla, aussi appelĂ© Sylla, en le prenant comme tribun dansSylla sa guerre contre les numides puis lĂ©gat lors de la guerre contre les barbares. D’abord aristocrate dĂ©voyĂ© puis brillant officier et commandant d’armĂ©e, vainqueur de la guerre sociale puis de la guerre contre Mithridate, Sylla devenu chef du parti aristocratique (par opportunisme?) finit par remporter la guerre civile, se fit nommer dictateur et mis en Ĺ“uvre une rĂ©forme consitutionnelle de grande ampleur mĂŞme si elle fut de courte durĂ©e. Cette rĂ©forme, dite rĂ©forme Syllanienne, avait pour but de rĂ©duire les prĂ©rogatives des tribuns de la plèbe et de restaurer les pouvoirs du sĂ©nat. Mais, en montant encore plus haut et en commettant pour cela des transgressions graves contre la lĂ©galitĂ© rĂ©publicaine comme les deux marches sur Rome avec son armĂ©e (il Ă©tait interdit Ă  un gĂ©nĂ©ral de pĂ©nĂ©trer armĂ© dans l’enceinte de Rome) et les proscriptions qui devaient avoir des suites, Sylla avait crĂ©Ă© un grave prĂ©cĂ©dent. En voulant rĂ©tablir l’ancienne rĂ©publique dans sa forme antique, Sylla a donc jouĂ© un rĂ´le capital dans sa disparition.

Un autre gĂ©nĂ©ral consulaire, ancien lĂ©gat de Sylla et vĂ©ritable vainqueur de la guerre contre Mithridate, Lucullus, fut près d’atteindre ces sommets mais prĂ©fĂ©ra licencier son armĂ©e et reçut pour cela tous les honneurs de la part du sĂ©nat, ce qui lui permit de jouir d’une vieillesse dorĂ©e ( les fameux jardins de Lucullus et ses fameux banquets ” ce soir Lucullus dine chez Lucullus…”).

C’est la rivalitĂ© entre deux anciens lĂ©gats de Sylla qui devait jouer un rĂ´le dĂ©terminant, dans l’avènement demarcus crassus Jules CĂ©sar et du CĂ©sarisme et dans la fin de la rĂ©publique. Le premier, Marcus Crassus, richissime aristocrate, Ă©crasa la rĂ©volte servile de Spartacus après de lourdes difficultĂ©s (rĂ©tablissement de la dĂ©cimation) mais vit le jeune et insolent PompĂ©e lui usurper sa gloire en dispersant les quelques bandes d’esclaves qui battaient encore la campagne. Crassus qui avait Ă©tĂ© l’homme providentiel se vit refuser le triomphe (mĂŞme si on devait le lui accorder plus tard ) car le sĂ©nat se mĂ©fiait de lui et ne se vit accorder que l’ovatio et la couronne d’herbe, ce qu’il refusa avec mĂ©pris. NĂ©anmoins, les deux rivaux, sur le point de dĂ©clencher une nouvelle guerre civile, finirent par licencier leur armĂ©e et reçurent pour celĂ  les honneurs du sĂ©nat.

Se haĂŻssant mortellement, ils rivalisèrent entre eux pour se disputer les faveurs d’un aristocrate ambiteux, Ă©toile montante de la rĂ©publique, Jules CĂ©sar. Le premier favorisa l’ascension de CĂ©sar en finançant ses campagnes politiques et en calmant ses innombrables crĂ©anciers et le second Ă©pousa mĂŞme sa fille Julie et lui prĂŞta des lĂ©gions pour sa campagne en Gaulle. A eux deux, ils permirent Ă  CĂ©sar avec qui ils formèrent le premier triumvirat, informelle grand pompĂ©e Ă  vrai dire contrairement au second, d’accĂ©der au consulat alors que les patriciens les plus clairvoyants (CicĂ©ron, Caton d’Utique) Ă©taient lucides devant l’ambition dĂ©mesurĂ©e de CĂ©sar. Ils lui permirent Ă©galement Ă  la fin de son mandat de se voir octroyer le commandement d’une puis de trois provinces (Illyrie, Gaulle cisalpine et Gaulle narbonnaise), mandat qui fut prorogĂ© une fois de cinq ans, . Fort de cette base et conscient de la nĂ©cessitĂ© de mener une guerre de conquĂŞte pour asseoir sa position Ă  Rome, CĂ©sar put dĂ©clencher la guerre des Gaulles.

La mort de Crassus lors du dĂ©sastre de carrhae contre les parthes alors qu’il poursuivait son rĂŞve de gloire militaire mit fin Ă  cet Ă©quilibre prĂ©caire et laissa CĂ©sar et PompĂ©e seuls face Ă  face, l’unjules cĂ©sar ayant pris la tĂŞte du parti populaire comme Marius qui Ă©tait entre parenthèses son oncle par alliance et l’autre la tĂŞte du parti aristocratique un peu malgrĂ© lui. Cette deuxième guerre civile et ses rebondissements en Italie, en Grèce, en Egypte et en Afrique vit le triomphe de Jules CĂ©sar et fut le facteur essentiel de la mise Ă  mort de la rĂ©publique;

L’assassinat de Jules CĂ©sar n’empĂŞcha plus l’inĂ©luctable et la dĂ©faite des cĂ©saricides Ă  Philippe vit les deux hĂ©ritiers de CĂ©sar, l’un biologique et testamentaire, Octave et l’autre second de CĂ©sar et favori de l’armĂ©e entrer dans une rivalitĂ© d’abord politique avec le second triumvirat (avec l’intermède de LĂ©pide), plus formel celui ci puis militaire avec la troisième guerre civile qui finit par enterrer dĂ©finitivement la rĂ©publique après le triomphe d’Octave Ă  la bataille d’Actium.marc antoine

Devenu Auguste, celui ci, fort du pouvoir rĂ©el et sĂ»r de l’appui des lĂ©gions, eut l’intelligence de remettre tous ces pouvoirs au sĂ©nat et de feindre la modestie, dĂ©clarant qu’il ne voulait rester que le premier citoyen (princeps) de la rĂ©publique. C’est le sĂ©nat qui, en rĂ©alitĂ©, n’ayant pas d’autre choix et pour sauver ce qui pouvait l’ĂŞtre (l’apparence de la lĂ©galitĂ© rĂ©publicaine) proclama Octave Auguste et père de la patrie, consacrant ainsi l’avènement de l’empire. Comme on l’a vu, Auguste et ses successeurs ne furent jamais, au moins jusqu’Ă  une Ă©poque plus tardive, des rois Ă  proprement parler. La concentration des principaux pouvoirs rĂ©publicains, le soutien de l’armĂ©e et le contrĂ´le directe par l’empereur de certaines provinces Ă  l’importance stratĂ©gique fondamentale (Egypte), constituèrent le socle du pouvoir impĂ©rial et ce que l’on appelle rapidement l’empire romain fut en rĂ©alitĂ© un système politique d’une incroyable complexitĂ©.

auguste

You may also like...

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *