Portrait des 12 Césars - Le site des passionnés d'histoire

Portrait des 12 Césars

les12cesarsOn appelle commun√©ment par “les 12 C√©sars” les 12 premiers “empereurs” de l’empire romain en commen√ßant par Jules C√©sar bien que celui-ci n’ait pas √©t√© un empereur √† proprement parler. L’on a vu pr√©c√©demment la signification exacte du terme empereur pour les romains, au moins jusqu’au r√®gne de Commode. L’empereur tirait son pouvoirs d’un ensemble d’attributs r√©publicains qui, concentr√©s dans la m√™me personne en faisaient une sorte de monarque. Le C√©sarisme, lui est un √©pith√®te que l’on donnait aux empereurs qui ont succ√©d√© √† Jules, comme √©galement celui d’Auguste. √ätre C√©sar signifiait que l’on vous reconnaissait l’attribut de chef charismatique. √ätre Auguste signifiait, lui que l’on √©tait reconnu comme le chef paternaliste de la nation. Les deux combin√©s, “C√©sar Auguste” cela signifiait que l’on √©tait reconnu comme le leader, le guide de la nation, son protecteur face aux menaces int√©rieures et ext√©rieures.

L’expression “les 12 c√©sars” vient de l’Ňďuvre de Su√©tone qui porte ce nom. Leur vie, leur portrait sont √©galement connus par les historiens anciens, Tacite et Plutarque notamment. N√©anmoins, ceux-ci sont souvent d√©cri√©s pour avoir forc√© le portrait pour noircir la m√©moire des Julio-claudiens et des flaviens pour mettre en exergue “l’√Ęge d’or” o√Ļ ils vivaient, celui des antonins dont ils ont d’ailleurs √©t√© des notables. Tacite, dont une grande partie de l’Ňďuvre a √©t√© perdue m√™me si l’on a retrouv√© il y a une dizaine d’ann√©es son opus “De la Germanie” est n√©anmoins plus objectif ou du moins reconnu comme tel que Su√©tone qui aurait beaucoup exag√©r√© les travers des c√©sars, voire colport√© des “on dits” pour donner plus de saveur √† son Ňďuvre.¬† C’est surtout le tr√®s calomni√© N√©ron qui a fait le plus les frais de cette propagande des antonins. Plutarque lui, est plus auteur litt√©rateur m√™me si son Ňďuvre “Vie des hommes illustres” ne manque pas d’int√©r√™t historique. Il y a √©galement d’autres sources, plus ou moins importantes, Dion Cassius, Pline le jeune, Paterculus, Florus ou Ammien Marcellin par exemple‚Ķ

Jules C√©sar qui est d’ailleurs lui m√™me un des 4 grands historiens latin par ses commentaires n’est pas non plus √©pargn√© par Su√©tone. Il est n√© dans une famille patricienne d√©sargent√©e mais digne. Son p√®re fut pr√™teur et sa m√®re, Aur√©lia venait d’une famille consulaire importante, les Aur√©lii qui le prot√®geront quand il a eu maille √† partie avec Sylla. Le dictateur, chef de file des conservateurs mais en r√©alit√© fossoyeur de l’ordre ancien n’avait de cesse de mettre en garde les s√©nateurs qui lui demandaient sans cesse d’√©pargner le jeune C√©sar. “M√©fiez-vous de ce jeune homme mal ceintur√©“, disait t’il en faisant allusion √† l’accoutrement du jeune homme qui √©tait celui d’un dandy de cette √©poque, l√©g√®rement eff√©min√©. “Vous qui insistez pour que je l’√©pargne, vous le regretterez un jour car il y a en C√©sar plusieurs Marius“, Marius √©tant l’oncle par alliance de c√©sar, l’√©poux de sa tante Julie. Le nom C√©sar voulait dire “couper” ou “√©l√©phant” car un de ses anc√™tres aurait tu√© un √©l√©phant pendant la deuxi√®me guerre punique. Il suivit le cursus honorum traditionnel des jeunes patriciens et il est inutile de revenue sur sa carri√®re, d√©j√† tr√®s connue.

Il aurait √©t√© √©pileptique bien que des √©tudes r√©centes penchent maintenant vers une maladie v√©n√©rienne qui aurait eu des cons√©quences neurologiques, maladie d√©g√©n√©rative qui expliquerait ses absences et ses malaises vers la fin de sa vie. Son assassinat n’aurait t’il pas √©t√© plut√īt un suicide d√©guis√©, tant il avait d’√©l√©ments, d’informations sur la conspiration? Ou bien, trop confiant dans son √©toile la fameuse fortuna caesaris, aurait t’il voulu braver la r√©alit√©? Quoi qu’il en soit, son but n’√©tait pas de devenir roi quoi qu’on en dise. “Commander pour ne pas avoir √† ob√©ir”, telle aurait pu √™treJulescesar¬†sa devise‚Ķ ¬† ¬† ¬† ¬† ¬† ¬† ¬† ¬† ¬† ¬† ¬† ¬† ¬† ¬† ¬† ¬† ¬† ¬† ¬† ¬† ¬† ¬† ¬† ¬† ¬† ¬† ¬† ¬† ¬† ¬† ¬† ¬†¬† C√©sar

Dans sa jeunesse, alors qu’il √©tait en mission en Asie mineure, ses ennemisl’ont accus√© de s’√™tre prostitu√© √† Nicom√®de, roi de Bythinie, des n√©gociants romains ayant affirm√© l’avoir vu accoutr√© comme une courtisane se glisser dans la couche royale. On l’a d’ailleurs affubl√© de sobriquets qui lui sont rest√© coll√©s comme “la reine de Bythinie“, “la putain royale“, “l’amant de toutes les femmes et la femme de tous les maris“. M√™me ses v√©t√©rans , lors de son triomphe, l’ont moqu√© avec des chansons paillardes “Gloire √† C√©sar qui √† soumis les Gaules, mais non √† Nicom√®de qui a soumis C√©sar“. Il para√ģt qu’il s’√©pilait l’ensemble du corps et souffrait de sa calvitie naissante, ce qui explique sa m√®che renvers√©e. S’√©tant couvert de dettes pour se rendre populaire, il sortit de chez lui un matin d’√©lections en disant √† sa m√®re Aur√©lia “ce soir tu verras ton fils grand pontife ou fugitif‚Ķ

Alors qu’il √©tait questeur en Hispanie un cauchemar vint le perturber, il avait r√™v√© qu’il violait sa m√®re. S’en √©tait ouvert √† des devins, ceux-ci interpr√©t√®rent son r√™ve en lui disant que cela signifiait qu’il √©tait destin√© √† dominer le monde, la m√®re √©tant identifi√©e √† la terre. Il a perdu 3 batailles importantes √† Gergovie, Dyrrachium et Ruspina avant de renverser la situation √† Al√©sia, Pharsale et Thapsus. Le dernier livre de ses c√©l√®bres commentaires a √©t√© achev√© par un de ses lieutenants, Hirtius. Au cours de la guerre des Gaules, il a failli √™tre battu √† plusieurs reprises, √† la bataille du Sabis et √† la bataille d’Al√©sia par exemple avant d’√™tre sauv√© par ses lieutenants, Publius Crassus, Labienus, et Marc Antoine. Son principal lieutenant pendant la guerre des Gaules et qui y avait jou√© un r√īle tr√®s important, Labi√©nus, a choisi de rejoindre le camp Pomp√©ien, s’estimant insuffisamment r√©compens√© de ses services. Un autre de ses lieutenants, Decimus Brutus (√† ne pas confondre avec l’autre Brutus), qui avait jou√© un r√īle d√©terminant lors de la guerre contre les v√©n√®tes, a jou√© un r√īle important dans la conspiration des ides de Mars. C’est lui qui a retenu Marc Antoine √† la porte du S√©nat, l’emp√™chant de porter secours √† C√©sar.

Il faisait preuve de cl√©mence chaque fois qu’il le pouvait (clementia caesaris). Pendant la guerre des Gaules, alors qu’il avait retrouv√© son √©p√©e dans un temple celte, on la lui avait arrach√© pendant un combat, et alors qu’on insistait pour qu’il la reprenne, il refus√Ęt en souriant en objectant qu’elle √©tait consacr√©e √† la divinit√©. Longtemps il ne fut qu’un politicien d√©magogue et ambitieux et n’avait pas le lustre qui entourait Pomp√©e jusqu’√† ce qu’il l’√©gale puis le d√©passe. Apr√®s avoir triomph√©, il introduisit plusieurs dizaines de ses partisans dans le s√©nat, parfois de simples centurions et m√™me des notables celtes si bien que les romains, toujours plein d’humour mirent des graffitis sur les murs de la ville avec Pri√®re de ne pas indiquer aux nouveaux s√©nateurs le chemin de la curie“!

A sa mort, son testament stup√©fia tout le monde. Il y adoptait son petit-neveu Octave et le d√©clarait l√©gataire universel √† hauteur des 3/4. Le reste √©tait pour deux autres petit-neveux et pour le peuple romain √† qui il laissa une certaine somme d’argent. M√™me si la fortune de C√©sar √©tait consid√©rable, l’h√©ritage politique √©tait plus important encore. Octave prit le nom de C√©sar, ce qui le fit aimer des v√©t√©rans. A peine √Ęg√© de 19 ans, il √©tait totalement d√©pourvu d’exp√©rience, ce qui en amena certains √† le soup√ßonner de s’√™tre prostitu√© √† son grand-oncle comme le relate Su√©tone. M√™me s’il eut beaucoup de mal √† recouvrir son h√©ritage, il eut l’intelligence, ou la chance, de s’associer deux jeunes personnages qui joueront un r√īle d√©terminant dans son ascension politique et son triomphe final. Le 1er, M√©c√®ne, un jeune noble d’origine √©trusque, le servit comme conseiller politique et fut surtout utile dans les intrigues politiques. Devenu une sorte de ministre de la culture par la suite, il est √† l’origine du m√©c√®ne qui est entr√© dans le dictionnaire. Le second, Marcus Agrippa,¬† joua un r√īle encore plus important et devint son gendre en √©pousant sa fille Julie apr√®s le d√©c√®s de Marcellus. Il fut son second sur le plan militaire et lui permit de remporter la guerre de Mod√®ne, la bataille navale de Nauloque face √† Sextus Pomp√©e puis la d√©cisive bataille d’Actium. A la fin de sa vie, p√®re des deux petits fils d’Auguste, Caius et Lucius, il √©tait devenu le dauphin pressenti en attendant que ses deux fils puissent lui succ√©de

auguste                                                                Auguste
agrippa                                                                  Agrippa

mecene                                                                 Mécène

G√©nie politique et empereur remarquable, fondateur de l’empire romain, il n’est pas non plus √©pargn√© par Tacite et Su√©tone. Connu pour sa cl√©mence, la fameusecl√©mence d’Auguste, il n’en fit pas moins preuve de cruaut√© √† plusieurs reprises alors que cela n’√©tait pas n√©cessaire. Apr√®s l’assassinat de C√©sar, il mit en place avec Antoine des proscriptions qui d√©cim√®rent les rangs de l’ordre s√©natorial et de l’ordre √©questre. Lors de la guerre de Mod√®ne, ayant captur√© un s√©nateur et son fils, il ordonna qu’ils se battent √† mort entre eux, le vainqueur ayant la vie sauve. Le p√®re ayant choisi de se donner la mort pour sauver son fils, celui-ci, ne supporta pas l’outrage et se donna la mort peu apr√®s. Connu pour sa temp√©rance et sa continence, on le vit lors de banquets, attirer des femmes de s√©nateurs dans une pi√®ce et en ressortir tous deux tout rouges et √©bouriff√©s. Sa fille Julie s’√©tant laiss√© entra√ģner dans des exc√®s de d√©bauches “sans oublier aucun des outrages que peut subir une femme” dit Su√©tone, , il l’exila dans une √ģle de quelques kms2 et la fit mourir de faim malgr√© les implorations du peuple qui lui demandaient la cl√©mence, se lamentant aupr√®s du peuple romain et lui demandant de “plaindre un p√®re qui avait une telle fille“. Tous ses h√©ritiers proclam√©s ayant disparu et alors que Tib√®re devait lui succ√©der, il fit exiler et mourir de la m√™me mani√®re son dernier petit-fils vivant, Agrippa Postumus, fils de sa fille Julie pour √™tre trop violent et grossier. Il fit mettre √† mort C√©sarion, fils pr√©sum√© de C√©sar et Cl√©opatre mais laissa le grand-pontificat √† L√©pide, son ancien triumvir jusqu’√† sa mort. Se pr√©valent de sa modestie, il aimait que les gens baissent les yeux devant lui.. Frugal, il ne se nourrissait le soir que d’olives et d’un peu d’huile et habita toujours sa maison relativement modeste √† Rome. Ses successeurs l’ayant laiss√© intacte, on put longtemps l’admirer bien des d√©cennies apr√®s.

Ayant √©pous√© Livie en 3√®mes noces, par amour ou calcul politique, ou les deux, les Livii √©tant une famille patricienne consulaire influente, il l’√©leva √† un tel niveau de puissance que l’on n’avait jamais vu une femme atteindre √† Rome et que Tib√®re put la proclamer Augusta apr√®s sa mort. On soup√ßonna Livie d’intriguer pour permettre √† Tib√®re de succ√©der alors qu’il n’√©tait que le produit d’un pr√©c√©dent mariage en le faisant adopter par Auguste et en √©cartant les autres pr√©tendants par le poison. En effet, Marcellus, le 1er √©poux de Julie puis Caius et Lucius d√©c√©d√®rent dans des conditions suspectes, si bien que beaucoup l’accus√®rent de les avoir fait empoisonner. La mort d’Auguste elle-m√™me, fit l’objet de suspicions, Livie aurait fait empoisonner des grappes de raisins, l√† o√Ļ Auguste aimait les cueillir dans sa r√©sidence de campagne.

Il fit atteindre √† l’empire son apog√©e si bien qu’on a appel√© son r√®gne si√®cle d’Auguste. Y essaim√®rent les arts et les lettres. Ovide (l’art d’aimer), Virgile (l’√©n√©ide), Tite-Live (histoire romaine), Properce furent ses contemporains ainsi que d’autres. Ayant d√©cim√© avec Antoine le parti c√©saricide et ayant une fois surpris ses deux petits-fils en train de lire une Ňďuvre de Cic√©ron, et alors qu’ils tentaient de la dissimuler il s’en empara en d√©clarant “c’√©tait un grand homme et qui aimait fort son pays“..A la fin de sa vie, faisant le bilan de son r√®gne, il d√©clara “j’ai trouv√© une Rome de briques et j’ai laiss√© une Rome de marbre“… Le seul d√©sastre qu’il subit fut le d√©sastre de Varus en 9 ap JC en Germanie et cela le marqua si fort qu’il refusa longtemps de se faire couper les ongles, la barbe et les cheveux et se frappait la t√™te contre les murs en g√©missant “Varus, rends moi mes l√©gions!” Il eut de tr√®s grands succ√®s dans sa vie publique et ses malheurs virent surtout de sa vie domestique. Ayant √©dict√© Tib√®re comme successeur, et sentant sa fin proche, il laissa √©chapper cette remarque “Je plains le peuple romain qui va √™tre dig√©r√© par une m√Ęchoire aussi lourde“…

tibere                                                                Tibère

A sa mort d’Auguste, Tib√®re, reprenant le mod√®le de son pr√©d√©cesseur qui avait agi de la m√™me mani√®re, feignit la modestie et de rendre tous ses pouvoirs au s√©nat, lui ne souhaitant plus que de se retirer dans sa sph√®re priv√©e. Bien s√Ľr, cela n’√©tait qu’une com√©die et devant les supplications des s√©nateurs, il accepta “√† contrecoeur” de reprendre les r√™nes de la r√©publique. Il fit d√©ifier Auguste √† sa mort comme l’avait √©t√© C√©sar et, toute sa vie, il suivit ses traces, Auguste √©tant le mod√®le ind√©passable. Soup√ßonn√© d’avoir usurp√© le tr√īne gr√Ęce aux manigances de Livie, c’est pour cette raison qu’apr√®s la mort de Germanicus qu’il avait probablement fait empoisonner, il laissa Caligula succ√©der au d√©triment de son propre petit-fils, G√©mellus que Caligula fit assassiner par la suite. En effet, les premiers empereurs dits “Julio-Claudiens”, √©taient donc issus de Livie, les claudii ou d’Auguste et il dut laisser la maison des Jules succ√©der, obligation¬† politique. Germanicus √©tait le petit-fils d’Antoine par sa m√®re et de Livie par son p√®re et surtout petit-neveu d’Auguste par sa grand-m√®re Octavie. Caligula, lui par sa m√®re Agrippine l’ancienne √©tait l’arri√®re petit-fils d’Auguste. Si l’assassinat de Germanicus n’est pas prouv√©, son empoisonneur, Pison, un gouverneur patricien proche du pouvoir ayant agi de son propre chef, croyant anticiper les souhaits de son ma√ģtre, le comportement ult√©rieur de Tib√®re envers la famille de Germanicus semble corroborer cette th√®se. Agrippine et ses enfants subirent les pires pers√©cutions jusqu’√† l’assassinat par la faim.

N√©anmoins, Tib√®re avait tr√®s bien saisi les vices de Caligula malgr√© ses dissimulations et sa servilit√© envers lui¬† (“je nourris une vip√®re en mon sein qui un jour d√©vorera le peuple romain“). Lui m√™me avait d√©j√† laiss√© percer certains traits de sa perversit√© lors de l’exil √† Rhodes o√Ļ il avait profit√© de l’√©loignement pour se laisser aller √† ses instincts de cruaut√© et de d√©bauche. Se consid√©rant toutefois comme le second d’Auguste, il refusa toutefois de se faire d√©ifier et de son vivant et ce n’est que Caligula qui le fit d√©ifier pour assurer sa succession.

La personnalit√© complexe de Tib√®re divise les historiens encore de nos jours. Avant son accession au pouvoir, il avait √©t√© un bon g√©n√©ral et remplit avec succ√®s les missions qu’Auguste lui confiait. Empereur, il fut un administrateur remarquable bien que sa cruaut√© et son affreuse misanthropie ternissent encore son image. Paranoiaque, il a fait ex√©cuter bon nombre de s√©nateurs ou de magistrats sur le moindre soup√ßon et s’√©loigna de Rome qu’il ex√©crait pendant des ann√©es jusqu’√† ne plus y revenir du tout. Exil√© sur l’√ģle de Capri, il s’y livra √† de telles d√©bauches qu’il m’est impossible de les √©voquer ici.

Pendant son √©loignement, il avait laiss√© la gestion des affaires courantes √† S√©jan son pr√©fet du pr√©toire. La fonction de pr√©fet du pr√©toire avait √©t√© cr√©√©e par Auguste et elle avait pris encore plus d’importance avec Tib√®re. Le pr√©fet du pr√©toire commandait les cohortes pr√©toriennes qui se trouvaient √† Rome, seules troupes arm√©es autoris√©es √† y r√©sider pour assurer la s√©curit√© de l’empereur et le maintien de l’ordre public mais la fonction avait pris tellement d’importance que le pr√©fet du pr√©toire √©tait devenu une sorte de premier ministre. Ayant accord√© toute confiance √† S√©jan,¬† celui-ci avait pris tellement d’importance qu’il lui vint l’id√©e de succ√©der, √©pousant m√™me une membre de la famille des Julio-claudiens. Il monta une conspiration √† cette fin mais une d√©nonciation provoqua sa chute et Tib√®re le fit ex√©cuter ainsi que toute sa famille.

La mort de Tib√®re elle m√™me ne fut peut-√™tre pas naturelle. Ag√© pour l’√©poque (79 ans), il fut pris de faiblesse et, le croyant mort et Caligula s’√©tant empar√© de sa bague de pouvoir, il se redressa en levant la main, et Macron, le pr√©fet du pr√©toire qui avait succ√©d√© √† S√©jan l’aurait √©touff√© sous un oreiller. Les pr√©toriens avaient pris l’habitude de recevoir puis d’exiger une somme d’argent au nouvel empereur √† chaque av√®nement, ils se mirent par la suite √† faire et d√©faire les empereurs comme cela s’est vu √† d’autres √©poques et sous d’autres latitudes. Les janissaires de l’empire ottoman agirent de m√™me et √† chaque av√®nement, le nouveau sultan ottoman devait leur verser son obole sous peine de les voir se r√©volter. Ils firent et d√©firent bien des sultans ottomans comme on le sait jusqu’√† ce que leur ordre soit aboli au XIX√®me si√®cle.caligula ¬† ¬† ¬† ¬† ¬† ¬† ¬† ¬† ¬† ¬† ¬† ¬† ¬† ¬† ¬† ¬† ¬† ¬† ¬† ¬† ¬† ¬† ¬† ¬† ¬† ¬† ¬† ¬† ¬† ¬† ¬† Caligula

Comme on l’a dit plus haut, Caligula le fit d√©ifier √† sa mort pour commencer son r√®gne, soulignant par l√† sa pi√©t√© filiale envers son p√®re adoptif (Tib√®re l’avait adopt√© comme c’√©tait courant √† Rome). Le surnom de Caligula signifie petite bottine. Il lui vint des l√©gionnaires stationn√©s en Germanie qui l’avaient pris en affection lorsque son p√®re Germanicus y commandait et vient du mot caligae, la sandale que portaient traditionnellement les soldats.

On admet aujourd’hui que les historiens anciens ont beaucoup forc√© le trait mais, partant, l’on doit travailler malgr√© tout sur la base des sources disponibles. Plusieurs hypoth√®ses ont √©t√© √©mises √† propos du comportement de Caligula √† partir du moment o√Ļ il a succ√©d√©. Bien que malgr√© ses qualit√©s de dissimulation, il avait d√Ľ d√©velopper ce trait de caract√®re pour survivre dans la cour de Tib√®re, certains et surtout son redoutable pr√©d√©cesseur avaient pu d√©cerner en lui les vices qui se d√©chaineront par la suite. Il prenait plaisir √† voir couler le sang et √† voir souffrir autrui pendant les combats de gladiateurs et d√©veloppa tr√®s t√īt un amour incestueux pour sa sŇďur Drusilla. Cependant, ce n’√©taient l√† encore que des vices communs chez la jeunesse dor√©e de cette √©poque. Peut-√™tre avait t’il une maladie g√©n√©tique rare comme le laissent penser la forme de son cr√Ęne √©norme par le haut, ses yeux enfonc√©s dans les orbites ou encore son aspect physique globalement repoussant. Son cr√Ęne se d√©garnissait rapidement, ses jambes √©taient arqu√©es et maigres et le reste de son corps √©tait si velu et il en souffrait tellement qu’il √©tait interdit de prononcer le mot ch√®vre en sa pr√©sence sous peine de mort. Les pers√©cutions que subit sa famille, ses fr√®res et sa tante assassin√©s, les efforts de dissimulation qu’il dut d√©ployer pour survivre et la servilit√© dont il dut faire montre dans son enfance et sa jeunesse ( “il n’y eut jamais de meilleur esclave ni de pire ma√ģtre“, Su√©tone) affect√®rent peut-√™tre tant sa personnalit√© qu’il d√©veloppa par la suite ce comportement. C’est l√† l’hypoth√®se la plus d√©fendue par les historiens. Peut-√™tre aussi la fi√®vre qu’il contracta au d√©but de son r√®gne atteignit le cerveau et le transforma en ce monstre qu’il est devenu. En effet, les premiers mois de son r√®gne avaient √©t√© bon et m√™me prometteurs et c’est √† la suite de cette maladie que son comportement se d√©grada.

Il nomma son cheval Incitatus consul comme c’est bien connu et for√ßa les √©pouses de s√©nateurs √† se prostituer dans un lupanar royal pour renflouer les caisses de l’Etat qu’il avait vid√©es en un temps record. Cependant, il y a dans ces deux outrages un d√©but d’explication politique. En effet, tous les empereurs avant ou apr√®s lui, chercheront √† rabaisser le s√©nat, chacun √† sa mani√®re et les ex√©cutions de s√©nateurs n’ont jamais cess√©. C’√©tait l√† la condition du r√©gime politique fond√© par C√©sar et Auguste. Ayant projet√© une campagne en Germanie pour y r√©tablir l’ordre apr√®s des troubles, il mobilisa une arm√©e mais n’alla pas plus loin que la baie de Ba√ģes et il y ordonna aux l√©gionnaires de ramasser les coquillages.Un devin lui ayant pr√©dit dans sa jeunesse qu’il deviendrait empereur le jour o√Ļ il traverserait la baie de Baies √† cheval, il y fit faire un pont de bateaux et la traversa sur son cheval Incitatus. Folie furieuse, l√Ęchet√© ou peut-√™tre volont√© d’humilier les troupes qui se seraient mutin√©s pour ne partir en campagne?

Il se fit d√©ifier de son vivant, ce qui n’avait jamais √©t√© fait par aucun de ses pr√©d√©cesseurs et fit accorder des √©loges fun√®bres sans pr√©c√©dent √† sa sort Drusilla . Apr√®s plusieurs conjurations avort√©es o√Ļ furent m√™l√©s ses sŇďurs, une √©ni√®me aboutit et ce fut son pr√©fet du pr√©toire et ses soldats exc√©d√©s qui lui donn√®rent le coup fatal ainsi qu’√† son √©pouse. Les historiens anciens lui attribuent certaines d√©clarations √† faire fr√©mir, si toutefois elles sont vraies. “Qu’ils me ha√Įssent pourvu qu’ils me craignent“, “Plut aux dieux que le peuple romain n’eut qu’une seule t√™te pour que je la lui coupe“.

claude                                                                 Claude

Apr√®s sa mort, les pr√©toriens all√®rent trouver son oncle Claude qui, croyant qu’on venait l’ex√©cuter lui-aussi, s’√©tait cach√© dans le palais derri√®re un rideau et le proclam√®rent empereur, bien qu’il ait √©t√© le premier empereur √† ne pas √™tre un descendant direct d’Auguste. Claude ne dut sa survie pendant les r√®gnes troubl√©s de Tib√®re et de Caligula qu’√† sa d√©bilit√© pr√©sum√©e et √† Caligula qui le tournait en ridicule et le m√©prisait trop pour l’√©liminer. B√®gue, d’aspect ridicule, il n’√©tait pourtant pas si idiot m√™me si Auguste et Livie le tenaient pour tel et se demandaient constamment ce qu’ils allaient faire de lui. En r√©alit√©, il √©tait fort √©rudit et se r√©v√©la un bon empereur et un bon administrateur. Il confia beaucoup de pouvoir √† certains de ses affranchis, Calliste et surtout Pallas et Narcisse qui s’enrichirent prodigieusement au grand √©tonnement des romains.

Longtemps pr√©sent√© comme faible et manipul√© par ses affranchis et ses √©pouses, cette vision a √©t√© depuis largement remise en question. Bien que plus raisonnable que ses pr√©d√©cesseurs, il ne manqua pas non plus de rabaisser le s√©nat et il y eu plus d’ex√©cutions de s√©nateurs sous son r√®gne que sous celui de N√©ron par exemple. Sous son r√®gne l’empire s’√©tendit encore plus avec l’annexion de la Jud√©e, de la Lycie, du Norique, de la Pamphylie et de la Maur√©tanie. Cette derni√®re province fut divis√©e en deux provinces, la Maur√©tanie Tingitane et la Maur√©tanie c√©sarienne. C’est √©galement lui qui entreprit la conqu√™te de la Bretagne que son l√©gat Aulus Plautius mena √† bien, second√© par le futur empereur Vespasien qui y commanda une l√©gion. A la suite d’ycelle, Claude prit le surnom de Britannicus.agrippinelajeune ¬† ¬† ¬† ¬† ¬† ¬† ¬† ¬† ¬† ¬† ¬† ¬† ¬† ¬† ¬† ¬† ¬† ¬† ¬† ¬† ¬† ¬† ¬† ¬† ¬† ¬† Agrippine la jeune

Adonn√© au jeu, ses contemporains le moqu√®rent aussi pour sa goinfrerie outranci√®re. Il eut beaucoup de d√©boires avec ses √©pouses, Messaline qui lui donna deux enfants, Britannicus et Octavie, puis Agrippine la jeune qui intrigua pour lui faire adopter puis choisir comme successeur son propre fils N√©ron. Messaline le trompa √©perdument et se livra √† de telles d√©bauches qu’elles sont entr√©es dans la l√©gende et finit m√™me par commettre la bigamie en se remariant carr√©ment avec un consul, patricien de surcroit. Cette derni√®re √©tourderie causa sa perte et Claude les fit tous deux ex√©cuter m√™me si son penchant fut de pardonner une fois de plus. Ayant ordonn√© au dernier moment de l’√©pargner, ses affranchis firent semblant de ne pas avoir re√ßu le courrier √† temps‚Ķ. Sa derni√®re √©pouse, Agrippine la jeune intrigua tant et si bien qu’il finit par adopter N√©ron, lui donna sa fille Octavie pour √©pouse et le nomma m√™me comme son successeur au d√©triment de propre fils Britannicus. Les anciens racontent m√™me qu’Agrippine h√Ęta sa fin en l’empoisonnant avec un plat de champignons, plat qu’il affectionnait fort.

Beaucoup calomni√© et raill√© par les historiens de l’antiquit√©, il a depuis √©t√© largement r√©habilit√©. Sous son r√®gne, l’empire romain a √©t√© stable et prosp√®re et s’est m√™me agrandi de nouvelles provinces, d√©j√† cit√©es plus haut. Il fit faire un recensement dans l’empire qui aboutit au nombre de 5 984 072 citoyens romains et √©largit la citoyennet√© romaine √† nombre de notables diss√©min√©s dans l’empire, en orient notamment, arguant dans un discours au s√©nat que cette d√©cision avait des pr√©c√©dents dans l’histoire romaine ( les samnites et les ombriens, la citoyennet√© accord√©e aux alli√©s apr√®s la guerre sociale, C√©sar qui avait accord√© la citoyennet√© √† l’ensemble de la population italique etc). Ce discours nous est rest√© dans son enti√®ret√© et Claude y d√©ploie un certain talent d’√©loquence, talent qui fut reconnu malgr√© tout √† tous les Julio-claudiens. Par la suite et toujours dans cette logique, l’empereur Caracalla finit par accorder la citoyennet√© romaine √† tous les hommes libres de l’empire. N√©anmoins, il n’√©tait pas d√©pourvu de cruaut√© et tout en assurant le s√©nat de son respect, il fit ex√©cuter au cours de son r√®gne plus de 35 s√©nateurs et 200 chevaliers.neron ¬† ¬† ¬† ¬† ¬† ¬† ¬† ¬† ¬† ¬† ¬† ¬† ¬† ¬† ¬† ¬† ¬† ¬† ¬† ¬† ¬† ¬† ¬† ¬† ¬† ¬† ¬† ¬† ¬† ¬† ¬† ¬† ¬† N√©ron

Agrippine, alors qu’elle √©tait enceinte de N√©ron avait consult√© une voyante sur le destin de son fils et celle-ci lui avait pr√©dit qu’il acc√®derait √† l’empire mais la tuerait, ce √† quoi elle a r√©torqu√© “Qu’il me tue pourvu qu’il r√®gne‚Ķ“D√©j√† proclam√© prince de la jeunesse sous Claude, N√©ron avait 17 ans quand il a succ√©d√© et se pr√©sentait comme un bon gros gar√ßon avec quelques filets de barbe. Les 5 premi√®res ann√©es de son r√®gne furent heureuses et les deux personnes qui l’avaient pris sous leur aile, S√©n√®que qui avait √©t√© son pr√©cepteur et Burrus, son pr√©fet du pr√©toire s’accordaient bien ensemble malgr√© les intrusions d’Agrippine, assoiff√©e de pouvoir.

Le portrait de N√©ron a beaucoup √©t√© noirci par les historiens antonins et c’est un fait que tout au long de son r√®gne et m√™me apr√®s, il jouit toujours d’une grande popularit√©. D’ailleurs, Napol√©on l’a qualifi√© un jour “d’un des grands calomni√©s de l’histoire”. De plus, la propagande des premiers chr√©tiens a sans doute √©galement jou√© un r√īle important. Aujourd’hui, on revient beaucoup sur cette r√©putation de N√©ron sur qui le meurtre de sa m√®re a jet√© un voile sombre. Voyant arriver ses assassins, elle leur aurait cri√© “frappe au ventre“. Mais ses ing√©rences, la pression qu’elle mettait sur son fils et sa menace √† peine voil√©e de remettre Britannicus √† sa place expliquent peut-√™tre cette d√©cision appuy√©e par Burrus et S√©n√®que.

En tout cas, sous son r√®gne, l’empire a √©t√© bien administr√© et la paix romaine r√©gnait sur toute son √©tendue sauf peut-√™tre sur sa fronti√®re orientale o√Ļ les parthes restaient mena√ßants. Ses sautes d’humeur ne concernaient que les privil√©gi√©s qui gravitaient autour de sa cour, s√©nateurs, chevaliers ou courtisans qui profitaient de sa faveur pour s’enrichir. Le peuple l’a toujours aim√©. ¬† M√™me lorsque le complot (et non la r√©volte) final qui devait l’emporter, N√©ron mal inform√© et tromp√© sur la r√©alit√© de la situation se suicida fut pouss√© au d√©sespoir alors qu’il comptait encore nombre de soutiens, de provinces et de l√©gions fid√®les. La situation n’√©tait pas perdue pour lui¬† √† ce moment l√†.

En fait, c’est apr√®s la mort de Burrus et apr√®s que Tigellin devint le nouveau pr√©fet du pr√©toire que la situation commen√ßa √† se d√©grader. Le retrait de S√©n√®que puis son suicide forc√© (ainsi que celui de P√©trone pris dans une conspiration) lui fit perdre un peu le sens des r√©alit√©s et il fut pouss√© dans la m√©galomanie par des flatteurs comme Tigellin. Su√©tone lui attribue bien l’incendie de Rome, incendie qu’il aurait provoqu√© pour d√©gager les vieux quartiers encombr√©s et mal b√Ętis de la vieille Rome afin de construire son propre palais, la maison dor√©e (domus aurea), un projet m√©galomaniaque au centre de Rome. Quand les constructions furent achev√©, il s’y installa enfin en, d√©clarant “je vais enfin pouvoir vivre dans une maison digne d’un √™tre humain“. C’aurait donc √©t√© une sorte d’op√©ration immobili√®re mais certains historiens actuels remettent en cause sa responsabilit√©.

Parmi la s√©rie de scandales que lui attribuent les anciens, certains m√©ritent peut-√™tre d’√™tre cit√©s ici pour √™tre assez savoureux. Il provoqua la mort de son √©pouse Popp√©e en lui donnant un coup de pied au ventre alors qu’elle √©tait enceinte et pourtant tr√®s attach√©e √† lui.¬† Il tomba amoureux d’un jeune gar√ßon nomm√© Sporus et le fit castrer et donner le nom de Sabine. Comme Caligula avec G√©mellus, le petit-fils de Tib√®re, il fit assassiner Britannicus, le fils naturel de Claude, empoisonn√© par une c√©l√®bre empoisonneuse d√©nomm√©e Locuste. Ouvertement bisexuel, il se laissait aller √† toutes les sortes de d√©bauches et d’excentricit√©s possibles. Passionn√© de courses de chars, il s’y adonnait en public, et pire, se consid√©rant comme un artiste de g√©nie, il participait √† des concours de champ devant la pl√®be, concours o√Ļ il attendait les r√©sultats du jury avec toutes sortes de mimiques d’angoisse, avant de recevoir toujours le premier prix. Un jour, pendant une de ces manifestations, Vespasien qui √©tait alors s√©nateur et l√©gat de l√©gion, s’y endormit et ne dut la vie sauve qu’√† un de ses affranchis qui le r√©veill√Ęt avant que N√©ron ne le remarque. Il poussa au suicide par jalousie Corbulon, son meilleur g√©n√©ral,¬† qui par ses victoires contre les parthes avait assur√© la stabilit√© de la partie orientale de l’empire. Il disgracia Vespasien qui s’ennuyait manifestement trop pendant ses repr√©sentations mais qui par sa naissance trop obscure ne repr√©sentait √† ses yeux aucun danger pour son pouvoir. Pour cette raison, il le promut comme proconsul de Jud√©e, province en r√©volte, √† la t√™te de l’arm√©e la plus importante de l’empire avec celle de Germanie.

La r√©volte de Vindex, proconsul des Gaules puis la disgr√Ęce de Galba, un vieux s√©nateur qu’il mena√ßait d’ex√©cuter poussa le s√©nat exc√©d√© √† le d√©clarer ennemi public et provoqua sa chute. Au moment de se suicider avec l’aide d’un esclave qui lui √©tait rest√© fid√®le, il d√©clara “quel artiste meurt avec moi”…Il l’√©tait peut-√™tre du reste‚ĶCe fut le dernier des 5 empereurs dits “Julio-claudiens apr√®s Auguste, Tib√®re, Caligula et Claude.galbaothonvitellius

L’ann√©e qui suivit sa mort , l’ann√©e 69 est rest√©e connue dans l’histoire comme “l’ann√©e des 4 empereurs”. Au cours de cette ann√©e, 4 empereurs se succ√©d√®rent, Galba, deux amis et compagnons de N√©ron, Othon, gouverneur de Lusitanie et Vitellius, gouverneur de Germanie puis Vespasien, gouverneur de Jud√©e dont le r√®gne devait √™tre plus durable et plus marquant dans l’histoire romaine. Le premier √† lui succ√©der, Galba √©tait un vieux s√©nateur consulaire et proconsulaire √Ęg√© de 80 ans empli d’id√©aux r√©publicains. Il refusa de verser leur obole aux pr√©toriens, pratique devenue habituelle. Premi√®re erreur. Par la suite, il commit une succession de maladresses et n’ayant pas d’h√©ritier et son √Ęge avanc√© ne lui permettant plus gu√®re d’esp√©rer en avoir, sa position n’en devenait que plus pr√©caire. Sa chute fut provoqu√©e par le soul√®vement de l√©gions en Germanie puis celle d’Othon, gouverneur de Lusitanie et il √©tait si vieux si mal allant qu’il dut se faire porter au combat sur une liti√®re et fut finalement achev√© par une simple troupe de cavalerie sans m√™me que ses soldats, d√©go√Ľt√©s par son avarice, ne fissent m√™me le geste de la d√©fendre.

Othon qui devait lui succ√©der √©tait d’une autre trempe et d’une autre vigueur. “Il n’avait pas l’√Ęme eff√©min√©e comme le corps”, nous dit Tacite, faisant allusion √† sa nature eff√©min√©e et aux soins qu’il aimait faire prendre √† son corps (bains, huiles et massages). C’√©tait un ami d’enfance et un compagnon de d√©bauches et peut-√™tre l’amant de N√©ron qui se m√©fiait pourtant un¬† peu de lui car un devin lui avait un jour pr√©dit l’empire. Il r√©unit ce qu’il put comme troupes et se mit √† pieds √† leur t√™te en direction de Rome. S’√©tant empar√© de la ville, il courut faire face aux arm√©es de Germanie qui s’√©taient r√©volt√© contre lui avec √† leur t√™te Vitellius sans attendre les renforts qui arrivaient et apr√®s quelques succ√®s initiaux fut finalement battu √† la bataille de B√©driacum pr√®s de V√©rone. Accul√© au suicide, son courage et sa noblesse sont soulign√©s par Su√©tone qui pourtant ne s’√©tait pas priv√© de moquer ses vices. Tacite lui m√™me reconna√ģt sa noblesse et son courage “il se donna la mort apr√®s une nuit qui ne fut pas sans sommeil”.

Othon puis Vitellius √©taient deux amis de N√©ron dont ils se voulaient les continuateurs. Othon a fait ex√©cuter Tigellin qui l’avait trahi, Vitellius, lui √©tait tr√®s jeune √† Capri aupr√®s de Tib√®re dont il √©tait l’un des mignons et a du sa faveur aupr√®s de Claude puis de N√©ron √† son habilet√© au jeu de d√©s. Ob√®se, nonchalent, c’est malgr√© lui que ses troupes l’ont nomm√© imperator mais d√®s son triomphe sur Othon, il vit se dresser contre lui Vespasien, qui lui m√™me avait √©t√© pouss√© par ses l√©gions et par ses amis √† revendiquer le pourpre. Multipliant les maladresses et les revirements, il abdiqua avant de se raviser, son arm√©e fut battue √† Cr√©mone par les partisans de Vespasien et finit lapid√© par le peuples exc√©d√© de ses excentricit√©s.

220px-Marius_Glyptothek_Munich_319                                                             Vespasien

Son successeur devait √™tre plus marquant et m√™me apr√®s sa chute, la dynastie des flaviens fut toujours ch√®re au cŇďur des romains. Pourtant, rien ne pr√©disposait Vespasien √† cette destin√©e. Provincial et d’une naissance tr√®s obscure, son grand p√®re avait n√©anmoins peut-√™tre √©t√© centurion ou soldat d’√©lite du parti de Pomp√©e et son p√®re centurion primipile puis receveur des imp√īts en Asie. Son grand-p√®re maternel fut 3 fois tribun des soldats puis pr√©fet de camp et son oncle maternel √©tait s√©nateur de rang pr√©torien. De caract√®re peu ambitieux et m√™me un peu timor√©, chaque avancement qu’il fit dans sa carri√®re, ce fut pouss√© par sa famille ou ses amis. M√™me pour mettre le laticlave, sa m√®re dut le houspiller en lui disant qu’il n’aspirait qu’√† √™tre le valet de son fr√®re Sabinus qui l’avait pourtant d√©j√† rev√™tu bien que moins √Ęg√©. Par la suite, Flavius Sabinus devint pr√©fet du pr√©toire avant d’√™tre assassin√© par les vitelliens.

Il commen√ßa sa carri√®re comme tribun des soldats puis devin l√©gat de l√©gion pendant la 1√®re conqu√™te de la Bretagne sous Aulus Plautius avant d’√™tre disgr√Ęci√© par N√©ron pour s’√™tre endormi pendant une de ses repr√©sentations. Comme il ne pr√©sentait aucune menace pour l’empereur du fait de sa naissance obscure et du fait de la r√©volte des juifs en Jud√©e, province difficile et indisciplin√©e, N√©ron le rappela pour commander l’arm√©e charg√©e de ramener le calme. Au cours¬† de cette difficile campagne o√Ļ il se fit seconder par son fils a√ģn√© Titus, un des meneurs juifs, Flavius Jos√®phe, qui s’√©tait ralli√© apr√®s avoir √©t√© captur√© lui pr√©dit l’empire. Auteur des “antiquit√©s juives” et de l’histoire de la guerre de Jud√©e”, Jos√®phe avait pris le patronyme de Flavius comme c’√©tait courant √† cette √©poque pour les affranchis de reprendre le nom de leur patron.

Fort du soutiens de Mucien, pr√©fet d’Egypte et de Tiberius Alexander, proconsul¬† de Syrie ainsi que du ralliement de toutes les provinces centrales et orientales de l’empire, Vespasien finit par √™tre couronn√© √† la suite de la victoire de ses partisans √† la bataille de Cr√©mone. Il laissa son fils Titus finir la guerre de Jud√©e et rentra √† Rome o√Ļ son fils cadet Domitien avait √©t√© proclam√© c√©sar pour assurer l’interr√®gne. Titus √©crasa la r√©volte des juifs et prit finalement J√©rusalem en 70, date √† laquelle le second temple, celui d’H√©rode le grand fut ras√©, provoquant la nostalgie √©ternelle des juifs et le d√©but de leur diaspora. Titus entretint un moment une liaison avec la reine jud√©enne B√©r√©nice puis dut y mettre un terme pour rentrer √† Rome, donnant sujet aux trag√©dies de Corneille, “Tite et B√©r√©nice” ainsi qu’√† celle de Racine “B√©r√©nice” et au vers c√©l√®bre “il voulait, elle voulait‚Ķ”

Vespasien entreprit une profonde r√©forme de l’empire qui avait √©t√© ruin√© par cette ann√©e dit “des quatre empereurs”. Il mit en Ňďuvre une profonde r√©forme l√©gislative et fiscale pour renflouer les caisses de l’Etat laiss√© vide par ses pr√©d√©cesseurs. Tant d’imp√īts et de taxes nouvelles furent mises en place que les romains ont commenc√© √† le moquer de sa ladrerie. A Titus qui lui reprochait un jour d’avoir mis une taxe sur l’urine, il r√©pondit en lui mettant sous les yeux un tr√©sor de pi√®ces de monnaie “ Sens tu quelque chose √† ces pi√®ces?” et √† Titus qui lui r√©pondit par la n√©gative “l’argent n’a pas d’odeur”. Outre la modernisation de l’Etat, il entreprit un embellissement de la cit√© en multipliant les constructions telles que le Colys√©e, le forum de la paix, le temple de la paix, etc.

Le peuple romain appr√©ciait sa simplicit√© et sa bonhomie ainsi que son c√īt√© terre √† terre venu sans doutes de ses origines rurales modestes. On lui attribue beaucoup de bons mots et m√™me une gu√©rison miraculeuse √† Alexandrie o√Ļ il redonna la vue √† un aveugle en lui appliquant sa salive sur les yeux. Sentant sa mort venir et moquant les pratiques de ses pr√©d√©cesseurs qui avaient fait chaque d√©ifier leur propre pr√©d√©cesseur il se lamentait “Malheur! je sens que je deviens Dieu”! Sur le point d’expirer, il se mit debout en lan√ßant “c’est debout qu’un empereur doit mourir!” puis il expira entre les mains de ceux qui l’assistaient.

titus                                                                  Titus

Son fils a√ģn√© qui avait une solide exp√©rience de soldat, l’ayant second√© dans toutes ses campagnes lui succ√©da ais√©ment. Ce fut la premi√®re fois qu’une succession h√©r√©ditaire se produisit √† Rome, nouveau signe monarchique tangible. En effet, les Julio-claudiens s’√©taient succ√©d√©s par adoption, adoption due √† la parent√© bien-s√Ľr mais aussi √† des calculs politiques. Dans sa jeunesse, Titus avait men√© une vie assez dissolue et avait montr√© des signes de cruaut√©, si bien que l’on se mit √† redouter que les tristes r√®gnes de Tib√®re, Caligula ou N√©ron ne se reproduisent mais d√®s son adoption, il changea du tout au tout de comportement et se fit tellement aimer du peuple par sa temp√©rance et sa bonhomie qu’on le surnomma “les d√©lices du genre humain”. Il acheva la construction du Colys√©e qui n’avait pas encore √©t√© achev√©e et porta secours aux survivants de la catastrophe du V√©suve o√Ļ Pline l’ancien notamment trouva la mort. S’√©tant tellement fait aimer pour sa bont√©, la tradition lui attribue ce mot “j’ai perdu ma journ√©e” lorsqu’il s’√©tait √©coul√© une journ√©e sans avoir pu porter secours √† quelqu’un. Il r√©pugnait √† ex√©cuter qui que ce soit comme son p√®re Vespasien et √† la diff√©rence de son fr√®re Domitien qui le fit probablement empoisonner et lui succ√©da, n’ayant pas de fils lui-m√™me.

domitien                                                              Domitien

Sur la personnalit√© de Domitien et sur son r√®gne les historiens sont partag√©s. Les auteurs antiques l’ont litt√©ralement vilipend√© m√™me si Su√©tone lui reconna√ģt des qualit√©s, se contredisant d’un paragraphe √† l’autre. Une fois, il le traite de despote ignare et incomp√©tent et quelques lignes plus loin il lui reconnait des qualit√©s d’√©rudition et √† son r√®gne qui a tout de m√™me dur√© 15 ans, le plus long apr√®s Auguste et Tib√®re, d’√™tre dur mais d’avoir pos√© des bases solides pour ses successeurs. Il reconnait √©galement aux flaviens et √† Domitien d’avoir aid√© √† l’avancement de sa carri√®re. C’est surtout Tacite qui l’a charg√© le plus, peut-√™tre parce que son propre beau-p√®re, Agricola qui avait achev√© la pacification de la Bretagne a √©t√© pouss√© par lui au suicide par jalousie. Par contre, les historiens modernes ont revu √† la hausse son importance. Mommsen, le grand sp√©cialiste allemand de l’histoire romaine du XIX√®me le qualifie de “despotisme sombre mais intelligent”. Sa politique n’aurait gu√®re √©t√© diff√©rente de ses successeurs imm√©diat, les premiers antonins. Sous le r√®gne de Domitien, l’arm√©e romaine subit toutefois deux d√©faites majeures en Dacie dont celle de Tapae mais Domitien parvint √† remettre √† leur place les daces et leur turbulent roi D√©c√©bale.

Il √©tait grand, bien fait et d’assez belle allure m√™me s’il se¬† d√©garnissait rapidement et qu’il s’empat√Ęt beaucoup sur ses derniers jours. Il avait la vue basse et s’isola de plus en plus en d√©veloppant une misanthropie et une parano√§ telle que m√™me son √©pouse et ses proches en vinrent √† craindre pour leur vie. Il aimait, disent les anciens, √† passer son temps √† tuer les mouches avec une √©pingle(!). Sa m√©moire a sans doute beaucoup √©t√© ternie par les historiens antonins comme on l’a vu plus haut mais √©galement par les premiers chr√©tiens qui subirent des pers√©cutions sous son r√®gne.

Finalement, ses proches et m√™me les membres de sa famille s’accord√®rent √† l’√©liminer dans un complot o√Ļ particip√®rent l’ordre s√©natorial et les gouverneurs de province.¬† Ce furent ses domestiques qui se charg√®rent de l’ex√©cuter et √† sa mort, le s√©nat le condamna √† l’oubli (damnatio memoriae) alors que l’arm√©e o√Ļ il √©tait rest√© populaire r√©clama sa d√©ification.

Ce fut pour cette raison et pour √©viter les troubles que le s√©nat proposa l’empire √† Nerva, proconsul d’Espagne et fid√®le partisan des flaviens. Ce dernier, √Ęg√© et sans h√©ritiers directs ne pouvait proposer qu’un r√®gne de transition et c’est encore pour calmer l’arm√©e qu’il adopta et proclama comme son h√©ritier Trajan, un g√©n√©ral et proconsul issu de colons install√© en Hispanie. Se succ√©d√®rent alors ce que les historiens antiques ont qualifi√© de “5 empereurs remarquables” ( Nerva, Trajan, Hadrien, Antonin puis Marc Aur√®le), √©pith√®te qui leur est rest√© dans l’histoire.

Globalement, sur la m√©moire des Julio-claudiens et celle des flaviens, les anciens les ont class√©s en trois cat√©gories: Les tyrans (Tib√®re, Caligula, N√©ron, Domitien), les bons empereurs mais pas sans d√©fauts (C√©sar, Auguste, Claude) et les bons empereurs (Titus et peut-√™tre Vespasien). Galba √©tait trop √Ęg√© et a r√©gn√© trop peu de temps ainsi que Vitellius qui est lui aussi condamn√© malgr√© la bri√®vet√© de son r√®gne. Othon, lui aurait pu √™tre un bon empereur s’il eut v√©cu.

You may also like...

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *