Les pires défaites de l'armée romaine - Le site des passionnés d'histoire

Les pires dĂ©faites de l’armĂ©e romaine

L’armĂ©e romaine est fameuse pour avoir conquis tout le bassin de la mĂ©diterranĂ©e et mĂŞme au-delĂ . Son organisation est restĂ©e lĂ©gendaire avec son unitĂ© principale la plus cĂ©lèbre, la lĂ©gion.  Si le manipule, principale unitĂ© opĂ©rationnelle de la lĂ©gion a Ă©tĂ© abandonnĂ© de fait avec la rĂ©forme marianique, et remplacĂ© par la cohorte, cette organisation mĂŞme et la discipline lĂ©gendaire des lĂ©gions limitait ses capacitĂ©s d’adaptation tactique face Ă  des hordes qui combattaient elles, de façon non conventionnelle mĂŞme si, contrairement Ă  ce que l’on a dit les gaulois ou les germains par exemple Ă©taient loin d’ĂŞtre dĂ©pourvus d’organisation militaire.

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Une armĂ©e Ă©tait d’ordinaire commandĂ©e par un gĂ©nĂ©ral, consul ou proconsul, parfois prĂŞteur ou proprĂ©teur et composĂ©e de plusieurs lĂ©gions elles mĂŞmes dirigĂ©es d’ordinaire par un lĂ©gat le plus souvent, parfois par un tribun ou un questeur. Son unitĂ© de base Ă©tait la centurie formĂ©e de 100, plus souvent 80 lĂ©gionnaires et commandĂ©e par un centurion. Le centurion constituait l’Ă©pine dorsale de la lĂ©gion et c’est la qualitĂ© de ce sous-officier qui en faisait la force. Le centurion pouvait parfois commander une cohorte, unitĂ© forte de 6 centuries, soit 600 hommes, moins le plus souvent. Le centurion le plus gradĂ© de la lĂ©gion appelĂ© le centurion primipile pouvait participer aux rĂ©unions de l’Ă©tat major oĂą son opinion Ă©tait Ă©coutĂ©e Ă  dĂ©faut d’ĂŞtre prise en compte. Les officiers dits tribuns dirigeaient les cohortes, l’Ă©tablissement et l’organisation des camps et participaient aux rĂ©unions d’Ă©tat major. La lĂ©gion Ă©tait composĂ©e de 10 centuries, soit 6000 ou 4800 lĂ©gionnaires, d’une unitĂ© de cavalerie pour couvrir ses flancs et d’unitĂ©s auxiliaires fournies par les alliĂ©s de Rome. Les auxiliaires Ă©taient donc en quelque sorte les soldats de 2ème classe de notre Ă©poque.

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CĂ©lèbre pour son efficacitĂ© et pour ses victoires ( Zama, AlĂ©sia…), l’armĂ©e romaine n’en a pas moins connu un certain nombre de dĂ©faites retentissantes mĂŞme si l’on excepte le bas-empire romain lorsque la dĂ©faite est devenue chose courante. Certaines dĂ©faites, de vĂ©ritables dĂ©sastres ont eu un effet dĂ©cisif sur la suite de la politique internationale de l’empire, ce qui a eu un impact sur son avenir.

Les fourches caudines, les dĂ©sastres de la 2ème guerre punique dite guerre d’Hannibal (La TrĂ©bie, Le Tessin, Trasimène et surtout Cannes), les guerres des cimbres et des teutons (Noreia, Burdigala et surtout Orange), les guerres des parthes ( Carrhae) ont Ă©maillĂ© l’histoire de la rĂ©publique romaine de dĂ©sastres sans prĂ©cĂ©dent oĂą, plus grave encore, les lĂ©gions sont parfois passĂ©es sous le joug. Il y eut Ă©galement un certain nombre de dĂ©faites importantes mais non dĂ©cisives. Je me contenterai de les Ă©voquer ici, celles contre les gaulois qui ont mis Ă  sac Rome en 390 av JC avec Ă  leur tĂŞte le fameux chef Brennus (“Malheur aux vaincus”) et parfois mis en difficultĂ© CĂ©sar lors de sa conquĂŞte des Gaules Ă  Gergovie avec Ă  leur tĂŞte VercingĂ©torix et en Gaule Belgique oĂą le chef Ambiorix anĂ©antit une lĂ©gion entière, les dĂ©faites face Ă  Philippe V de MacĂ©doine lors de la 1ère guerre macĂ©donienne, celles face Ă  Mithridate, celles qui Ă©maillèrent la difficile conquĂŞte de la Bretagne face Ă  Caratacos ou la reine Boudicca et celles face au redoutable roi de Numidie, Jugurtha.

Sous l’empire ou plutĂ´t le haut-empire, des dĂ©sastres militaires ont arrĂŞtĂ© l’expansion puis prĂ©parĂ© le dĂ©clin. La catastrophe de la bataille de la forĂŞt de Teutobourg, la difficile conquĂŞte de la Bretagne qui a Ă©tĂ© jalonnĂ©e de dĂ©faites, les revers face aux parthes puis aux sassanides (Tapae sous Domitien, Rhandrata sous NĂ©ron, Edesse sous ValĂ©rien puis surtout CtĂ©siphon sous Julien l’apostat et Andrinople sous Valens).

La bataille des fourches caudines en 321 av JC entre une rĂ©publique romaine fière et sanguine et les Samnites reprĂ©senta un dĂ©sastre plus moral que stratĂ©gique. 40 000 lĂ©gionnaires romains soit environ 8 lĂ©gions se rendirent sans combattre et les lĂ©gions tombèrent sous le joug, ce qui signifie que les lĂ©gions ainsi que les consuls qui les commandaient se sont rendu, laissant leur Ă©quipement, leurs armes en ne gardant qu’un seul vĂŞtement. Le sĂ©nat dĂ©savoua les accords passĂ©s par les consuls et malgrĂ© cela les Samnites laissèrent partir l’armĂ©e et ses chefs et il n’y eut presque pas de morts, ce qui fit dire aux Samnites qu’ils avaient eu plus que la victoire, l’anĂ©antissement des lĂ©gions etc… Ils avaient eu la fiertĂ© des romains et ce dĂ©sastre humiliant constitua toujours une des plus grandes vexations subies par Rome. Par la suite, Rome finit par annexer le Samnium après de difficiles campagnes et les Samnites reçurent le titre d’alliĂ©s.

Alors qu’elle avait fini par soumettre l’ensemble de l’Italie, Rome se vit heurte pour la 1ère fois ses intĂ©rĂŞts Ă  ceux d’une puissance Ă©trangère. En effet, Carthage lui disputa le contrĂ´le de la Sicile, vitale pour son ravitaillement en cĂ©rĂ©ales. Après une guerre longue de 23 ans et jalonnĂ©es de rudes dĂ©faites, surtout maritimes, Rome força Carthage Ă  capituler et Ă  renoncer aux iles de MĂ©diterranĂ©e centrale et occidentale, Ă  savoir la Sicile, la Sardaigne et la Corse. A cette occasion, fut crĂ©e la 1ère province extĂ©rieure Ă  la pĂ©ninsule italique et gouvernĂ©e par un prĂŞteur le plus souvent. A la fin de la 1ère guerre punique, la rĂ©publique romaine prit dĂ©finitivement la supĂ©rioritĂ© maritime sur sa rivale punique puis sur l’ensemble de la mĂ©diterranĂ©e.

La seconde guerre punique fut le pire moment de la rĂ©publique romaine et resta longtemps un cauchemar indĂ©lĂ©bile dans la mĂ©moire des romains. Les dĂ©sastres subis face Ă  Hannibal et mĂŞme son frère Hadrusbal en Espagne (bataille du BĂ©tis) saignèrent les rangs de l’armĂ©e et mĂŞme au niveau dĂ©mographique mais l’inĂ©puisable vivier de paysans soldats potentiellement enrĂ´lables et estimĂ© Ă  500 000 par les historiens permit Rome de remporter la victoire finale.

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Le dĂ©sastres de Cannes oĂą 50 000 lĂ©gionnaires furent exterminĂ©s et des dizaines de milliers capturĂ©s fit longtemps et encore aujourd’hui l’admiration des stratèges et la stratĂ©gie adoptĂ©e par Hannibal est encore enseignĂ©e dans certaines acadĂ©mies militaires prestigieuses. Au cours de cette bataille, Hannibal sut faire un meilleur usage de sa cavalerie pour envelopper les lĂ©gions et le fait que les deux consuls qui se partageaient le commandement de l’armĂ©e un jour sur deux ne surent pas s’entendre y joua comme souvent un rĂ´le important. Ce jour lĂ  c’Ă©tait Terentius Varro, un consul d’origine plĂ©bĂ©ienne qui exerçait le commandement mais son arrogance et sa trop grande confiance en soi provoquèrent le dĂ©sastre. Il est important et caractĂ©ristique de noter qu’Ă  son retour Ă  u Rome, il avait pu s’Ă©chapper avec quelques cavaliers, et malgrĂ© l’ampleur sans prĂ©cĂ©dent de la catastrophe, pas un mot de reproche ne lui fut adressĂ© au sĂ©nat. L’attitude ferme, noble et intransigeante des sĂ©nateurs sauva la rĂ©publique romaine et constitua pour la vĂ©nĂ©rable instititution son heure de gloire, souvent reprise par la suite par les nostalgiques des plus belles heures de la rĂ©publique comme l’âge d’or Ă  imiter et reproduire. Le fait que presque tous les alliĂ©s de Rome Ă  l’exception de Capoue et Tarente restèrent fidèles Ă  leur alliance joua Ă©galement un rĂ´le dĂ©cisif et entraĂ®na finalement la chute finale d’Hannibal.

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L’effacement de la puissance punique laissa Rome sans rĂ©el adversaire en MĂ©diterranĂ©e, occidentale surtout et les conquĂŞtes s’enchaĂ®nèrent pendant presque un siècle face aux antigonides de MacĂ©doine et aux SĂ©leucides du proche orient hĂ©ritiers des gĂ©nĂ©raux d’Alexandre le grand qui s’Ă©taient partagĂ©s son empire après sa mort. Ne restaient comme rĂ©els adversaires que les parthes qui avaient fondĂ©s un empire dans le plateau iranien et les obscures tribus germaniques qui semblaient encore bien lointaines. Egalement les peuples Daces qui s’enhardissaient parfois Ă  menacer les provinces romaines, de norique notamment. C’est d’ailleurs face Ă  ces deux ennemis qu’eurent lieu les plus retentissantes dĂ©faites qui Ă©maillèrent une suite ininterrompue de victoires.

A la fin du IIème siècle avant JC, entre 113 et 101 av JC environ, un ensemble de peuples germaniques venus du Jutland semble t’il et parfois alliĂ©s Ă  des peuples celtes, helvètes et boĂ«ns entre autres, entamèrent une migration vers la Gaule celtique et la gaule narbonnaise, menaçant mĂŞme l’Italie d’une invasion et provoquant un traumatisme durable dans l’imaginaire romain. Ces peuples dont l’aspect farouche Ă©pouvantaient les lĂ©gionnaires romains pourtant blasĂ©s infligèrent aux armĂ©es romaines une sĂ©rie de dĂ©sastres, Ă  Noreia, Burdigala, Tolosa et surtout Orange (Arausio) oĂą l’anĂ©antissement d’une armĂ©e consulaire et proconsulaire pourtant impressionnante entraĂ®na une rĂ©organisation militaire et politique de Rome qui devait faire date.

A Orange, la mĂ©sentente entre les deux commandants romains, le consul Mallius et le proconsul Serivilius Capio prĂ©cipita le dĂ©sastre, causant la mort de 80 000 lĂ©gionnaires, soit 16 lĂ©gions. Ce fut certainement la plus grande dĂ©faite de l’armĂ©e romaine depuis la bataille de Cannes. Le proconsul Caepio qui commandait Ă  5 lĂ©gions refusa de joindre ses forces Ă  Mallius et de s’installer dans le mĂŞme camp fortifiĂ©, car lui un patricien ne pouvait se mettre sous les ordres d’un plĂ©bĂ©ien, un homme nouveau de plus comme Mallius mĂŞme si ce dernier, consul Ă©lu dĂ©tenait lĂ©galement le commandement suprĂŞme. Ce fut lui qui porta la plus grande responsabilitĂ© mĂŞme si tous deux qui avaient pu s’Ă©chapper furent chassĂ©s et exilĂ©s. Le premier vit son camp pris d’assaut sans coup fĂ©rir et les lĂ©gionnaires exterminĂ©s. Le second, qui avait pu mettre son armĂ©e en ordre de bataille ne put faire mieux et les lignes de son armĂ©e ne purent contenir le premier assaut, insoutenable des cimbres et des teutons. Parmi les quelques rescapĂ©s qui purent s’enfuir figurent deux personnages qui devaient jouer un rĂ´le par la suite, Sertorius, un neveu de Marius et Metellus Pius, un membre de la prestigieuse famille des Caecili Metelli.

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Caius Marius, ” un homme inculte mais un vrai homme (CicĂ©ron)”

Cette  catastrophe et la menace que reprĂ©sentaient alors les barbares pour l’Italie força le sĂ©nat Ă  faire appel Ă  un gĂ©nĂ©ral plĂ©bĂ©ien, un homme nouveau sorti du rang, Caius Marius. Marius enchaĂ®na alors 7 consulats, fait sans prĂ©cĂ©dent et fort de ses victoires sur les barbares se constitua une clientèle et prit la tĂŞte du parti populaire…

La victoire de Marius sur les cimbres et les teutons et le rapatriement des captifs en Italie qui devait grossir la masse des esclaves dans la pĂ©ninsule, atteignant un nombre effarant joua un rĂ´le dans les guerres sociales puis les guerres serviles qui s’ensuivirent avec notamment la guerre de Spartacus. Cet esclave en fuite ne fut finalement vaincu que par Marcus Licinius Crassus, un noble partisan de Sylla qui s’enrichit prodigieusement en rĂ©cupĂ©rant les biens des esclaves et des proscrits lors des proscriptions de Sylla. Insuffisamment rĂ©compensĂ© pour sa victoire contre Spartacus (il ne reçu que l’ovatio) et jaloux des triomphes de ses rivaux PompĂ©e et CĂ©sar, Crassus entreprit une campagne contre les parthes qui devait aboutir au dĂ©sastre de Carrhae oĂą une armĂ©e romaine de 50 000 hommes fut anĂ©antie. Au delĂ  de 50 000 hommes, soit 10 lĂ©gions, un gĂ©nĂ©ral romain ne pouvait gĂ©nĂ©ralement plus embrasser totalement le champ de bataille et commander convenablement. C’est pourquoi les armĂ©es romaines de l’antiquitĂ© dĂ©passaient rarement ce nombre.
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Après des dĂ©buts encourageants, Crassus qui cherchait Ă  atteindre CtĂ©siphon et SĂ©leucie du Tigre vit certains de ses alliĂ©s faire dĂ©fection dont le roi d’ArmĂ©nie partie dĂ©fendre ses provinces menacĂ©es par une autre armĂ©e parthe et fut dupĂ© par un autre alliĂ©, le roi alliĂ©, Orocène Augarus ou plutĂ´t Abgar, le chef d’un clan arabe qui lui fit prendre un mauvais itinĂ©raire. On reprocha par la suite Ă  Crassus d’avoir ignorĂ© les augures et plusieurs prĂ©sages nĂ©gatifs. Superstitieux, les romains de l’antiquitĂ© n’engageaient jamais un combat sans avoir au prĂ©alable reçu l’assentiment des augures qui interrogeaient l’avenir dans des boyaux d’animaux. L’affrontement eut donc lieu Ă  Carrhae oĂą le gĂ©nĂ©ral Parthe SurĂ©na qui ne disposait pourtant que de 10 000 hommes, tous des cavaliers lĂ©gers ou lourds (cataphractaires) sut Ă©tablir une stratĂ©gie qui ne trouva pas de rĂ©ponse efficace du cĂ´tĂ© romain. En effet, les archers montĂ©s parthes dĂ©cochaient leurs flèches puis tournaient bride pour recharger leur carquois auprès d’une troupe de chameaux Ă©quipĂ©s Ă  cet effet sans que les lĂ©gionnaires ne puissent rĂ©pliquer, dĂ©cimant peu Ă  peu les cohortes romaines. Le fils de Crassus, Publius Crassus qui commandait la cavalerie, il s’Ă©tait dĂ©jĂ  illustrĂ© pendant la guerre des Gaules oĂą il avait brillamment secondĂ© CĂ©sar en sauvant notamment la situation lors de la bataille de la Sambre, dite Ă©galement bataille du Sabis, tenta de rĂ©tablir la situation en faisant charger ses cavaliers mais fut rattrapĂ© et finalement anĂ©anti par l’ennemi et sa tĂŞte jetĂ©e devant le camp romain acheva de dĂ©moraliser le commandant en chef. Crassus, poussĂ© par ses soldats Ă  nĂ©gocier fut tuĂ© lors de l’entrevue, peut-ĂŞtre Ă  la suite d’un malentendu et son armĂ©e finit par d’ĂŞtre Ă©crasĂ©e. Les anciens racontent que l’on fit verser dans sa gorge, vivant ou mort, de l’or fondu pour moquer sa cupiditĂ© et que le roi parthe Orodès se servit de son crane comme d’une coupe Ă  vin.

Au total, 20 000 soldats furent tuĂ©s et 10 000 prisonniers qui furent dĂ©portĂ©s dans les marches orientales de l’empire parthe. A ce sujet, voir l’article “Des romains en Chine?” dans ce mĂŞme blog. MalgrĂ© l’ampleur du dĂ©sastre, un officier de Crassus, Cassius ( celui qui montât le complot contre CĂ©sar aux ides de Mars), parvint Ă  rapatrier les survivants au nombre de 10 000 dans la province romaine de Syrie oĂą sa valeur permit d’Ă©viter l’invasion de la province et au dĂ©sastre de prendre une plus grande ampleur encore.

Les dĂ©cennies qui suivirent furent surtout celles des guerres civiles qui opposèrent le parti cĂ©sarien et le parti pompĂ©ien et l’on n’y constata pas de dĂ©sastre de cette ampleur dans les guerres Ă©trangères, hormis les campagnes parthiques de Marc Antoine qui se fit durement Ă©triller par ces mĂŞmes parthes en ArmĂ©nie notamment mais qui parvint malgrĂ© tout Ă  rapatrier ses troupes en ordre.

Il faut attendre la fin du règne d’Auguste pour qu’une catastrophe de cette ampleur puisse ĂŞtre signalĂ©e. Elle se produisit dans la forĂŞt de Teutobourg, la forĂŞt de la mort en l’an 9 de notre ère et fut un tel choc pour l’empereur que celui-ci refusa longtemps de se faire couper les cheveux et les ongles et se cognait frĂ©quemment la tĂŞte contre les murs en se lamentant “Varus, rends moi mes lĂ©gions!”. Ce dĂ©sastre qui eut lieu en germanie, entre le Rhin et l’Elbe vit 3 lĂ©gions avec leurs auxiliaires anĂ©anties, soit presque 20 000 hommes sans qu’il n’y ait presque de survivants et rĂ©sultat de l’incurie des gouverneurs romains qu’y s’y croyaient en territoire conquis sans avoir rĂ©ellement soumis les tribus autochtones (“Ils prĂ©levaient les impĂ´ts auxquels sont d’ordinaire soumis les sujets et s’y comportaient envers les germains de la manière avec l’on se comporte d’ordinaire avec les peuples vaincus..”, Paterculus).

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Le gouverneur de la province, Quintilius Varus, un parent d’Auguste, Ă©tait pourtant un gĂ©nĂ©ral Ă©prouvĂ© et mĂ©thodique comme pouvaient l’ĂŞtre les gĂ©nĂ©raux romains mais dĂ©pourvu d’imagination, trop confiant en ses forces et en les auxiliaires germains commandĂ©s par un chef germain romanisĂ© et dotĂ© de la citoyennetĂ© romaine, Arminius (Hermann). Commandant la cavalerie auxiliaire et jouissant de l’entière confiance de Varus, il rĂ©ussit Ă  le duper et Ă  le tromper sur ses intentions et l’attira finalement dans le piège mortel que l’on sait, aujourd’hui identifiĂ© par les historiens au lieu dit de Karslrise. Les troupes romaines furent attaquĂ©es en plein mouvement et ne purent mĂŞme se dĂ©ployer, ce qui constituait le cauchemar de tout gĂ©nĂ©ral romain et Varus dut se suicider pour Ă©chapper Ă  la capture (“Il mit plus de courage Ă  mourir qu’Ă  se battre”, Paterculus). L’on vit les tribuns sacrifiĂ©s sur des autels, les lĂ©gionnaires dĂ©pecĂ©s sur les arbres, etc…

Si seulement 3 lĂ©gions avec leurs auxiliaires furent anĂ©anties, cela constituait quand mĂŞme 10 % de l’armĂ©e romaine de cette Ă©poque. De plus, le caractère symbolique et Ă©pouvantable du dĂ©sastre choqua tellement les contemporains que malgrĂ© les rĂ©tablissements opĂ©rĂ©s par la suite par Tibère et Germanicus que tous les territoires situĂ©s Ă  l’est du Rhin furent abandonnĂ©s ainsi que l’espoir d’une conquĂŞte de la Germanie, ce qui devait avoir de lourdes consĂ©quences pour la suite. Tacite, dans son traitĂ© “de la germanie“, identifia parfaitement la menace, ce qui peut paraitre prophĂ©tique quand on connait la suite des Ă©vènements.

Les dĂ©faites se firent ensuite plus espacĂ©es par la suite en raison de la rarĂ©faction des guerres au sein de l’espace romain (pax romana) et en raison de la posture dĂ©fensive adoptĂ©e par l’empire romain. Des fortifications dĂ©fensives sont mises en place sur les frontières (limes). La dernière guerre de conquĂŞte de l’armĂ©e romaine fut celle opĂ©rĂ©e par l’empereur Trajan en Dacie (actuellement Roumanie). C’est d’ailleurs lĂ  que se produira une des dernières dĂ©faites avant longtemps, Ă  Tapae sous le règne de Domitien.

En effet, en 85 ap JC, les daces entreprirent d’envahir la province romaine voisine de MĂ©sie et le proconsul Fuscus qui s’Ă©tait portĂ© au devant d’eux fut tuĂ© et ses contingents anĂ©antis. L’annĂ©e suivante, c’est le prĂ©fet du prĂ©toire de Domitien Primus Sabinus qui avait Ă©tĂ© envoyĂ© rĂ©tablir l’ordre fut lui aussi battu Ă  Tapae, son armĂ©e dĂ©truite et un aigle de lĂ©gion y fut pris. Domitien parvint finalement Ă  rĂ©tablir l’ordre mais ce n’est que sous le règne de Trajan que la menace dace fut levĂ©e.

La pĂ©riode qui suivit fut une pĂ©riode de paix relative, l’empire ayant atteint son extension maximale et ayant trouvĂ© un Ă©quilibre avec les puissances voisines. Ce n’est pas qu’il n’y ait plus de dĂ©faites jusque lĂ , il y en a eu au IIème siècle et de sĂ©rieuses face aux parthes sous les règnes conjoints de Marc Aurèle et de Lucius Verus. Il y eut Ă©galement une expĂ©dition malheureuse en Arabie sous le règne d’Auguste oĂą le prĂ©fet d’Egypte Aelus Gallus qui menait la campagne vit son armĂ©e composĂ©e de 10 000 lĂ©gionnaires et des troupes alliĂ©es dĂ©cimĂ©e par les maladies et les harcèlement des autochtones. Je me contenterai cependant d’Ă©voquer les batailles dĂ©cisives d’Edesse en 260, de CtĂ©siphon en 363 sous Julien l’Apostat et d’Andrinople sous l’empereur Valens en 378 ap JC,  face aux perses Sassanides qui avaient succĂ©dĂ© aux parthes comme rivaux historiques de l’empire romain sur sa frontière orientale et face aux goths.

Lors de la bataille d’Edesse en 260 ap JC, la totalitĂ© de l’armĂ©e romaine fut anĂ©antie, soit 70 000 hommes, et l’empereur ValĂ©rien fut fait prisonnier. On raconte que son triomphateur Shapur 1er, se servait de lui comme marchepied pour monter Ă  cheval. ValĂ©rien mourut peu après en captivitĂ©. Ce dĂ©sastre n’a comme Ă©quivalent dans l’histoire romaine que les dĂ©sastres de Cannes et Carrhae.

La bataille de CtĂ©siphon, si elle ne fut pas une dĂ©faite Ă  proprement parler mais plutĂ´t une victoire tactique des romains mĂ©rite cependant, Ă  mon avis, d’ĂŞtre mentionnĂ©e ici en raison de la mort ycelle de l’empereur Julien, Ă©galement appelĂ© comme Julien l’Apostat ou Julien le Philosophe. Arrière petit-fils de Constantin 1er, cet empereur avait apostasiĂ© le christiannisme sans toutefois l’interdire mais cherchait Ă  rĂ©tablir les cultes paĂŻens. Empereur remarquable, Ă©rudit (il a laissĂ© des traitĂ©s de philosophie), dynamique, gĂ©nĂ©ral talentueux, sa mort Ă  la bataille de CtĂ©siphon oĂą il avait pourtant l’avantage a jouĂ© un rĂ´le dĂ©terminant dans l’Ă©volution de l’empire romain et la propagation de la foi chrĂ©tienne. Les anciens racontent que percĂ© d’une lance et alors qu’il tentait de la retirer, il se serait Ă©criĂ© au moment d’expirer “Tu as vaincu, galilĂ©en!”

La dĂ©faite d’Andrinople en 378 ap JC face aux goths, principalement des wisigoths sonna le glas de la puissance romaine. L’empereur romain Valens y fut tuĂ©, son armĂ©e anĂ©antie. Par la suite, les lĂ©gions ayant perdu l’avantage tactique qu’elles avaient, l’empire romain perdit l’initiative et se dirigea inĂ©luctablement vers sa fin.

Après tant de dĂ©faites, on peut se demander comment l’empire romain put s’Ă©difier et se maintenir pendant presque 10 siècles. Plusieurs explications viennent Ă  l’esprit. D’abord, les institutions de la Rome antique n’avaient pas d’Ă©quivalent Ă  cette Ă©poque. Ensuite la soliditĂ© des alliances que la rĂ©publique romaine avait su nouer en Italie. Enfin,  et c’est peut-ĂŞtre le plus important, le vivier de paysans soldats potentiellement enrĂ´lables en Italie et estimĂ© par les historiens entre 500 000 et 750 000 n’avait pas son Ă©quivalent dans le monde mĂ©diterranĂ©en. Il permit sans doute Ă  Rome de surmonter tous ces dĂ©sastres et mĂŞme les saignĂ©es survenues pendant la 2ème guerre punique.

 

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