Portrait des 12 Césars - Le site des passionnés d'histoire

Portrait des 12 CĂ©sars

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On appelle communĂ©ment par “les 12 CĂ©sars” les 12 premiers “empereurs” de l’empire romain en commençant par Jules CĂ©sar bien que celui-ci n’ait pas Ă©tĂ© un empereur Ă  proprement parler. L’on a vu prĂ©cĂ©demment la signification exacte du terme empereur pour les romains, au moins jusqu’au règne de Commode. L’empereur tirait son pouvoirs d’un ensemble d’attributs rĂ©publicains qui, concentrĂ©s dans la mĂŞme personne en faisaient une sorte de monarque. Le CĂ©sarisme, lui est un Ă©pithète que l’on donnait aux empereurs qui ont succĂ©dĂ© Ă  Jules, comme Ă©galement celui d’Auguste. ĂŠtre CĂ©sar signifiait que l’on vous reconnaissait l’attribut de chef charismatique. ĂŠtre Auguste signifiait, lui que l’on Ă©tait reconnu comme le chef paternaliste de la nation. Les deux combinĂ©s, “CĂ©sar Auguste” cela signifiait que l’on Ă©tait reconnu comme le leader, le guide de la nation, son protecteur face aux menaces intĂ©rieures et extĂ©rieures.

L’expression “les 12 cĂ©sars” vient de l’Ĺ“uvre de SuĂ©tone qui porte ce nom. Leur vie, leur portrait sont Ă©galement connus par les historiens anciens, Tacite et Plutarque notamment. NĂ©anmoins, ceux-ci sont souvent dĂ©criĂ©s pour avoir forcĂ© le portrait pour noircir la mĂ©moire des Julio-claudiens et des flaviens pour mettre en exergue “l’âge d’or” oĂą ils vivaient, celui des antonins dont ils ont d’ailleurs Ă©tĂ© des notables. Tacite, dont une grande partie de l’Ĺ“uvre a Ă©tĂ© perdue mĂŞme si l’on a retrouvĂ© il y a une dizaine d’annĂ©es son opus “De la Germanie” est nĂ©anmoins plus objectif ou du moins reconnu comme tel que SuĂ©tone qui aurait beaucoup exagĂ©rĂ© les travers des cĂ©sars, voire colportĂ© des “on dits” pour donner plus de saveur Ă  son Ĺ“uvre.  C’est surtout le très calomniĂ© NĂ©ron qui a fait le plus les frais de cette propagande des antonins. Plutarque lui, est plus auteur littĂ©rateur mĂŞme si son Ĺ“uvre “Vie des hommes illustres” ne manque pas d’intĂ©rĂŞt historique. Il y a Ă©galement d’autres sources, plus ou moins importantes, Dion Cassius, Pline le jeune, Paterculus, Florus ou Ammien Marcellin par exemple…

Jules CĂ©sar qui est d’ailleurs lui mĂŞme un des 4 grands historiens latin par ses commentaires n’est pas non plus Ă©pargnĂ© par SuĂ©tone. Il est nĂ© dans une famille patricienne dĂ©sargentĂ©e mais digne. Son père fut prĂŞteur et sa mère, AurĂ©lia venait d’une famille consulaire importante, les AurĂ©lii qui le protègeront quand il a eu maille Ă  partie avec Sylla. Le dictateur, chef de file des conservateurs mais en rĂ©alitĂ© fossoyeur de l’ordre ancien n’avait de cesse de mettre en garde les sĂ©nateurs qui lui demandaient sans cesse d’Ă©pargner le jeune CĂ©sar. “MĂ©fiez-vous de ce jeune homme mal ceinturĂ©“, disait t’il en faisant allusion Ă  l’accoutrement du jeune homme qui Ă©tait celui d’un dandy de cette Ă©poque, lĂ©gèrement effĂ©minĂ©. “Vous qui insistez pour que je l’Ă©pargne, vous le regretterez un jour car il y a en CĂ©sar plusieurs Marius“, Marius Ă©tant l’oncle par alliance de cĂ©sar, l’Ă©poux de sa tante Julie. Le nom CĂ©sar voulait dire “couper” ou “Ă©lĂ©phant” car un de ses ancĂŞtres aurait tuĂ© un Ă©lĂ©phant pendant la deuxième guerre punique. Il suivit le cursus honorum traditionnel des jeunes patriciens et il est inutile de revenue sur sa carrière, dĂ©jĂ  très connue.

Il aurait Ă©tĂ© Ă©pileptique bien que des Ă©tudes rĂ©centes penchent maintenant vers une maladie vĂ©nĂ©rienne qui aurait eu des consĂ©quences neurologiques, maladie dĂ©gĂ©nĂ©rative qui expliquerait ses absences et ses malaises vers la fin de sa vie. Son assassinat n’aurait t’il pas Ă©tĂ© plutĂ´t un suicide dĂ©guisĂ©, tant il avait d’Ă©lĂ©ments, d’informations sur la conspiration? Ou bien, trop confiant dans son Ă©toile la fameuse fortuna caesaris, aurait t’il voulu braver la rĂ©alitĂ©? Quoi qu’il en soit, son but n’Ă©tait pas de devenir roi quoi qu’on en dise. “Commander pour ne pas avoir Ă  obĂ©ir”, telle aurait pu ĂŞtreJulescesar sa devise…

                                                            CĂ©sar

Dans sa jeunesse, alors qu’il Ă©tait en mission en Asie mineure, ses ennemisl’ont accusĂ© de s’ĂŞtre prostituĂ© Ă  Nicomède, roi de Bythinie, des nĂ©gociants romains ayant affirmĂ© l’avoir vu accoutrĂ© comme une courtisane se glisser dans la couche royale. On l’a d’ailleurs affublĂ© de sobriquets qui lui sont restĂ© collĂ©s comme “la reine de Bythinie“, “la putain royale“, “l’amant de toutes les femmes et la femme de tous les maris“. MĂŞme ses vĂ©tĂ©rans , lors de son triomphe, l’ont moquĂ© avec des chansons paillardes “Gloire Ă  CĂ©sar qui Ă  soumis les Gaules, mais non Ă  Nicomède qui a soumis CĂ©sar“. Il paraĂ®t qu’il s’Ă©pilait l’ensemble du corps et souffrait de sa calvitie naissante, ce qui explique sa mèche renversĂ©e. S’Ă©tant couvert de dettes pour se rendre populaire, il sortit de chez lui un matin d’Ă©lections en disant Ă  sa mère AurĂ©lia “ce soir tu verras ton fils grand pontife ou fugitif…

Alors qu’il Ă©tait questeur en Hispanie un cauchemar vint le perturber, il avait rĂŞvĂ© qu’il violait sa mère. S’en Ă©tait ouvert Ă  des devins, ceux-ci interprĂ©tèrent son rĂŞve en lui disant que cela signifiait qu’il Ă©tait destinĂ© Ă  dominer le monde, la mère Ă©tant identifiĂ©e Ă  la terre. Il a perdu 3 batailles importantes Ă  Gergovie, Dyrrachium et Ruspina avant de renverser la situation Ă  AlĂ©sia, Pharsale et Thapsus. Le dernier livre de ses cĂ©lèbres commentaires a Ă©tĂ© achevĂ© par un de ses lieutenants, Hirtius. Au cours de la guerre des Gaules, il a failli ĂŞtre battu Ă  plusieurs reprises, Ă  la bataille du Sabis et Ă  la bataille d’AlĂ©sia par exemple avant d’ĂŞtre sauvĂ© par ses lieutenants, Publius Crassus, Labienus, et Marc Antoine. Son principal lieutenant pendant la guerre des Gaules et qui y avait jouĂ© un rĂ´le très important, LabiĂ©nus, a choisi de rejoindre le camp PompĂ©ien, s’estimant insuffisamment rĂ©compensĂ© de ses services. Un autre de ses lieutenants, Decimus Brutus (Ă  ne pas confondre avec l’autre Brutus), qui avait jouĂ© un rĂ´le dĂ©terminant lors de la guerre contre les vĂ©nètes, a jouĂ© un rĂ´le important dans la conspiration des ides de Mars. C’est lui qui a retenu Marc Antoine Ă  la porte du SĂ©nat, l’empĂŞchant de porter secours Ă  CĂ©sar.

Il faisait preuve de clĂ©mence chaque fois qu’il le pouvait (clementia caesaris). Pendant la guerre des Gaules, alors qu’il avait retrouvĂ© son Ă©pĂ©e dans un temple celte, on la lui avait arrachĂ© pendant un combat, et alors qu’on insistait pour qu’il la reprenne, il refusât en souriant en objectant qu’elle Ă©tait consacrĂ©e Ă  la divinitĂ©. Longtemps il ne fut qu’un politicien dĂ©magogue et ambitieux et n’avait pas le lustre qui entourait PompĂ©e jusqu’Ă  ce qu’il l’Ă©gale puis le dĂ©passe. Après avoir triomphĂ©, il introduisit plusieurs dizaines de ses partisans dans le sĂ©nat, parfois de simples centurions et mĂŞme des notables celtes si bien que les romains, toujours plein d’humour mirent des graffitis sur les murs de la ville avec Prière de ne pas indiquer aux nouveaux sĂ©nateurs le chemin de la curie“!

A sa mort, son testament stupĂ©fia tout le monde. Il y adoptait son petit-neveu Octave et le dĂ©clarait lĂ©gataire universel Ă  hauteur des 3/4. Le reste Ă©tait pour deux autres petit-neveux et pour le peuple romain Ă  qui il laissa une certaine somme d’argent. MĂŞme si la fortune de CĂ©sar Ă©tait considĂ©rable, l’hĂ©ritage politique Ă©tait plus important encore. Octave prit le nom de CĂ©sar, ce qui le fit aimer des vĂ©tĂ©rans. A peine âgĂ© de 19 ans, il Ă©tait totalement dĂ©pourvu d’expĂ©rience, ce qui en amena certains Ă  le soupçonner de s’ĂŞtre prostituĂ© Ă  son grand-oncle comme le relate SuĂ©tone. MĂŞme s’il eut beaucoup de mal Ă  recouvrir son hĂ©ritage, il eut l’intelligence, ou la chance, de s’associer deux jeunes personnages qui joueront un rĂ´le dĂ©terminant dans son ascension politique et son triomphe final. Le 1er, MĂ©cène, un jeune noble d’origine Ă©trusque, le servit comme conseiller politique et fut surtout utile dans les intrigues politiques. Devenu une sorte de ministre de la culture par la suite, il est Ă  l’origine du mĂ©cène qui est entrĂ© dans le dictionnaire. Le second, Marcus Agrippa,  joua un rĂ´le encore plus important et devint son gendre en Ă©pousant sa fille Julie après le dĂ©cès de Marcellus. Il fut son second sur le plan militaire et lui permit de remporter la guerre de Modène, la bataille navale de Nauloque face Ă  Sextus PompĂ©e puis la dĂ©cisive bataille d’Actium. A la fin de sa vie, père des deux petits fils d’Auguste, Caius et Lucius, il Ă©tait devenu le dauphin pressenti en attendant que ses deux fils puissent lui succĂ©de

auguste                                                                Auguste
agrippa                                                                  Agrippa

mecene                                                                 MĂ©cène

GĂ©nie politique et empereur remarquable, fondateur de l’empire romain, il n’est pas non plus Ă©pargnĂ© par Tacite et SuĂ©tone. Connu pour sa clĂ©mence, la fameuseclĂ©mence d’Auguste, il n’en fit pas moins preuve de cruautĂ© Ă  plusieurs reprises alors que cela n’Ă©tait pas nĂ©cessaire. Après l’assassinat de CĂ©sar, il mit en place avec Antoine des proscriptions qui dĂ©cimèrent les rangs de l’ordre sĂ©natorial et de l’ordre Ă©questre. Lors de la guerre de Modène, ayant capturĂ© un sĂ©nateur et son fils, il ordonna qu’ils se battent Ă  mort entre eux, le vainqueur ayant la vie sauve. Le père ayant choisi de se donner la mort pour sauver son fils, celui-ci, ne supporta pas l’outrage et se donna la mort peu après. Connu pour sa tempĂ©rance et sa continence, on le vit lors de banquets, attirer des femmes de sĂ©nateurs dans une pièce et en ressortir tous deux tout rouges et Ă©bouriffĂ©s. Sa fille Julie s’Ă©tant laissĂ© entraĂ®ner dans des excès de dĂ©bauches “sans oublier aucun des outrages que peut subir une femme” dit SuĂ©tone, , il l’exila dans une Ă®le de quelques kms2 et la fit mourir de faim malgrĂ© les implorations du peuple qui lui demandaient la clĂ©mence, se lamentant auprès du peuple romain et lui demandant de “plaindre un père qui avait une telle fille“. Tous ses hĂ©ritiers proclamĂ©s ayant disparu et alors que Tibère devait lui succĂ©der, il fit exiler et mourir de la mĂŞme manière son dernier petit-fils vivant, Agrippa Postumus, fils de sa fille Julie pour ĂŞtre trop violent et grossier. Il fit mettre Ă  mort CĂ©sarion, fils prĂ©sumĂ© de CĂ©sar et ClĂ©opatre mais laissa le grand-pontificat Ă  LĂ©pide, son ancien triumvir jusqu’Ă  sa mort. Se prĂ©valent de sa modestie, il aimait que les gens baissent les yeux devant lui.. Frugal, il ne se nourrissait le soir que d’olives et d’un peu d’huile et habita toujours sa maison relativement modeste Ă  Rome. Ses successeurs l’ayant laissĂ© intacte, on put longtemps l’admirer bien des dĂ©cennies après.

Ayant Ă©pousĂ© Livie en 3èmes noces, par amour ou calcul politique, ou les deux, les Livii Ă©tant une famille patricienne consulaire influente, il l’Ă©leva Ă  un tel niveau de puissance que l’on n’avait jamais vu une femme atteindre Ă  Rome et que Tibère put la proclamer Augusta après sa mort. On soupçonna Livie d’intriguer pour permettre Ă  Tibère de succĂ©der alors qu’il n’Ă©tait que le produit d’un prĂ©cĂ©dent mariage en le faisant adopter par Auguste et en Ă©cartant les autres prĂ©tendants par le poison. En effet, Marcellus, le 1er Ă©poux de Julie puis Caius et Lucius dĂ©cĂ©dèrent dans des conditions suspectes, si bien que beaucoup l’accusèrent de les avoir fait empoisonner. La mort d’Auguste elle-mĂŞme, fit l’objet de suspicions, Livie aurait fait empoisonner des grappes de raisins, lĂ  oĂą Auguste aimait les cueillir dans sa rĂ©sidence de campagne.

Il fit atteindre Ă  l’empire son apogĂ©e si bien qu’on a appelĂ© son règne siècle d’Auguste. Y essaimèrent les arts et les lettres. Ovide (l’art d’aimer), Virgile (l’Ă©nĂ©ide), Tite-Live (histoire romaine), Properce furent ses contemporains ainsi que d’autres. Ayant dĂ©cimĂ© avec Antoine le parti cĂ©saricide et ayant une fois surpris ses deux petits-fils en train de lire une Ĺ“uvre de CicĂ©ron, et alors qu’ils tentaient de la dissimuler il s’en empara en dĂ©clarant “c’Ă©tait un grand homme et qui aimait fort son pays“..A la fin de sa vie, faisant le bilan de son règne, il dĂ©clara “j’ai trouvĂ© une Rome de briques et j’ai laissĂ© une Rome de marbre“… Le seul dĂ©sastre qu’il subit fut le dĂ©sastre de Varus en 9 ap JC en Germanie et cela le marqua si fort qu’il refusa longtemps de se faire couper les ongles, la barbe et les cheveux et se frappait la tĂŞte contre les murs en gĂ©missant “Varus, rends moi mes lĂ©gions!” Il eut de très grands succès dans sa vie publique et ses malheurs virent surtout de sa vie domestique. Ayant Ă©dictĂ© Tibère comme successeur, et sentant sa fin proche, il laissa Ă©chapper cette remarque “Je plains le peuple romain qui va ĂŞtre digĂ©rĂ© par une mâchoire aussi lourde“…

tibere                                                                Tibère

A sa mort d’Auguste, Tibère, reprenant le modèle de son prĂ©dĂ©cesseur qui avait agi de la mĂŞme manière, feignit la modestie et de rendre tous ses pouvoirs au sĂ©nat, lui ne souhaitant plus que de se retirer dans sa sphère privĂ©e. Bien sĂ»r, cela n’Ă©tait qu’une comĂ©die et devant les supplications des sĂ©nateurs, il accepta “Ă  contrecoeur” de reprendre les rĂŞnes de la rĂ©publique. Il fit dĂ©ifier Auguste Ă  sa mort comme l’avait Ă©tĂ© CĂ©sar et, toute sa vie, il suivit ses traces, Auguste Ă©tant le modèle indĂ©passable. SoupçonnĂ© d’avoir usurpĂ© le trĂ´ne grâce aux manigances de Livie, c’est pour cette raison qu’après la mort de Germanicus qu’il avait probablement fait empoisonner, il laissa Caligula succĂ©der au dĂ©triment de son propre petit-fils, GĂ©mellus que Caligula fit assassiner par la suite. En effet, les premiers empereurs dits “Julio-Claudiens”, Ă©taient donc issus de Livie, les claudii ou d’Auguste et il dut laisser la maison des Jules succĂ©der, obligation  politique. Germanicus Ă©tait le petit-fils d’Antoine par sa mère et de Livie par son père et surtout petit-neveu d’Auguste par sa grand-mère Octavie. Caligula, lui par sa mère Agrippine l’ancienne Ă©tait l’arrière petit-fils d’Auguste. Si l’assassinat de Germanicus n’est pas prouvĂ©, son empoisonneur, Pison, un gouverneur patricien proche du pouvoir ayant agi de son propre chef, croyant anticiper les souhaits de son maĂ®tre, le comportement ultĂ©rieur de Tibère envers la famille de Germanicus semble corroborer cette thèse. Agrippine et ses enfants subirent les pires persĂ©cutions jusqu’Ă  l’assassinat par la faim.

NĂ©anmoins, Tibère avait très bien saisi les vices de Caligula malgrĂ© ses dissimulations et sa servilitĂ© envers lui  (“je nourris une vipère en mon sein qui un jour dĂ©vorera le peuple romain“). Lui mĂŞme avait dĂ©jĂ  laissĂ© percer certains traits de sa perversitĂ© lors de l’exil Ă  Rhodes oĂą il avait profitĂ© de l’Ă©loignement pour se laisser aller Ă  ses instincts de cruautĂ© et de dĂ©bauche. Se considĂ©rant toutefois comme le second d’Auguste, il refusa toutefois de se faire dĂ©ifier et de son vivant et ce n’est que Caligula qui le fit dĂ©ifier pour assurer sa succession.

La personnalitĂ© complexe de Tibère divise les historiens encore de nos jours. Avant son accession au pouvoir, il avait Ă©tĂ© un bon gĂ©nĂ©ral et remplit avec succès les missions qu’Auguste lui confiait. Empereur, il fut un administrateur remarquable bien que sa cruautĂ© et son affreuse misanthropie ternissent encore son image. Paranoiaque, il a fait exĂ©cuter bon nombre de sĂ©nateurs ou de magistrats sur le moindre soupçon et s’Ă©loigna de Rome qu’il exĂ©crait pendant des annĂ©es jusqu’Ă  ne plus y revenir du tout. ExilĂ© sur l’Ă®le de Capri, il s’y livra Ă  de telles dĂ©bauches qu’il m’est impossible de les Ă©voquer ici.

Pendant son Ă©loignement, il avait laissĂ© la gestion des affaires courantes Ă  SĂ©jan son prĂ©fet du prĂ©toire. La fonction de prĂ©fet du prĂ©toire avait Ă©tĂ© crĂ©Ă©e par Auguste et elle avait pris encore plus d’importance avec Tibère. Le prĂ©fet du prĂ©toire commandait les cohortes prĂ©toriennes qui se trouvaient Ă  Rome, seules troupes armĂ©es autorisĂ©es Ă  y rĂ©sider pour assurer la sĂ©curitĂ© de l’empereur et le maintien de l’ordre public mais la fonction avait pris tellement d’importance que le prĂ©fet du prĂ©toire Ă©tait devenu une sorte de premier ministre. Ayant accordĂ© toute confiance Ă  SĂ©jan,  celui-ci avait pris tellement d’importance qu’il lui vint l’idĂ©e de succĂ©der, Ă©pousant mĂŞme une membre de la famille des Julio-claudiens. Il monta une conspiration Ă  cette fin mais une dĂ©nonciation provoqua sa chute et Tibère le fit exĂ©cuter ainsi que toute sa famille.

La mort de Tibère elle mĂŞme ne fut peut-ĂŞtre pas naturelle. AgĂ© pour l’Ă©poque (79 ans), il fut pris de faiblesse et, le croyant mort et Caligula s’Ă©tant emparĂ© de sa bague de pouvoir, il se redressa en levant la main, et Macron, le prĂ©fet du prĂ©toire qui avait succĂ©dĂ© Ă  SĂ©jan l’aurait Ă©touffĂ© sous un oreiller. Les prĂ©toriens avaient pris l’habitude de recevoir puis d’exiger une somme d’argent au nouvel empereur Ă  chaque avènement, ils se mirent par la suite Ă  faire et dĂ©faire les empereurs comme cela s’est vu Ă  d’autres Ă©poques et sous d’autres latitudes. Les janissaires de l’empire ottoman agirent de mĂŞme et Ă  chaque avènement, le nouveau sultan ottoman devait leur verser son obole sous peine de les voir se rĂ©volter. Ils firent et dĂ©firent bien des sultans ottomans comme on le sait jusqu’Ă  ce que leur ordre soit aboli au XIXème siècle.caligula                                                               Caligula

Comme on l’a dit plus haut, Caligula le fit dĂ©ifier Ă  sa mort pour commencer son règne, soulignant par lĂ  sa piĂ©tĂ© filiale envers son père adoptif (Tibère l’avait adoptĂ© comme c’Ă©tait courant Ă  Rome). Le surnom de Caligula signifie petite bottine. Il lui vint des lĂ©gionnaires stationnĂ©s en Germanie qui l’avaient pris en affection lorsque son père Germanicus y commandait et vient du mot caligae, la sandale que portaient traditionnellement les soldats.

On admet aujourd’hui que les historiens anciens ont beaucoup forcĂ© le trait mais, partant, l’on doit travailler malgrĂ© tout sur la base des sources disponibles. Plusieurs hypothèses ont Ă©tĂ© Ă©mises Ă  propos du comportement de Caligula Ă  partir du moment oĂą il a succĂ©dĂ©. Bien que malgrĂ© ses qualitĂ©s de dissimulation, il avait dĂ» dĂ©velopper ce trait de caractère pour survivre dans la cour de Tibère, certains et surtout son redoutable prĂ©dĂ©cesseur avaient pu dĂ©cerner en lui les vices qui se dĂ©chaineront par la suite. Il prenait plaisir Ă  voir couler le sang et Ă  voir souffrir autrui pendant les combats de gladiateurs et dĂ©veloppa très tĂ´t un amour incestueux pour sa sĹ“ur Drusilla. Cependant, ce n’Ă©taient lĂ  encore que des vices communs chez la jeunesse dorĂ©e de cette Ă©poque. Peut-ĂŞtre avait t’il une maladie gĂ©nĂ©tique rare comme le laissent penser la forme de son crâne Ă©norme par le haut, ses yeux enfoncĂ©s dans les orbites ou encore son aspect physique globalement repoussant. Son crâne se dĂ©garnissait rapidement, ses jambes Ă©taient arquĂ©es et maigres et le reste de son corps Ă©tait si velu et il en souffrait tellement qu’il Ă©tait interdit de prononcer le mot chèvre en sa prĂ©sence sous peine de mort. Les persĂ©cutions que subit sa famille, ses frères et sa tante assassinĂ©s, les efforts de dissimulation qu’il dut dĂ©ployer pour survivre et la servilitĂ© dont il dut faire montre dans son enfance et sa jeunesse ( “il n’y eut jamais de meilleur esclave ni de pire maĂ®tre“, SuĂ©tone) affectèrent peut-ĂŞtre tant sa personnalitĂ© qu’il dĂ©veloppa par la suite ce comportement. C’est lĂ  l’hypothèse la plus dĂ©fendue par les historiens. Peut-ĂŞtre aussi la fièvre qu’il contracta au dĂ©but de son règne atteignit le cerveau et le transforma en ce monstre qu’il est devenu. En effet, les premiers mois de son règne avaient Ă©tĂ© bon et mĂŞme prometteurs et c’est Ă  la suite de cette maladie que son comportement se dĂ©grada.

Il nomma son cheval Incitatus consul comme c’est bien connu et força les Ă©pouses de sĂ©nateurs Ă  se prostituer dans un lupanar royal pour renflouer les caisses de l’Etat qu’il avait vidĂ©es en un temps record. Cependant, il y a dans ces deux outrages un dĂ©but d’explication politique. En effet, tous les empereurs avant ou après lui, chercheront Ă  rabaisser le sĂ©nat, chacun Ă  sa manière et les exĂ©cutions de sĂ©nateurs n’ont jamais cessĂ©. C’Ă©tait lĂ  la condition du rĂ©gime politique fondĂ© par CĂ©sar et Auguste. Ayant projetĂ© une campagne en Germanie pour y rĂ©tablir l’ordre après des troubles, il mobilisa une armĂ©e mais n’alla pas plus loin que la baie de BaĂ®es et il y ordonna aux lĂ©gionnaires de ramasser les coquillages.Un devin lui ayant prĂ©dit dans sa jeunesse qu’il deviendrait empereur le jour oĂą il traverserait la baie de Baies Ă  cheval, il y fit faire un pont de bateaux et la traversa sur son cheval Incitatus. Folie furieuse, lâchetĂ© ou peut-ĂŞtre volontĂ© d’humilier les troupes qui se seraient mutinĂ©s pour ne partir en campagne?

Il se fit dĂ©ifier de son vivant, ce qui n’avait jamais Ă©tĂ© fait par aucun de ses prĂ©dĂ©cesseurs et fit accorder des Ă©loges funèbres sans prĂ©cĂ©dent Ă  sa sort Drusilla . Après plusieurs conjurations avortĂ©es oĂą furent mĂŞlĂ©s ses sĹ“urs, une Ă©nième aboutit et ce fut son prĂ©fet du prĂ©toire et ses soldats excĂ©dĂ©s qui lui donnèrent le coup fatal ainsi qu’Ă  son Ă©pouse. Les historiens anciens lui attribuent certaines dĂ©clarations Ă  faire frĂ©mir, si toutefois elles sont vraies. “Qu’ils me haĂŻssent pourvu qu’ils me craignent“, “Plut aux dieux que le peuple romain n’eut qu’une seule tĂŞte pour que je la lui coupe“.

claude                                                                 Claude

Après sa mort, les prĂ©toriens allèrent trouver son oncle Claude qui, croyant qu’on venait l’exĂ©cuter lui-aussi, s’Ă©tait cachĂ© dans le palais derrière un rideau et le proclamèrent empereur, bien qu’il ait Ă©tĂ© le premier empereur Ă  ne pas ĂŞtre un descendant direct d’Auguste. Claude ne dut sa survie pendant les règnes troublĂ©s de Tibère et de Caligula qu’Ă  sa dĂ©bilitĂ© prĂ©sumĂ©e et Ă  Caligula qui le tournait en ridicule et le mĂ©prisait trop pour l’Ă©liminer. Bègue, d’aspect ridicule, il n’Ă©tait pourtant pas si idiot mĂŞme si Auguste et Livie le tenaient pour tel et se demandaient constamment ce qu’ils allaient faire de lui. En rĂ©alitĂ©, il Ă©tait fort Ă©rudit et se rĂ©vĂ©la un bon empereur et un bon administrateur. Il confia beaucoup de pouvoir Ă  certains de ses affranchis, Calliste et surtout Pallas et Narcisse qui s’enrichirent prodigieusement au grand Ă©tonnement des romains.

Longtemps prĂ©sentĂ© comme faible et manipulĂ© par ses affranchis et ses Ă©pouses, cette vision a Ă©tĂ© depuis largement remise en question. Bien que plus raisonnable que ses prĂ©dĂ©cesseurs, il ne manqua pas non plus de rabaisser le sĂ©nat et il y eu plus d’exĂ©cutions de sĂ©nateurs sous son règne que sous celui de NĂ©ron par exemple. Sous son règne l’empire s’Ă©tendit encore plus avec l’annexion de la JudĂ©e, de la Lycie, du Norique, de la Pamphylie et de la MaurĂ©tanie. Cette dernière province fut divisĂ©e en deux provinces, la MaurĂ©tanie Tingitane et la MaurĂ©tanie cĂ©sarienne. C’est Ă©galement lui qui entreprit la conquĂŞte de la Bretagne que son lĂ©gat Aulus Plautius mena Ă  bien, secondĂ© par le futur empereur Vespasien qui y commanda une lĂ©gion. A la suite d’ycelle, Claude prit le surnom de Britannicus.agrippinelajeune                                                     Agrippine la jeune

AdonnĂ© au jeu, ses contemporains le moquèrent aussi pour sa goinfrerie outrancière. Il eut beaucoup de dĂ©boires avec ses Ă©pouses, Messaline qui lui donna deux enfants, Britannicus et Octavie, puis Agrippine la jeune qui intrigua pour lui faire adopter puis choisir comme successeur son propre fils NĂ©ron. Messaline le trompa Ă©perdument et se livra Ă  de telles dĂ©bauches qu’elles sont entrĂ©es dans la lĂ©gende et finit mĂŞme par commettre la bigamie en se remariant carrĂ©ment avec un consul, patricien de surcroit. Cette dernière Ă©tourderie causa sa perte et Claude les fit tous deux exĂ©cuter mĂŞme si son penchant fut de pardonner une fois de plus. Ayant ordonnĂ© au dernier moment de l’Ă©pargner, ses affranchis firent semblant de ne pas avoir reçu le courrier Ă  temps…. Sa dernière Ă©pouse, Agrippine la jeune intrigua tant et si bien qu’il finit par adopter NĂ©ron, lui donna sa fille Octavie pour Ă©pouse et le nomma mĂŞme comme son successeur au dĂ©triment de propre fils Britannicus. Les anciens racontent mĂŞme qu’Agrippine hâta sa fin en l’empoisonnant avec un plat de champignons, plat qu’il affectionnait fort.

Beaucoup calomniĂ© et raillĂ© par les historiens de l’antiquitĂ©, il a depuis Ă©tĂ© largement rĂ©habilitĂ©. Sous son règne, l’empire romain a Ă©tĂ© stable et prospère et s’est mĂŞme agrandi de nouvelles provinces, dĂ©jĂ  citĂ©es plus haut. Il fit faire un recensement dans l’empire qui aboutit au nombre de 5 984 072 citoyens romains et Ă©largit la citoyennetĂ© romaine Ă  nombre de notables dissĂ©minĂ©s dans l’empire, en orient notamment, arguant dans un discours au sĂ©nat que cette dĂ©cision avait des prĂ©cĂ©dents dans l’histoire romaine ( les samnites et les ombriens, la citoyennetĂ© accordĂ©e aux alliĂ©s après la guerre sociale, CĂ©sar qui avait accordĂ© la citoyennetĂ© Ă  l’ensemble de la population italique etc). Ce discours nous est restĂ© dans son entièretĂ© et Claude y dĂ©ploie un certain talent d’Ă©loquence, talent qui fut reconnu malgrĂ© tout Ă  tous les Julio-claudiens. Par la suite et toujours dans cette logique, l’empereur Caracalla finit par accorder la citoyennetĂ© romaine Ă  tous les hommes libres de l’empire. NĂ©anmoins, il n’Ă©tait pas dĂ©pourvu de cruautĂ© et tout en assurant le sĂ©nat de son respect, il fit exĂ©cuter au cours de son règne plus de 35 sĂ©nateurs et 200 chevaliers.neron                                                                   NĂ©ron

Agrippine, alors qu’elle Ă©tait enceinte de NĂ©ron avait consultĂ© une voyante sur le destin de son fils et celle-ci lui avait prĂ©dit qu’il accèderait Ă  l’empire mais la tuerait, ce Ă  quoi elle a rĂ©torquĂ© “Qu’il me tue pourvu qu’il règne…“DĂ©jĂ  proclamĂ© prince de la jeunesse sous Claude, NĂ©ron avait 17 ans quand il a succĂ©dĂ© et se prĂ©sentait comme un bon gros garçon avec quelques filets de barbe. Les 5 premières annĂ©es de son règne furent heureuses et les deux personnes qui l’avaient pris sous leur aile, SĂ©nèque qui avait Ă©tĂ© son prĂ©cepteur et Burrus, son prĂ©fet du prĂ©toire s’accordaient bien ensemble malgrĂ© les intrusions d’Agrippine, assoiffĂ©e de pouvoir.

Le portrait de NĂ©ron a beaucoup Ă©tĂ© noirci par les historiens antonins et c’est un fait que tout au long de son règne et mĂŞme après, il jouit toujours d’une grande popularitĂ©. D’ailleurs, NapolĂ©on l’a qualifiĂ© un jour “d’un des grands calomniĂ©s de l’histoire”. De plus, la propagande des premiers chrĂ©tiens a sans doute Ă©galement jouĂ© un rĂ´le important. Aujourd’hui, on revient beaucoup sur cette rĂ©putation de NĂ©ron sur qui le meurtre de sa mère a jetĂ© un voile sombre. Voyant arriver ses assassins, elle leur aurait criĂ© “frappe au ventre“. Mais ses ingĂ©rences, la pression qu’elle mettait sur son fils et sa menace Ă  peine voilĂ©e de remettre Britannicus Ă  sa place expliquent peut-ĂŞtre cette dĂ©cision appuyĂ©e par Burrus et SĂ©nèque.

En tout cas, sous son règne, l’empire a Ă©tĂ© bien administrĂ© et la paix romaine rĂ©gnait sur toute son Ă©tendue sauf peut-ĂŞtre sur sa frontière orientale oĂą les parthes restaient menaçants. Ses sautes d’humeur ne concernaient que les privilĂ©giĂ©s qui gravitaient autour de sa cour, sĂ©nateurs, chevaliers ou courtisans qui profitaient de sa faveur pour s’enrichir. Le peuple l’a toujours aimĂ©.   MĂŞme lorsque le complot (et non la rĂ©volte) final qui devait l’emporter, NĂ©ron mal informĂ© et trompĂ© sur la rĂ©alitĂ© de la situation se suicida fut poussĂ© au dĂ©sespoir alors qu’il comptait encore nombre de soutiens, de provinces et de lĂ©gions fidèles. La situation n’Ă©tait pas perdue pour lui  Ă  ce moment lĂ .

En fait, c’est après la mort de Burrus et après que Tigellin devint le nouveau prĂ©fet du prĂ©toire que la situation commença Ă  se dĂ©grader. Le retrait de SĂ©nèque puis son suicide forcĂ© (ainsi que celui de PĂ©trone pris dans une conspiration) lui fit perdre un peu le sens des rĂ©alitĂ©s et il fut poussĂ© dans la mĂ©galomanie par des flatteurs comme Tigellin. SuĂ©tone lui attribue bien l’incendie de Rome, incendie qu’il aurait provoquĂ© pour dĂ©gager les vieux quartiers encombrĂ©s et mal bâtis de la vieille Rome afin de construire son propre palais, la maison dorĂ©e (domus aurea), un projet mĂ©galomaniaque au centre de Rome. Quand les constructions furent achevĂ©, il s’y installa enfin en, dĂ©clarant “je vais enfin pouvoir vivre dans une maison digne d’un ĂŞtre humain“. C’aurait donc Ă©tĂ© une sorte d’opĂ©ration immobilière mais certains historiens actuels remettent en cause sa responsabilitĂ©.

Parmi la sĂ©rie de scandales que lui attribuent les anciens, certains mĂ©ritent peut-ĂŞtre d’ĂŞtre citĂ©s ici pour ĂŞtre assez savoureux. Il provoqua la mort de son Ă©pouse PoppĂ©e en lui donnant un coup de pied au ventre alors qu’elle Ă©tait enceinte et pourtant très attachĂ©e Ă  lui.  Il tomba amoureux d’un jeune garçon nommĂ© Sporus et le fit castrer et donner le nom de Sabine. Comme Caligula avec GĂ©mellus, le petit-fils de Tibère, il fit assassiner Britannicus, le fils naturel de Claude, empoisonnĂ© par une cĂ©lèbre empoisonneuse dĂ©nommĂ©e Locuste. Ouvertement bisexuel, il se laissait aller Ă  toutes les sortes de dĂ©bauches et d’excentricitĂ©s possibles. PassionnĂ© de courses de chars, il s’y adonnait en public, et pire, se considĂ©rant comme un artiste de gĂ©nie, il participait Ă  des concours de champ devant la plèbe, concours oĂą il attendait les rĂ©sultats du jury avec toutes sortes de mimiques d’angoisse, avant de recevoir toujours le premier prix. Un jour, pendant une de ces manifestations, Vespasien qui Ă©tait alors sĂ©nateur et lĂ©gat de lĂ©gion, s’y endormit et ne dut la vie sauve qu’Ă  un de ses affranchis qui le rĂ©veillât avant que NĂ©ron ne le remarque. Il poussa au suicide par jalousie Corbulon, son meilleur gĂ©nĂ©ral,  qui par ses victoires contre les parthes avait assurĂ© la stabilitĂ© de la partie orientale de l’empire. Il disgracia Vespasien qui s’ennuyait manifestement trop pendant ses reprĂ©sentations mais qui par sa naissance trop obscure ne reprĂ©sentait Ă  ses yeux aucun danger pour son pouvoir. Pour cette raison, il le promut comme proconsul de JudĂ©e, province en rĂ©volte, Ă  la tĂŞte de l’armĂ©e la plus importante de l’empire avec celle de Germanie.

La rĂ©volte de Vindex, proconsul des Gaules puis la disgrâce de Galba, un vieux sĂ©nateur qu’il menaçait d’exĂ©cuter poussa le sĂ©nat excĂ©dĂ© Ă  le dĂ©clarer ennemi public et provoqua sa chute. Au moment de se suicider avec l’aide d’un esclave qui lui Ă©tait restĂ© fidèle, il dĂ©clara “quel artiste meurt avec moi”…Il l’Ă©tait peut-ĂŞtre du reste…Ce fut le dernier des 5 empereurs dits “Julio-claudiens après Auguste, Tibère, Caligula et Claude.galbaothonvitellius

L’annĂ©e qui suivit sa mort , l’annĂ©e 69 est restĂ©e connue dans l’histoire comme “l’annĂ©e des 4 empereurs”. Au cours de cette annĂ©e, 4 empereurs se succĂ©dèrent, Galba, deux amis et compagnons de NĂ©ron, Othon, gouverneur de Lusitanie et Vitellius, gouverneur de Germanie puis Vespasien, gouverneur de JudĂ©e dont le règne devait ĂŞtre plus durable et plus marquant dans l’histoire romaine. Le premier Ă  lui succĂ©der, Galba Ă©tait un vieux sĂ©nateur consulaire et proconsulaire âgĂ© de 80 ans empli d’idĂ©aux rĂ©publicains. Il refusa de verser leur obole aux prĂ©toriens, pratique devenue habituelle. Première erreur. Par la suite, il commit une succession de maladresses et n’ayant pas d’hĂ©ritier et son âge avancĂ© ne lui permettant plus guère d’espĂ©rer en avoir, sa position n’en devenait que plus prĂ©caire. Sa chute fut provoquĂ©e par le soulèvement de lĂ©gions en Germanie puis celle d’Othon, gouverneur de Lusitanie et il Ă©tait si vieux si mal allant qu’il dut se faire porter au combat sur une litière et fut finalement achevĂ© par une simple troupe de cavalerie sans mĂŞme que ses soldats, dĂ©goĂ»tĂ©s par son avarice, ne fissent mĂŞme le geste de la dĂ©fendre.

Othon qui devait lui succĂ©der Ă©tait d’une autre trempe et d’une autre vigueur. “Il n’avait pas l’âme effĂ©minĂ©e comme le corps”, nous dit Tacite, faisant allusion Ă  sa nature effĂ©minĂ©e et aux soins qu’il aimait faire prendre Ă  son corps (bains, huiles et massages). C’Ă©tait un ami d’enfance et un compagnon de dĂ©bauches et peut-ĂŞtre l’amant de NĂ©ron qui se mĂ©fiait pourtant un  peu de lui car un devin lui avait un jour prĂ©dit l’empire. Il rĂ©unit ce qu’il put comme troupes et se mit Ă  pieds Ă  leur tĂŞte en direction de Rome. S’Ă©tant emparĂ© de la ville, il courut faire face aux armĂ©es de Germanie qui s’Ă©taient rĂ©voltĂ© contre lui avec Ă  leur tĂŞte Vitellius sans attendre les renforts qui arrivaient et après quelques succès initiaux fut finalement battu Ă  la bataille de BĂ©driacum près de VĂ©rone. AcculĂ© au suicide, son courage et sa noblesse sont soulignĂ©s par SuĂ©tone qui pourtant ne s’Ă©tait pas privĂ© de moquer ses vices. Tacite lui mĂŞme reconnaĂ®t sa noblesse et son courage “il se donna la mort après une nuit qui ne fut pas sans sommeil”.

Othon puis Vitellius Ă©taient deux amis de NĂ©ron dont ils se voulaient les continuateurs. Othon a fait exĂ©cuter Tigellin qui l’avait trahi, Vitellius, lui Ă©tait très jeune Ă  Capri auprès de Tibère dont il Ă©tait l’un des mignons et a du sa faveur auprès de Claude puis de NĂ©ron Ă  son habiletĂ© au jeu de dĂ©s. Obèse, nonchalent, c’est malgrĂ© lui que ses troupes l’ont nommĂ© imperator mais dès son triomphe sur Othon, il vit se dresser contre lui Vespasien, qui lui mĂŞme avait Ă©tĂ© poussĂ© par ses lĂ©gions et par ses amis Ă  revendiquer le pourpre. Multipliant les maladresses et les revirements, il abdiqua avant de se raviser, son armĂ©e fut battue Ă  CrĂ©mone par les partisans de Vespasien et finit lapidĂ© par le peuples excĂ©dĂ© de ses excentricitĂ©s.

220px-Marius_Glyptothek_Munich_319                                                             Vespasien

Son successeur devait ĂŞtre plus marquant et mĂŞme après sa chute, la dynastie des flaviens fut toujours chère au cĹ“ur des romains. Pourtant, rien ne prĂ©disposait Vespasien Ă  cette destinĂ©e. Provincial et d’une naissance très obscure, son grand père avait nĂ©anmoins peut-ĂŞtre Ă©tĂ© centurion ou soldat d’Ă©lite du parti de PompĂ©e et son père centurion primipile puis receveur des impĂ´ts en Asie. Son grand-père maternel fut 3 fois tribun des soldats puis prĂ©fet de camp et son oncle maternel Ă©tait sĂ©nateur de rang prĂ©torien. De caractère peu ambitieux et mĂŞme un peu timorĂ©, chaque avancement qu’il fit dans sa carrière, ce fut poussĂ© par sa famille ou ses amis. MĂŞme pour mettre le laticlave, sa mère dut le houspiller en lui disant qu’il n’aspirait qu’Ă  ĂŞtre le valet de son frère Sabinus qui l’avait pourtant dĂ©jĂ  revĂŞtu bien que moins âgĂ©. Par la suite, Flavius Sabinus devint prĂ©fet du prĂ©toire avant d’ĂŞtre assassinĂ© par les vitelliens.

Il commença sa carrière comme tribun des soldats puis devin lĂ©gat de lĂ©gion pendant la 1ère conquĂŞte de la Bretagne sous Aulus Plautius avant d’ĂŞtre disgrâciĂ© par NĂ©ron pour s’ĂŞtre endormi pendant une de ses reprĂ©sentations. Comme il ne prĂ©sentait aucune menace pour l’empereur du fait de sa naissance obscure et du fait de la rĂ©volte des juifs en JudĂ©e, province difficile et indisciplinĂ©e, NĂ©ron le rappela pour commander l’armĂ©e chargĂ©e de ramener le calme. Au cours  de cette difficile campagne oĂą il se fit seconder par son fils aĂ®nĂ© Titus, un des meneurs juifs, Flavius Josèphe, qui s’Ă©tait ralliĂ© après avoir Ă©tĂ© capturĂ© lui prĂ©dit l’empire. Auteur des “antiquitĂ©s juives” et de l’histoire de la guerre de JudĂ©e”, Josèphe avait pris le patronyme de Flavius comme c’Ă©tait courant Ă  cette Ă©poque pour les affranchis de reprendre le nom de leur patron.

Fort du soutiens de Mucien, prĂ©fet d’Egypte et de Tiberius Alexander, proconsul  de Syrie ainsi que du ralliement de toutes les provinces centrales et orientales de l’empire, Vespasien finit par ĂŞtre couronnĂ© Ă  la suite de la victoire de ses partisans Ă  la bataille de CrĂ©mone. Il laissa son fils Titus finir la guerre de JudĂ©e et rentra Ă  Rome oĂą son fils cadet Domitien avait Ă©tĂ© proclamĂ© cĂ©sar pour assurer l’interrègne. Titus Ă©crasa la rĂ©volte des juifs et prit finalement JĂ©rusalem en 70, date Ă  laquelle le second temple, celui d’HĂ©rode le grand fut rasĂ©, provoquant la nostalgie Ă©ternelle des juifs et le dĂ©but de leur diaspora. Titus entretint un moment une liaison avec la reine judĂ©enne BĂ©rĂ©nice puis dut y mettre un terme pour rentrer Ă  Rome, donnant sujet aux tragĂ©dies de Corneille, “Tite et BĂ©rĂ©nice” ainsi qu’Ă  celle de Racine “BĂ©rĂ©nice” et au vers cĂ©lèbre “il voulait, elle voulait…”

Vespasien entreprit une profonde rĂ©forme de l’empire qui avait Ă©tĂ© ruinĂ© par cette annĂ©e dit “des quatre empereurs”. Il mit en Ĺ“uvre une profonde rĂ©forme lĂ©gislative et fiscale pour renflouer les caisses de l’Etat laissĂ© vide par ses prĂ©dĂ©cesseurs. Tant d’impĂ´ts et de taxes nouvelles furent mises en place que les romains ont commencĂ© Ă  le moquer de sa ladrerie. A Titus qui lui reprochait un jour d’avoir mis une taxe sur l’urine, il rĂ©pondit en lui mettant sous les yeux un trĂ©sor de pièces de monnaie “ Sens tu quelque chose Ă  ces pièces?” et Ă  Titus qui lui rĂ©pondit par la nĂ©gative “l’argent n’a pas d’odeur”. Outre la modernisation de l’Etat, il entreprit un embellissement de la citĂ© en multipliant les constructions telles que le ColysĂ©e, le forum de la paix, le temple de la paix, etc.

Le peuple romain apprĂ©ciait sa simplicitĂ© et sa bonhomie ainsi que son cĂ´tĂ© terre Ă  terre venu sans doutes de ses origines rurales modestes. On lui attribue beaucoup de bons mots et mĂŞme une guĂ©rison miraculeuse Ă  Alexandrie oĂą il redonna la vue Ă  un aveugle en lui appliquant sa salive sur les yeux. Sentant sa mort venir et moquant les pratiques de ses prĂ©dĂ©cesseurs qui avaient fait chaque dĂ©ifier leur propre prĂ©dĂ©cesseur il se lamentait “Malheur! je sens que je deviens Dieu”! Sur le point d’expirer, il se mit debout en lançant “c’est debout qu’un empereur doit mourir!” puis il expira entre les mains de ceux qui l’assistaient.

titus                                                                  Titus

Son fils aĂ®nĂ© qui avait une solide expĂ©rience de soldat, l’ayant secondĂ© dans toutes ses campagnes lui succĂ©da aisĂ©ment. Ce fut la première fois qu’une succession hĂ©rĂ©ditaire se produisit Ă  Rome, nouveau signe monarchique tangible. En effet, les Julio-claudiens s’Ă©taient succĂ©dĂ©s par adoption, adoption due Ă  la parentĂ© bien-sĂ»r mais aussi Ă  des calculs politiques. Dans sa jeunesse, Titus avait menĂ© une vie assez dissolue et avait montrĂ© des signes de cruautĂ©, si bien que l’on se mit Ă  redouter que les tristes règnes de Tibère, Caligula ou NĂ©ron ne se reproduisent mais dès son adoption, il changea du tout au tout de comportement et se fit tellement aimer du peuple par sa tempĂ©rance et sa bonhomie qu’on le surnomma “les dĂ©lices du genre humain”. Il acheva la construction du ColysĂ©e qui n’avait pas encore Ă©tĂ© achevĂ©e et porta secours aux survivants de la catastrophe du VĂ©suve oĂą Pline l’ancien notamment trouva la mort. S’Ă©tant tellement fait aimer pour sa bontĂ©, la tradition lui attribue ce mot “j’ai perdu ma journĂ©e” lorsqu’il s’Ă©tait Ă©coulĂ© une journĂ©e sans avoir pu porter secours Ă  quelqu’un. Il rĂ©pugnait Ă  exĂ©cuter qui que ce soit comme son père Vespasien et Ă  la diffĂ©rence de son frère Domitien qui le fit probablement empoisonner et lui succĂ©da, n’ayant pas de fils lui-mĂŞme.

domitien                                                              Domitien

Sur la personnalitĂ© de Domitien et sur son règne les historiens sont partagĂ©s. Les auteurs antiques l’ont littĂ©ralement vilipendĂ© mĂŞme si SuĂ©tone lui reconnaĂ®t des qualitĂ©s, se contredisant d’un paragraphe Ă  l’autre. Une fois, il le traite de despote ignare et incompĂ©tent et quelques lignes plus loin il lui reconnait des qualitĂ©s d’Ă©rudition et Ă  son règne qui a tout de mĂŞme durĂ© 15 ans, le plus long après Auguste et Tibère, d’ĂŞtre dur mais d’avoir posĂ© des bases solides pour ses successeurs. Il reconnait Ă©galement aux flaviens et Ă  Domitien d’avoir aidĂ© Ă  l’avancement de sa carrière. C’est surtout Tacite qui l’a chargĂ© le plus, peut-ĂŞtre parce que son propre beau-père, Agricola qui avait achevĂ© la pacification de la Bretagne a Ă©tĂ© poussĂ© par lui au suicide par jalousie. Par contre, les historiens modernes ont revu Ă  la hausse son importance. Mommsen, le grand spĂ©cialiste allemand de l’histoire romaine du XIXème le qualifie de “despotisme sombre mais intelligent”. Sa politique n’aurait guère Ă©tĂ© diffĂ©rente de ses successeurs immĂ©diat, les premiers antonins. Sous le règne de Domitien, l’armĂ©e romaine subit toutefois deux dĂ©faites majeures en Dacie dont celle de Tapae mais Domitien parvint Ă  remettre Ă  leur place les daces et leur turbulent roi DĂ©cĂ©bale.

Il Ă©tait grand, bien fait et d’assez belle allure mĂŞme s’il se  dĂ©garnissait rapidement et qu’il s’empatât beaucoup sur ses derniers jours. Il avait la vue basse et s’isola de plus en plus en dĂ©veloppant une misanthropie et une paranoä telle que mĂŞme son Ă©pouse et ses proches en vinrent Ă  craindre pour leur vie. Il aimait, disent les anciens, Ă  passer son temps Ă  tuer les mouches avec une Ă©pingle(!). Sa mĂ©moire a sans doute beaucoup Ă©tĂ© ternie par les historiens antonins comme on l’a vu plus haut mais Ă©galement par les premiers chrĂ©tiens qui subirent des persĂ©cutions sous son règne.

Finalement, ses proches et mĂŞme les membres de sa famille s’accordèrent Ă  l’Ă©liminer dans un complot oĂą participèrent l’ordre sĂ©natorial et les gouverneurs de province.  Ce furent ses domestiques qui se chargèrent de l’exĂ©cuter et Ă  sa mort, le sĂ©nat le condamna Ă  l’oubli (damnatio memoriae) alors que l’armĂ©e oĂą il Ă©tait restĂ© populaire rĂ©clama sa dĂ©ification.

Ce fut pour cette raison et pour Ă©viter les troubles que le sĂ©nat proposa l’empire Ă  Nerva, proconsul d’Espagne et fidèle partisan des flaviens. Ce dernier, âgĂ© et sans hĂ©ritiers directs ne pouvait proposer qu’un règne de transition et c’est encore pour calmer l’armĂ©e qu’il adopta et proclama comme son hĂ©ritier Trajan, un gĂ©nĂ©ral et proconsul issu de colons installĂ© en Hispanie. Se succĂ©dèrent alors ce que les historiens antiques ont qualifiĂ© de “5 empereurs remarquables” ( Nerva, Trajan, Hadrien, Antonin puis Marc Aurèle), Ă©pithète qui leur est restĂ© dans l’histoire.

Globalement, sur la mĂ©moire des Julio-claudiens et celle des flaviens, les anciens les ont classĂ©s en trois catĂ©gories: Les tyrans (Tibère, Caligula, NĂ©ron, Domitien), les bons empereurs mais pas sans dĂ©fauts (CĂ©sar, Auguste, Claude) et les bons empereurs (Titus et peut-ĂŞtre Vespasien). Galba Ă©tait trop âgĂ© et a rĂ©gnĂ© trop peu de temps ainsi que Vitellius qui est lui aussi condamnĂ© malgrĂ© la brièvetĂ© de son règne. Othon, lui aurait pu ĂŞtre un bon empereur s’il eut vĂ©cu.

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