Les capétiens (1): Les capétiens directs - Le site des passionnés d'histoire

Les capétiens (1): Les capétiens directs





La dynastie des capĂ©tiens, d’origine franque de RhĂ©nanie, est Ă©galement appelĂ©e “3ème race” après les mĂ©rovingiens et les carolingiens et avant la dite “4ème race”, celle des Bonaparte. Avant l’accession d’Hugues Capet au trĂ´ne de France en 987, on avait dĂ©jĂ  dĂ©nombrĂ© deux membres de la famille qui avaient accĂ©dĂ© au titre de “rois des francs”, profitant des troubles provoquĂ©s par les invasions normandes et de l’incapacitĂ© des dynastes carolingiens Ă  y remĂ©dier. Ainsi, deux fils de Robert le fort, marquis de Neustrie, Eudes 1er et Robert 1er, forts de leur popularitĂ© pour leur rĂ©sistance aux vikings, notamment la dĂ©fense de Paris furent en fait les premiers rois de cette dynastie de 888 Ă  898 ap JC et de 922 Ă  923. De mĂŞme, le père d’Hugues Capet refusa plusieurs fois de postuler Ă  cette dignitĂ© alors qu’il l’aurait pu, se contentant de ses importants fiefs au centre de la France et en Bourgogne.

Les premiers ancĂŞtres de la famille Ă  se signaler Ă  l’histoire furent des serviteurs des derniers mĂ©rovingiens puis des notables des carolingiens. Robert le Fort, ses fils Eudes et Robert puis Hugues le grand, père d’Hugues Capet finirent par accumuler un certain nombre de fiefs d’importance au centre de la France qui les rendirent plus puissants que les derniers carolingiens. Ces 1ers dynastes sont appelĂ©s robertiens, 1er nom de la dynastie.

Contrairement Ă  ce que l’on pense gĂ©nĂ©ralement, l’on Ă  assistĂ© dans les dĂ©cennies qui ont prĂ©cĂ©dĂ© l’avènement d’Hugues Capet Ă  une vĂ©ritable renaissance carolingienne avec les règnes de Louis IV d’outremer, Lothaire le germanique (appelĂ© ainsi en raison de son conflit avec l’empereur du Saint empire romain germanique et notamment de son fameux raid sur Aix La Chapelle en 978, capitale de l’empire) et Louis V dit “le fainĂ©ant en raison de la brièvetĂ© de son règne. Les derniers carolingiens furent en rĂ©alitĂ© des dynastes fiers et dynamiques et la dynastie n’a du son extinction qu’Ă  la mort prĂ©maturĂ©e de Louis V sans laisser de successeur clairement identifiable. Il y avait bien un lointain cousin, Charles, duc de basse-lotharingie dont la lignĂ©e elle-mĂŞme devait s’Ă©teindre avec ses fils mais le soutien des grands seigneurs du centre de la France souvent apparentĂ©s Ă  la famille et l’appui de l’Ă©glise en la personne de l’archevĂŞque de Reims AdalbĂ©ron permirent Ă  Hugues Capet de se faire nommer Roi des francs.

En effet, la couronne des francs avait toujours Ă©tĂ© Ă©lective conformĂ©ment Ă  la tradition germanique dont elle Ă©tait issue et les premiers rois de France ou plutĂ´t rois des francs prirent toujours soin de faire couronner leur hĂ©ritier de leur vivant afin d’empĂŞcher toute contestation, et cela jusqu’Ă  Philippe Auguste, le premier roi de France en fait. En effet, les 1ers dynastes capĂ©tiens Ă©taient dĂ©nommĂ©s rois des francs (rex Francorum) jusqu’au règne de Philippe Auguste qui fut le 1er Ă  s’attribuer la titulature de roi de France (rex franciae). De mĂŞme, conformĂ©ment Ă  la tradition germanique, les rois de France de mĂŞme que leurs prĂ©dĂ©cesseurs mĂ©rovingiens et carolingiens, prirent toujours soin de partager leurs possessions entre leurs hĂ©ritiers, l’aĂ®nĂ© succĂ©dant au trĂ´ne et les cadets recevant des apanages qui firent progressivement d’eux des feudataires crĂ©ateurs de lignĂ©es souvent plus puissantes que celle de leur aĂ®nĂ©. Cette coutume, d’origine germanique et plus loin encore coutumière des peuples de la steppe devait avoir de lourdes consĂ©quences dans l’histoire de France.

La dynastie qui donnera tant de dynastes dans d’autres pays comme on le verra plus tard se subdivise elle mĂŞme en trois ou quatre branches, voire sous-dynasties. La 1ère, celle des capĂ©tiens directs est la plus importante et celle qui posera les bases de l’unification territoriale de la France actuelle, de son organisation territoriale et jetera les premiers ferments de sentiment national. C’est elle qui fera l’objet de notre prĂ©sent article. Elle va de l’avènement d’Hugues Capet en 987 Ă  la mort de Charles IV le bel sans hĂ©ritier mâle en 1328. Comme ce fut la 1ère fois qu’un souverain capĂ©tien disparaissait sans descendant mâle, les lĂ©gistes qui durent statuer sur son successeur hĂ©ritèrent d’une situation inĂ©dite. Jusque-lĂ , tous les capĂ©tiens avaient laissĂ© Ă  leur mort au moins jusqu’Ă  l’avènement de Saint-Louis, un hĂ©ritier adulte et capable. C’est ce que l’on a appelĂ© plus tard “le miracle capĂ©tien” comme on a Ă©galement appelĂ© dans un autre contexte “le miracle ottoman” aux dĂ©buts de la dynastie ottomane.

Les trois fils de Philippe le Bel n’ayant pas laissĂ© d’hĂ©ritier mâle Ă  la couronne, situation inĂ©dite jusque-lĂ , le trĂ´ne Ă©chut Ă  un neveu de Philippe le Bel, Philippe de Valois, “le roi trouvĂ©”, fils de son frère Charles de Valois. Pour justifier l’Ă©viction de prĂ©tendants plus lĂ©gitimes comme Charles d’Evreux, fils de Jeanne d’Evreux, elle mĂŞme fille de Louis X le Hutin et de Marguerite de Bourgogne, son Ă©pouse adultère ainsi que Edouard III PlantegenĂŞt, fils d’Isabelle de France elle-mĂŞme fille de Philippe le Bel, les lĂ©gistes partisans des valois relevèrent “la loi salique”, une vieille coutume germanique mĂ©rovingienne elle mĂŞme inspirĂ©e d’un passage du nouveau testament, “les lys ne filent ni ne tissent”. On voit ici les lourdes consĂ©quences de l’affaire de la tour de Nesle et les contorsions alambiquĂ©es qu’ont dĂ» emprunter les lĂ©gistes pour empĂŞcher un roi Ă©tranger ou un prince dont la mère Ă©tait soupçonnĂ©e de bâtardise d’accĂ©der Ă  la couronne.

Par la suite, les Valois se succĂ©dèrent en ligne directe jusqu’au dĂ©cès de Charles VIII sans hĂ©ritier mâle. Ont alors succĂ©dĂ© les Valois OrlĂ©ans, Louis XII, puis les Valois OrlĂ©ans AngoulĂŞme (François 1er et successeurs) après le dĂ©cĂ©s de Louis XII sans hĂ©ritier mâle non plus.

Au dĂ©cès du dernier fils d’Henri II, Henri III dernier valois rĂ©gnant, François d’Alençon Ă©tant dĂ©cĂ©dĂ© quelques annĂ©es auparavant, la couronne de France Ă©chut au 1er Bourbon, Henri IV, succession difficile car Henri IV n’Ă©tait plus cousin qu’au 13ème degrĂ© du dernier valois. En effet, il ne devait sa lĂ©gitimitĂ© qu’Ă  son ascendance Ă  Robert de Clermont, un fils cadet de Saint-Louis qui Ă©pousa une dame “dite de Bourbon”. Cette succession fut donc contestĂ©e par beaucoup, les Guise notamment ainsi que Catherine de MĂ©dicis elle mĂŞme qui allĂ©guait qu’Henri de Navarre n’Ă©tait pas plus parent des derniers valois que les descendants d’Adam et Eve

L’avènement d’Hugues Capet avait donc des prĂ©cĂ©dents comme on a l’a vu avec Eudes et Robert mais Ă©galement

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Raoul de Bourgogne qui occupa aussi le titre de roi des francs et il n’Ă©tait pas dit d’avance que la dynastie aurait le succès qu’elle a eu. L’intelligence d’Hugues Capet, duc des francs, et dominant une position centrale stratĂ©gique au coeur de la Francie occidentale avec les domaines situĂ©s entre Seine et Loire comprenant Paris, Sens, Laon, Soissons, fut de s’assurer du soutien de l’Ă©glise alors puissance temporelle et spiriturelle fondamentale ainsi que de s’assurer de la succession de son fils ainĂ© en le faisant sacrer comme co-roi de son vivant. Cette prĂ©caution fut prise par tous ses successeurs jusqu’Ă  Philippe Auguste,les fondements de la dynastie Ă©tant devenus alors suffisamment solides pour qu’elle ne fut plus nĂ©cessaire. Un autre facteur important qui explique le succès de la dynastie est l’habile politique matrimoniale des dynastes qui privilĂ©gièrent souvent habilement d’unir leur successeur avec une hĂ©ritière apanagĂ©e de domaines, mĂŞme parfois modestes mais surtout contigus â leur propre domaine, le fameux domaine royal. C’est ainsi qu’ils parvinrent Ă  se rendre maĂ®tres d’un territoire homogène et â la situation stratĂ©gique essentielle. De plus, les terres qu’ils possedaient , la Beauce par exemple comptaient parmi les plus fertiles du royaume et leur assuraient une assise financière stable qui devait se rĂ©vĂ©ler dĂ©terminante.

domaineroyaldebutsdeladynastie                     Le domaine royal aux débuts de la dynastie

Le successeur d’Hugues Capet, Robert le Pieux, dotĂ© d’une solide Ă©ducation pour l’Ă©poque fut un roi digne qui sut se menager le soutien de l’Ă©glise ainsi qu’une alliance circonstanciĂ©e avec la Normandie et l’Anjou et qui passa la majeure partie de son règne â assurer la succession Ă  son fils aĂ®nĂ©, Henri.

robertIIlepieuxSes malheurs vinrent de ses Ă©pouses, surtout la 3ème Constance d’Arles qui prĂ©fĂ©rait son fils cadet Robert. La constance de Robert Ă  transmettre la couronne â l’aĂ®nĂ©, inaugurant une des lois fondamentales du royaume, Ă  maintenir une certaine dignitĂ©, et la piĂ©tĂ© qui lui valut son surnom posèrent les 1eres assises de la dynastie Il fut le 1er roi thaumaturge, inaugurant une tradition “de rois thaumaturges”. Les rois de France “touchaient les ecrouelles “ (“le roi te touche, Dieu te guerit “). Il fut Ă©galement un des rois de l’an 1000 avec ses fausses terreurs. Il agrandit le domaine royal de Montreuil et du Ponthieu, compris dans la dot de sa 1ere Ă©pouse, conquit la Bourgogne qu’il cĂ©da en apanage Ă  son cadet Robert, inaugurant la 1ere maison capĂ©tienne de Bourgogne.

Si ses successeurs immĂ©diats, Henri 1er et Philippe 1er furent d’obscurs rois batailleurs, ils eurent le mĂ©rite de perpĂ©tuer l’hĂ©ritage et de renforcer les assises de la dynastie. Sous le règne du 1er fut instituĂ©e la paix de Dieu puis la trĂŞve de Dieu.

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Son successeur, Philippe 1er, fut le 1er roi de France Ă  porter ce nom  du Ă  sa mère Anne de Kiev et non un nom germanique. Philippe 1er posa les jalons de ce quj allait ĂŞtre une constante de la politique capĂ©tienne Ă  savoir consolider le domaine royal et rabaisser le pouvoir des grands feudataires, lĂ  justement oĂą son père avait Ă©chouĂ©, laissant la royautĂ© ainsi fragilisĂ©e. Il agrandit le domaine du Vexin français, du Gatinais et d’une partie du Vermandois et racheta la vicomtĂ© de Bourges ainsi qu’une autre seigneurie Ă  un seigneur parti en croisade.

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Son fils Louis VI dit le gros fut, de l’avis de beaucoup le 1er grand capĂ©tien. Il rabaissa les prĂ©tentions des turbulents barons d’ĂŻle de France, laissant un domaine royal consolidĂ© et agrandi Ă  ses successeurs, mit Ă  son service l’abbĂ© Suger Ă©levĂ© avec son fils Louis, fut le 1er roi Ă  toucher rĂ©gulièrement les Ă©crouelles mais fut rĂ©gulièrement mis en difficultĂ© par son vieil ennemi Henri 1er Beauclerc, roi d’Angleterre et duc de Normandie. C’est sous son règne et celui de son fils que les capĂ©tiens commencèrent Ă  jouer un rĂ´le vĂ©ritablement national. Avant de mourir, il maria son hĂ©ritier, le futur Louis VII Ă  AliĂ©nor d’Aquitaine, hĂ©ritière des ducs d’Aquitaine.

Louis VII n’Ă©tait pas destinĂ© Ă  rĂ©gner, n’Ă©tant que le second fils de Louis VI qui le destinait Ă  une carrière ecclĂ©siastique voire monacale. C’est pour cette raison et Ă©galement en raison de sa grande piĂ©tĂ© qu’on l’a appelĂ© Louis le jeune ou Louis le moine (“ce n’est pas un roi ni mĂŞme un homme, c’est un moine”, a dit de lui son Ă©pouse AliĂ©nor d’Aquitaine). C’est Ă  la suite de la mort de son frère aĂ®nĂ© Philippe des suites d’une chute de cheval provoquĂ©e par un cochon qui traversait la route qu’il est devenu, un peu malgrĂ© lui, l’hĂ©ritier de Louis VI. Il faut souligner que trois rois de France sont morts Ă  cause d’un cochon, lui-mĂŞme, Louis V le fainĂ©ant, dernier carolingien et Philippe le bel lui-mĂŞme. Ces deux derniers sont dĂ©cĂ©dĂ©s des suite d’un accident de chasse avec un sanglier.

LouisVII

Le point central de son règne fut son divorce avec AliĂ©nor d’Aquitaine soupçonnĂ©e, peut-ĂŞtre Ă  tort, d’adultère avec son oncle Raymond de Tripoli pendant la 2nde croisade. DĂ©cision lourde de consĂ©quences puisque le remariage d’AliĂ©nor avec Henri PlantagenĂŞt qui hĂ©rita bientĂ´t de la couronne d’Angleterre en plus d’ĂŞtre duc de Normandie et comte d’Anjou, permit aux PlantagenĂŞts de devenir maĂ®tres d’un vĂ©ritable empire qu’on a appelĂ© “l’espace PlantagenĂŞt” et de se poser en rivaux des capĂ©tiens pendant plusieurs siècles. Vassaux des capĂ©tiens pour leurs possessions continentales, leur rivalitĂ© fit dĂ©buter un conflit permanent qui culmina avec la guerre de 100 ans, quasiment “une guerre de 700 ans” jusqu’Ă  “l’entente cordiale” du 19ème siècle.

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En cela, Louis VII n’Ă©couta pas son sage conseiller l’abbĂ© Suger qui lui prodiguait pourtant de si bons conseils. De plus, l’issue dĂ©sastreuse de la 2nde croisade dont il prit la tĂŞte et une suite d’autres maladresses caractĂ©risèrent une politique dans l’ensemble assez dĂ©sastreuse. MalgrĂ© cela, son règne a pu ĂŞtre rĂ©habilitĂ© pour un ensemble de raisons. Tout d’abord, l’Ă©poque oĂą il rĂ©gna coĂŻncida avec une vĂ©ritable renaissance Ă©conomique, culturelle, architecturale. On vit se dresser les 1ères cathĂ©drales et le paysage se clairsemer des 1ers chäteaux en pierre. Des innovations techniques dans l’agriculture (amĂ©lioration de la charrue), la construction favorisèrent un progrès Ă©conomique gĂ©nĂ©ral. Ensuite, 1er roi Ă  rĂ©sider Ă  Paris en permanence, il s’entoura de conseillers ecclĂ©siastiques comme Suger, de petite noblesse ou de souche bourgeoise, inaugurant ce qui devait devenir le conseil du roi. Il accorda des chartes aux villes et aux communes, favorisant en cela le dĂ©veloppement des citĂ©s et l’Ă©mergence d’une nouvelle classe sociale influente, la bourgeoisie. A la fin, il lĂ©gua un domaine royal pacifiĂ© et consolidĂ© Ă  son successeur Philippe Auguste en s’aliĂ©nant ainsi le soutien des villes et des communes contre la tyrannie des seigneurs et fut pour ainsi dire avec son père Louis VI dans une moindre mesure, le 1er capĂ©tien Ă  jouer un rĂ´le vĂ©ritablement national.

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Son fils et successeur Philippe II Auguste fut le dernier roi capĂ©tien Ă  ĂŞtre sacrĂ© du vivant de son père ainsi que le 1er qualifiĂ© vĂ©ritablement de roi de France. SuccĂ©dant très jeune vers 15 ans, il Ă©tait pourtant dotĂ© d’une mâturitĂ© politique prĂ©coce qui lui permit d’Ă©vincer rapidement ses oncles du gouvernement. De mĂŞme, son mariage prĂ©coce avec Isabelle de Hainaut qui lui apportait en apanage l’artois et le vermandois l’aida Ă  s’Ă©manciper politiquement. Roi dotĂ© d’un très fort sens politique, il sut jouer des divisions de ses ennemis et fut un roi vĂ©ritablement fondateur, laissant Ă  la fin de son règne la France et la dynastie capĂ©tienne totalement transformĂ©es. Alors que ses prĂ©dĂ©cesseurs ne contrĂ´laient en fait que le domaine royal (l’Ă®le de France), avec de surcroĂ®t des difficultĂ©s avec ses turbulents barons, il agrandit “le domaine” de la Normandie, de l’Artois et du Vermandois, multipliant par lĂ  par 4 le territoire contrĂ´lĂ© par les capĂ©tiens.

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La majeure partie de son règne fut dominĂ©e par sa rivalitĂ© avec les PlantagenĂŞt et il dut jouer des rivalitĂ©s entre les fils de Henri II PlantagenĂŞt qu’il incita Ă  se rĂ©volter contre leur père. Il les soutint financièrement et intrigua pour les dresser les uns contre les autres, les fils contre le père, l’Ă©pouse (AliĂ©nor) contre l’Ă©poux, les fils entre eux (Henri le jeune, Geoffreoy, Richard et mĂŞme le cadet Jean). Henri II PlantagenĂŞt qui se vantait de disposer d’une armĂ©e comme on n’en avait jamais vu depuis l’empire romain parvint Ă  maintenir ses possessions continentales (Normandie, Aquitaine, Anjou, Maine, Poitou, Bretagne etc ) mais Philippe Auguste parvint ainsi Ă  contenir les PlantagenĂŞt jusqu’Ă  ce que des occasions ultĂ©rieures ne lui permettent de les rĂ©duire. La mort prĂ©maturĂ©e de son aĂ®nĂ© Henri le jeune permit Ă  Richard, le futur CĹ“ur de lion de se poser en unique hĂ©ritier puis de succĂ©der Ă  son père Henri II. Fils prĂ©fĂ©rĂ© d’AliĂ©nor d’Aquitaine malgrĂ© une homosexualitĂ© ou bisexualitĂ© non dissimulĂ©es, son mariage avec BĂ©rangère de Navarre ne fut qu’une union de convenance, il Ă©tait d’un courage reconnu, un bon chef militaire mais Ă©galement un poète et un musicien et posa de grosses difficultĂ©s Ă  Philippe Auguste qui fut soulagĂ© de son trĂ©pas inattendu devant Chalus.

Le dĂ©but du règne de Philippe Auguste fut marquĂ© outre par la rivalitĂ© avec Henri II PlantagenĂŞt, par la tentative de divorce avec Isabelle de Hainaut qui finalement lui donna un hĂ©ritier, le futur Louis VIII le lion, la houleuse sĂ©paration d’avec Ingeburge de Danemark qui, refusĂ©e par la papautĂ© lui valut l’excommunication, sanction gravissime pour un souverain au moyen-âge et malheureusement, il faut le dire, par l’expulsion des juifs du Royaume en 1186. A sa dĂ©charge, il faut dire qu’au moyen-âge, Ă  chaque fois qu’un souverain Ă©tait en difficultĂ© financière, et la politique de Philippe Auguste coĂ»tait fort chère, il choisissait souvent soit de trafiquer la monnaie (teneur en argent et en or), soit d’expulser les juifs et de saisir leurs biens. Philippe Auguste fit les deux.

Après avoir signĂ© une trĂŞve avec le roi d’Angleterre par le truchement du pape, le roi de France fut incitĂ© un peu malgrĂ© lui de partir en croisade (il n’Ă©tait guère portĂ© aux chimères) avec Richard CĹ“ur de Lion et Ă©galement FrĂ©dĂ©ric Barberousse. La 3ème croisade qui promettait tant ne changea pas fondamentalement la situation des Etats francs du levant malgrĂ© quelques beaux combats livrĂ©s par Richard CĹ“ur de Lion et Saladin et Philippe Auguste choisit rapidement de rentrer, laissant le PlantagenĂŞt se dĂ©pĂŞtrer seul.

MalgrĂ© l’interdiction formelle de l’Ă©glise d’attenter aux biens des croisĂ©s en leur absence, Philippe Auguste tenta de profiter de l’absence de Richard CĹ“ur de Lion retenu en orient puis pris en rançon par le duc d’Autriche pendant son retour pour rogner sur ses territoires. De plus, il intrigua fortement pour prolonger sa captivitĂ© (“la bĂŞte est lancĂ©e” ergota t’il Ă  son retour) et fut soulagĂ© par son trĂ©pas inopinĂ© devant Châlus. Il faut noter qu’après une dĂ©route Ă  Fronteval devant les forces de Richard oĂą il manqua d’ĂŞtre pris, il perdit la totalitĂ© de ses archives (les 1ers rois de France emportaient toujours avec eux lors de leurs dĂ©placements la totalitĂ© de leurs documents officiels) et en tira la leçon en crĂ©ant officiellement “les archives royales”.

Philippe Auguste intrigua Ă©galement pour tirer parti des troubles nĂ©s de la succession de Richard 1er PlantagenĂŞt (assassinat d’Arthur de Bretagne, fils de Geoffrey PlantagenĂŞt par son oncle Jean sans terre devant qui il arrivait pourtant lĂ©gitimement devant dans l’ordre de succession) et rĂ©alisa finalement ses grandes conquĂŞtes territoriales en venant Ă  bout de la coalition dressĂ©e contre lui par l’empereur Othon de Brunswick, le roi d’Angleterre Jean sans terre, le comte de Flandre Ferrand du Portugal et le comte de Boulogne Renaud de Danmartin. Son règne culmina avec la victoire de Bouvines en 1214 (on connait l’Ă©pisode lĂ©gendaire des communes armĂ©es ) et La Roche aux Moines en 1214, bataille remportĂ©e par son fils Louis. D’ailleurs, il permit Ă  son fils Louis de tenter d’exploiter la victoire face aux anglais en dĂ©barquant en Angleterre. Le futur Louis VII le lion manqua d’ailleurs d’un rien de rĂ©gner sur l’Angleterre après s’ĂŞtre fait dument sacrer Ă  la cathĂ©drale de Westminster, profitant du raz le bol des barons anglais excĂ©dĂ©s par la versatilitĂ© de Jean sans terre et ce ne fut finalement que le dĂ©cès inopinĂ© de Jean qui poussa les barons anglais menĂ©s par Guillaume le marĂ©chal Ă  faire sacrer le jeune Henri III PlantagenĂŞt âgĂ© de 9 ans et Ă  repousser la tentative française.

La fin du règne de Philippe Auguste fut marquĂ© par le dĂ©but de la croisade des albigeois Ă  la laquelle il adhĂ©ra pourtant timidement et du bout des lèvres mais Ă©galement par d’importantes rĂ©formes administratives qui devaient transformer Ă  jamais le royaume de France. Devant l’agrandissement subsĂ©quent de ses domaines et pour Ă©chapper Ă  l’inĂ©vitable morcellement fĂ©odal, il mit en place un système de gouvernance qui lui permettrait de contrĂ´ler directement ses territoires en promouvant des baillis, prĂ©vĂ´ts et sĂ©nĂ©chaux. Les baillis sont inspirĂ©s d’une rĂ©forme anglo-normande de Henri II PlantagenĂŞt et leur rĂ´le Ă©tait autrefois mal dĂ©fini dans le domaine. Au nombre de 11, ils ne restent jamais Ă  la mĂŞme place pour Ă©viter que ne se crèent de nouveau de nouvelles familles fĂ©odales mais cette bonne pratique fut en partie levĂ©e par la suite. Il sont assistĂ©s par Les prĂ©vĂ´ts qui rendent la justice et sont, eux, rattachĂ©s Ă  une zone prĂ©cise. Des sĂ©nĂ©chaux sont nommĂ©s pour gouverner certaines nouvells provinces mais leur fonction n’est plus hĂ©rĂ©ditaire.

Sous son règne, la ville de Paris est passĂ©e de 25 000 Ă  50 000 habitants, en faisant la plus grande ville d’Europe hors de l’Italie, avec le dĂ©but de la construction de la cathĂ©drale Notre Dame de Paris, du Louvres Ă©galement. Pour mieux protĂ©ger ses Etats, il fit dresser un peu partout des donjons en pierre, en lieu et place de la traditionnelle enceinte avec un donjon en bois sur une motte de terre. C’est Ă©galement Ă  lui que l’on doit les dĂ©buts d’une vĂ©ritable idĂ©ologie royale. Les rois de France succĂ©dant aux carolingiens souverains de Francie occidentale depuis le partage de l’empire de Charlemagne entre les trois fils de Louis le Pieux (Francie orientale, Francie mĂ©diane ou lotharingie, francie occidentale), ils devaient reconnaĂ®tre mĂŞme du bout des lèvres la lĂ©gitimitĂ© de l’empereur du Saint Empire germanique successeur de Charlemagne mais s’affranchirent rapidement de sa suzerainetĂ© (” le roi de France est empereur en son pays”).

LouisVIII

Louis VIII dit “le lion” est le 1er roi de France non intronisĂ© du vivant de son père. C’est sous le règne de son père qu’il acquit d’abord sa renommĂ©e avec la victoire de La Roche aux Moines contre Jean sans terre. Roi, il s’illustre Ă©galement par une très belle campagne en Aquitaine par laquelle il reprend aux PlantagenĂŞts l’ensemble de leurs possessions continentales mis Ă  part Bordeaux et la Gascogne, non attaquĂ©s. Il rĂ©cupère ainsi le Poitou, la Saintonge, l’Angoumois, le PĂ©rigord et une partie du Bordelais. Il participe Ă©galement Ă  une croisade dans le sud de la France, la croisade des albigeois, le prĂ©texte Ă©tant d’Ă©radiquer une hĂ©rĂ©sie mais la vĂ©ritable raison Ă©tant de prendre pied dans une rĂ©gion qui Ă©chappait alors totalement aux capĂ©tiens. Le Toulousain, l’albigeois, la provence dans une moindre mesure revinrent alors dans l’orbite des rois de France. C’est au cours de cette expĂ©dition qu’il attrapa le paludisme et dĂ©cĂ©da Ă  son retour Ă  39 ans, laissant un hĂ©ritier de 12 ans, Louis IX, le future Saint-Louis et occasionnant par lĂ  la 1ère rĂ©gence de l’histoire de France si l’on excepte les quelques lointaines rĂ©gences mĂ©rovingiennes. C’est ce que l’on a appelĂ© ultĂ©rieurement “le miracle capĂ©tien”, une succession directe de 8 rois adultes et relativement capables.

Saint-Louis, Ă©galement appelĂ© Louis le Prudhomme, fils de Louis VIII et de Blanche de Castille, succĂ©da Ă  moins de 12 ans, occasionnant par lĂ  la 1ère rĂ©gence de l’histoire de France. Il faut dire que la rĂ©gence de sa mère aidĂ©e de Thibaut de Champagne Ă©galement appelĂ© Thibaut le troubadour ou Thibaut le chansonnier secrètement très Ă©pris d’elle et auteur de très belles ballades (l’une d’elle figure sur la page d’accueil de ce site) fut heureuse. La rĂ©gente parvint Ă  contenir les rĂ©voltes de barons mais, mère un peu abusive, elle  repoussa le mariage de son fils avec Marguerite de Provence ainsi que la majoritĂ© du roi jusqu’Ă  ses 20 ou 21 ans pour conserver le pouvoir. Elle garda cependant beaucoup d’influence jusqu’Ă  son dĂ©cès en 1252 et exerça mĂŞme une nouvelle rĂ©gence pendant la VIIème croisade et la captivitĂ© de son fils.

Plusieurs choses sont Ă  souligner concernant Saint Louis et sa mère. Blanche de Castille, descendante des rois de Castille et plus lointainement des comtes de Castille a probablement des origines arabes et mĂŞme chĂ©rifiennes (c’est Ă  dire qu’elle descend en droite ligne du prophète de l’islam Mahomet). En effet, comme on peut le voir dans un autre article de ce site, un de ses ancĂŞtres, comte de Castille, a probablement Ă©pousĂ© une princesse arabe fille d’un seigneur musulman d’Andalousie, comme cela se faisait souvent en Andalousie musulmane avant que la Reconquista ne se durcisse. Ainsi, une bonne partie de la noblesse europĂ©enne et en particulier de la noblesse française que Louis IX a en quelque sorte refondĂ©, a probablement des origines arabes. De plus, la noblesse de ce roi prudhomme, sa canonisation ultĂ©rieure ainsi que les reprĂ©sentations qui se feront de lui dans une posture hiĂ©raldique ( Saint Louis tenant le sceptre de justice, Saint Louis donnant la justice sous un chĂŞne comme le roi Salomon) achèveront de transformer dĂ©finitivement la royautĂ© française. Les rois de France qui lui succèderont ne seront plus des rois Ă©lus comme le voulait la tradition française (mĂŞme si cela Ă©tait dĂ©jĂ  un peu dĂ©passĂ© Ă  son intronisation) mais des rois thaumaturges oints par la saint ampoule et ne tenant leur lĂ©gitimitĂ© que de la grâce de Dieu.

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Si son règne est beaucoup marquĂ© par la VIème croisade, il n’en est pas moins important pour un ensemble de raisons. D’importantes rĂ©formes monĂ©taire, judiciaires et sociales y furent mises en Ĺ“uvres, les grands barons presque dĂ©finitivement mis au pas ( la fĂ©odalitĂ© française dĂ©clinera inexorable depuis cette Ă©poque), les PlantagenĂŞts remis Ă  leur place après la victoire de Taillebourg face Ă  Henri III, et Saint-Louis, en renonçant Ă  trop exploiter sa victoire et mĂŞme Ă  certaines parties de son domaine, saura se poser en roi arbitre, au dessus de la mĂŞlĂ©e et rehaussera ainsi considĂ©rablement le prestige de la dynastie. Il mit en place des institutions qui deviendront plus tard le parlement et la cour des comptes et la Sorbonne fut inaugurĂ©e sous son règne. Il mit Ă©galement en place la quarantaine le roi, trève de 40 jours  devant leur permettre de rĂ©soudre pacifiquement leurs diffĂ©rends afin de juguler les guerre privĂ©es.

A son passif on doit cependant mettre les persĂ©cutions contre les juifs. Si l’historiographie juive le considère comme un jalon de l’antisĂ©mitisme europĂ©en, cette accusation doit ĂŞtre encore lĂ  un peu nuancĂ©e. Le port de la rouelle, signe distinctif que devaient porter les juifs pour les dĂ©marquer du reste de la population (dĂ©jà…), n’interviendra que tardivement et bien après les autres royaumes d’europe, sur pression de la papautĂ© et un peu malgrĂ© lui et la rĂ©pression de l’usure concernera Ă©galement les autres banquiers, lombards, florentins, etc…Si on ne peu l’absoudre pour ces fautes, il faut remettre la situation dans son contexte et les persĂ©cutions antisĂ©mites furent sous son règne bien moindres qu’ailleurs et un seul pogrom y aura lieu, d’ailleurs puni de la manière la plus sĂ©vère qu’on pouvait Ă  l’Ă©poque (amendes). Cependant, on fit bien des autodafĂ©s de talmuds et autres ouvrages hĂ©braiques sous son règne…

La VIIème croisade bien que bien prĂ©parĂ©e et bien pensĂ©e fut un dĂ©sastre complet et le roi y fut fait prisonnier et mis Ă  rançon par les mamelouks. L’idĂ©e Ă©tait d’attaquer la puissance de l’islam en son cĹ“ur, l’Egypte, ce qui Ă©tait juste mais des imprudences commises par le frère du roi Robert d’Artois et surtout une mauvaise apprĂ©ciation du rapport de forces la firent avorter après de bons dĂ©buts. Après cela, les Etats francs du levant furent condamnĂ©s Ă  une lente agonie jusqu’Ă  la prise finale de Saint-Jean d’Acre par les mamelouks en 1291. Revenu dĂ©vastĂ©, Saint-Louis s’entĂŞta dans ses chimères en menant la VIIIème croisades contre le sultan de Tunis qu’il voulait convertir mais y tomba malade et mourut finalement de la peste, son corps Ă©tant rapatriĂ© ultĂ©rieurement vers les nĂ©cropoles capĂ©tiennes. On appelait toutefois peste Ă  l’Ă©poque un ensemble de maladies ou de fièvres et on ne sait vĂ©ritablement de quoi est mort Louis IX (peste, suette,  scorbut?). Une lĂ©gende demeure d’ailleurs dans la rĂ©gion selon laquelle il aurait Ă©tĂ© enterrĂ© dans un mausolĂ©e près de Tunis qu’on peut encore reconnaĂ®tre actuellement, son cadavre ayant Ă©tĂ© considĂ©rĂ© comme trop contagieux pour ĂŞtre rapatriĂ©.

PhilippeIII

Son fils Philippe III dit le hardi lui succĂ©da en 1270 après le dĂ©cès de son aĂ®nĂ© Louis de France. Ayant accompagnĂ© le roi pendant la croisade de Tunis, il bâcla les nĂ©gociations pour rentrer en France. D’un caractère assez timorĂ© disent les chroniqueurs, soumis Ă  sa mère Marguerite de Provence qui voulait le garder sous sa tutelle jusqu’Ă  l’âge de 30 ans, il ne dut semble t’il son surnom de hardi qu’Ă  ses aptitudes de cavalier et Ă  sa hardiesse au combat. Cependant son règne ne fut pas de moindre importance. Ayant conservĂ© les conseillers de son père, il fit nĂ©anmoins pendre le chancelier Pierre de La Brosse, cĂ©dant sans doute aux pressions des nobles excĂ©dĂ©s par sa politique sous le règne de Saint-Louis. Il agrandit le royaume de la Navarre en mariant son fils Philippe, le futur Philippe le Bel Ă  Isabelle de Navarre, hĂ©ritière du royaume, incorpora les terres de son oncle Alphonse de Poitiers Ă  sa mort, Ă  savoir le Poitou, le Toulousain, une partie de l’Auvergne et rĂ©cupĂ©ra le Perche, le comtĂ© d’Alençon mais dut faire quelques concessions Ă  Edouard 1er PlantagenĂŞt en lui restituant l’Agenais, la Saintonge et le Ponthieu. Mais surtout il poursuivit la politique de Saint Louis, de rabaisser les grands seigneurs, d’assurer une bonne justice partout dans le royaume grâce Ă  ses prĂ©vĂ´ts, prĂ©figurant le règne du roi de fer. De plus, il amorça le rapprochement de la France avec la Bourgogne en mariant sa cousine Mahaut d’Artois avec le comte Othon IV de Bourgogne. Il faut nĂ©anmoins distinguer la comtĂ© de Bourgogne, appelĂ©e maintenant Franche-ComtĂ© du duchĂ© de Bourgogne que nous connaĂ®trons plus tard avec les descendants de Philippe le hardi, fils cadet de Jean le Bon ou du 1er duchĂ© capĂ©tien de Bourgogne alors Ă©teint. Il s’engagea dans la malheureuse croisade d’Aragon pour soutenir les prĂ©tentions de son oncle Charles d’Anjou qui voulait rĂ©cupĂ©rer ce que l’on appellera plus tard l’hĂ©ritage angevin (royaume de Naples-Sicile, roi de JĂ©rusalem, bref des utopies) et c’est au cours d’ycelle qu’il attrapa une fièvre des suite de laquelle il finit par rendre l’âme.

philippelebel

Le règne de Philippe le Bel, son 2ème fils fut un règne fondateur de l’histoire de France, le second après celui de Philippe Auguste.  Il est très connu de par la littĂ©rature, le cinĂ©ma ou la tĂ©lĂ©vision mais sa rĂ©putation n’est nullement usurpĂ©e tant il sut remettre au pas la fĂ©odalitĂ©, s’affranchir de la tutelle du pape sur les affaires ecclĂ©siastiques (c’est le vĂ©ritable dĂ©but du gallicanisme) et se poser en arbitre de l’Europe. Sous son règne, la France qui compte entre 16 et 20 millions d’habitants est largement le pays le plus peuplĂ©, le plus prospère et le plus puissant de l’Europe. La population n’y augmentera plus guère jusqu’au 17 ème siècle. Sans revenir sur la fameuse gifle au pape de Guillaume de Nogaret, l’opposition de Bernard Saisset, les affaires des templiers ou de l’adultère des brus du roi, il fut essentiellement dĂ©terminant par la transformation du pays d’un Etat fĂ©odal en une monarchie vĂ©ritablement moderne.

Philippe IV s’entoura de conseillers (les lĂ©gistes) d’origine bourgeoise qui conduisirent sa politique en passant par dessus les grands nobles dont son propre frère Charles de Valois. Robert de Nogaret, Enguerrant de Marigny ou Bernard de la Flotte furent en quelque sorte les prĂ©curseurs des grands ministres des 16ème et 17ème siècles (Sully, Richelieu, Mazarin, Colbert) et posèrent les vĂ©ritables jalons de la monarchie absolue bien avant les bourbons. Par la suite, les successions difficiles, la grande peste et la guerre de 100 ans affaiblirent durablement la monarchie jusqu’Ă  l’avènement d’Henri IV. D’un naturel rĂ©aliste Philippe le Bel se dĂ©sintĂ©ressa des utopies du temps comme les croisades qui commençaient d’ailleurs Ă  passer de mode ainsi que des illusoires aventures italiennes (rĂ©cupĂ©rer l’hĂ©ritage angevin) et concentra ses efforts Ă  renforcer l’administration du royaume, procĂ©der Ă  d’importantes rĂ©formes monĂ©taires (dĂ©valuation et Ă©mission d’une nouvelle monnaie d’or qui fit l’affaire pendant un siècle), la prise de contrĂ´le de l’Ă©glise de France qui causa un grave conflit avec le pape et la remise aux pas des vellĂ©itĂ©s des derniers grands fĂ©odaux.

Par son union avec Jeanne de Navarre, la France rĂ©cupĂ©ra le comtĂ© de Champagne et le royaume de Navarre qui n’Ă©tait alors pas limitĂ© aux quelques versants nord des PyrĂ©nĂ©es comme ça allait le devenir plus tard Ă  partir des règnes de Jean II d’Albret et de Catherine de Navarre, arrière-grands parent d’Henri IV. Par la suite, les rois de France porteront le titre de roi de France et de Navarre jusqu’au règne de Louis X le hutin puis Ă  nouveau Ă  l’avènement des bourbons. On voit Ă  quel point le royaume Ă©tait devenu puissant et influent en Europe mais comme les royaumes se faisaient alors par unions et hĂ©ritages dynastiques, ils se dĂ©faisaient bien de la mĂŞme manière. De mĂŞme, par sa politique extĂ©rieure prudente mais habile, Philippe le Bel acquit le comtĂ© de Chartres et la suzerainetĂ© sur le barrois mouvant (rive gauche de la Meuse).  Après la demi-victoire de Mons en PĂ©vèle en 1204 oĂą il faillit ĂŞtre fait prisonnier, il agrandit le royaume de la Flandre wallone comprenant les châtellenies de Lille, Douai et BĂ©thune, possessions que le royaume conservera jusqu’en 1364, date Ă  laquelle elles rentreront dans l’apanage de Philippe le Hardi, fils cadet de Jean le Bon et 1er duc de Bourgogne.

Au passif du roi de fer, il institutionalisa les persĂ©cutions contre les juifs en les expulsant du royaume en 1306 après les avoir dĂ©pouillĂ©s de leurs biens, mesure qui concerna hĂ©las environ 100 000 personnes de la communautĂ©. La fin du règne fut alourdie du procès des templiers et du scandale de l’adultère des brus du roi. Par ailleurs, comme son prĂ©dĂ©cesseur Philippe-Auguste, on l’accusa (surtout le peuple de Paris toujours prompt aux Ă©meutes, “les fièvres parisiennes”) d’ĂŞtre un faux-monnayeur après la rĂ©forme monĂ©taire. Sous son règne, l’administration encore embryonnaire se spĂ©cialise avec le grand conseil, la chambre des comptes et le parlement de Paris. et la crĂ©ation de l’embryon des Etats gĂ©nĂ©raux qui ne devaient avoir d’abord que peu d’influence mais dont le rĂ´le devait ĂŞtre si dĂ©terminant par la suite.

L’affaire des templiers dont l’instruction dura pendant des annĂ©es et concerna toute la diplomatie europĂ©enne tint en haleine l’Europe pendant près de 10 ans. Y furent impliquĂ©s l’Ă©glise, la papautĂ© et les autres Etats souverains d’Europe. En effet, l’ordre du temple y Ă©tait partout installĂ© en possĂ©dant des châtellenies un peu partout et en servant de banquiers Ă  presque tous les souverains. La lĂ©gitimitĂ© de l’action se pose bien. Les templiers Ă©taient t’ils rĂ©ellement coupables de ce dont on les a accusĂ© ou ne posaient t’ils pas une Ă©pine dans le pied de la monarchie? Ordre souverain, ils ne rendaient compte qu’au pape et constituaient bien un Etat dans l’Etat tant leur puissance Ă©tait devenue considĂ©rable. DĂ©ni de justice pour s’emparer de leurs immenses richesses ou nĂ©cessitĂ© politique de se libĂ©rer de cette menace? En tout cas, la manière dont leur arrestation fut menĂ©e, l’organisation et le secret qu’elle nĂ©cessita (les principaux furent arrĂŞtĂ© un peu partout dans le royaume sans coup fĂ©rir au mĂŞme instant et sans qu’ls n’aient rien vu venir) dĂ©montre très bien le degrĂ© de sophistication et de centralisation qu’avait atteint l’administration du royaume.

L’affaire sordide de l’adultère commis par les brus du roi, Marguerite de Bourgogne (la reine Ă©tranglĂ©e), Blanche de Bourgogne et dans une moindre mesure Jeanne de Bourgogne, outre le froid qu’elle jeta sur la famille royale, est surtout capitale dans la mesure oĂą elle a provoquĂ© une vĂ©ritable crise dynastique. La fille de Marguerite de Bourgogne et du futur Louis X, Jeanne d’Evreux fut soupçonnĂ©e de bâtardise et en partie pour cette raison Ă©cartĂ©e de la succession après l’extinction des fils de Philippe le bel sans hĂ©ritier mâle. PrivĂ©s de leur Ă©pouse (Louis se remaria avec Constance de Hongrie mais dut attendre des annĂ©es l’autorisation du pape pour se remarier, l’Ă©pouse de Charles fut emprisonnĂ©e et eut mĂŞme un bâtard d’un de ses geĂ´liers, seule Jeanne l’Ă©pouse de Philippe retrouva grâce), les derniers capĂ©tiens directs ne purent (pour cette raison?) s’assurer d’une descendance mâle. Le royaume passa Ă  une autre branche de la dynastie, des contestations lourdes de consĂ©quences intervinrent et l’avenir du royaume fut ainsi hypothĂ©quĂ© près de 150 ans.

LouisXPhilippeVlelongCharlesIVlebel

A la mort de Philippe IV le bel des suites d’un accident de chasse (heurt avec un sanglier), ses trois fils, les derniers capĂ©tiens directs, rĂ©gnèrent successivement. L’aĂ®nĂ© Louis X le hutin, puis le puinĂ© Philippe V le long et enfin le cadet Charles IV le bel se succĂ©dèrent avec plus ou moins de bonheur mais sans ĂŞtre de mauvais rois, leur règne fut hantĂ© par le problème de la succession. On revoit ici encore une fois combien le scandale des brus de Philippe le Bel fut lourd de consĂ©quences.

Louis X avait pour lui sa lĂ©gitimitĂ© de successeur en droite ligne mais ne rĂ©gna pas suffisamment longtemps pour que son règne puisse avoir eu un poids très important. Le surnom de hutin ne signifiait d’ailleurs pas bagarreur ou vindicatif mais plutĂ´t entĂŞtĂ© ou opiniâtre comme on disait. Son 1er soin fut de se sĂ©parer de sa 1ère Ă©pouse Marguerite de Bourgogne afin d’Ă©pouser Constance de Hongrie, ce qui nĂ©cessita une autorisation papale. Son règne fut marquĂ© par un retour de la grande fĂ©odalitĂ© qui occasionna la chute d’Enguerrand de Marigny finalement pendu après avoir Ă©tĂ© condamnĂ© pour sorcellerie, faute de preuves probantes de malversations. Sans ĂŞtre un mauvais roi, animĂ© de bonnes intentions qu’il Ă©tait, il fut confrontĂ© Ă  des rĂ©voltes nobiliaires, rĂ©action au règne Ă  poigne de son père et entreprit une campagne en Flandres qui, mal prĂ©parĂ©e et mal commandĂ©e avorta avant d’avoir vĂ©ritablement dĂ©butĂ©. A son actif, deux importantes mesures furent prises sous son règne, tout d’abord l’autorisation accordĂ©e aux juifs de pouvoir revenir dans le royaume puis l’affranchissement des serfs qui furent autorisĂ©s Ă  racheter leur libertĂ©. Proches de l’esclavage qui avait pourtant Ă©tĂ© proscrit depuis longtemps dans toute la chrĂ©tientĂ©, les serfs Ă©taient tenus de demeurer dans la seigneurie dont ils dĂ©pendaient, de servir leur seigneur dans un ensemble de droits et de devoirs et n’avaient pas le droit de s’Ă©tablir Ă  plus d’une certaine distance de leur circonscription. Demi-esclaves, mineurs sous tutelle, ils mettront encore longtemps avant de s’Ă©manciper malgrĂ© toutes les rĂ©formes proclamĂ©es.

DĂ©cĂ©dĂ© au bout de 2 ans de règne, en 1316, après une partie de jeu de paume quand il fut pris d’un malaise, peut-ĂŞtre empoisonnĂ©, il laissa sa veuve Constance de Hongrie enceinte et son fils nĂ© peu après dĂ©cĂ©da au bout de quelques jours (empoisonnĂ© lui-aussi?). On le surnomma Jean 1er le posthume.

Ce fut la 1ère fois qu’un roi de France dĂ©cĂ©dait sans hĂ©ritier mâle et que le problème de la succession se posait de manière aussi aigĂĽe. Aucune loi n’interdisant formellement Ă  une fille de succĂ©der, les juristes invoquèrent la fameuse loi salique elle-mĂŞme tirĂ©e d’un passage du nouveau testament (“les lys ne filent ni ne tissent”) pour Ă©carter Jeanne d’Evreux, unique enfant viable de Louis X . Le fait qu’elle fut soupçonnĂ©e de bâtardise suite Ă  l’affaire de l’adultère de sa mère Marguerite de Bourgogne n’y fut probablement pas pour rien. Le prĂ©cĂ©dent permit Ă©galement d’Ă©carter par la suite Edouard III PlantagenĂŞt, petit-fils de Philippe le Bel par sa mère Isabelle de France, la louve de France des rois maudits, ce qui devait avoir moults consĂ©quences. Par la suite, le fils de Jeanne d’Evreux, Charles le Mauvais (el malo) ne manquera pas de contester son Ă©viction et s’alliera au roi d’Angleterre pour ajouter Ă  la confusion.

Philippe V le long dont le règne trop court (1316-1322) ne lui permit pas de dĂ©velopper toute son envergure eut de bons dĂ©buts. Souverain avisĂ©, il fut le seul de ses frères Ă  ne pas se sĂ©parer de son Ă©pouse Jeanne de Bourgogne pour des raisons politiques, il Ă©tait grâce Ă  elle comte consort de Bourgogne et parce qu’il n’avait pas Ă©tĂ© clairement Ă©tabli qu’elle fut coupable. Il uniformisa les poids et mesures en France, acheva l’Ă©tablissement d’une cour des comptes qu’il rendit indĂ©pendante et normalisa un temps les relations avec la Flandre. Par contre, les relations avec l’Angleterre, Edouard II refusait de prĂŞter hommage pour la Guyenne qu’il tenait du roi de France, recommencèrent Ă  se dĂ©grader. Il tenta sans succès de rĂ©veiller l’idĂ©e d’une croisade des princes pour tenir la promesse faite par son père et Edouard Ier. DĂ©cĂ©dĂ© des suites d’une dysenterie après s’ĂŞtre dĂ©saltĂ©rĂ© avec l’eau de la seine au cours de l’un de ses dĂ©placements, les contemporains le moquèrent en disant qu’il Ă©tait mort d’avoir bu l’eau de son royaume”, dĂ©nonçant par-lĂ  la pollution (dĂ©jĂ !) des eaux et rivières du royaume.

N’ayant pas eu de fils avec son Ă©pouse Jeanne (encore), son frère cadet, Charles de La Marche qui n’avait tenu jusque-lĂ  qu’un rĂ´le assez effacĂ© au Conseil lui succède. Ces deux successions difficiles font perdre aux capĂ©tiens la Navarre, la Champagne, la comtĂ© de Bourgogne et une partie de la Normandie qu’ils tenaient de leurs Ă©pouses. Charles IV le Bel eut un règne assez terne, permit Ă  son oncle Charles de Valois de revenir en force au conseil du roi, vit les relations avec la Flandre se dĂ©tĂ©riorer Ă  nouveau ainsi que la relation avec l’Angleterre se tendre encore davantage. Cependant, il poursuivit les rĂ©formes administratives et fiscales de ses prĂ©dĂ©cesseurs, il se voulut un roi juste et jouit un temps d’une brève et vaine popularitĂ©. Ayant rĂ©pudiĂ© lui aussi son Ă©pouse Blanche de Bourgogne pour son adultère il se remaria Ă  deux reprises avec Marie de Luxembourg et Jeanne d’Evreux (sa cousine?) mais mourut finalement sans hĂ©ritier mâle, laissant son cousin Philippe de Valois, le roi trouvĂ©, accĂ©der au trĂ´ne de France.

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