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Les capétiens (2): Les valois


les valois1EntrĂ© dans le domaine royal sous le règne de Philippe Auguste, le Valois est situĂ© au nord-est de Paris et après avoir Ă©tĂ© donnĂ© en apanage Ă  plusieurs cadets de la famille royale, la maison de Vermandois et Jean-Tristan, fils cadet de Saint-Louis, il entre dans celui de Charles de Valois, fils cadet de Philippe III. Ce frère de Philippe le bel qui a reprĂ©sentĂ© en son temps une certaine rĂ©action nobiliaire et approchĂ© si souvent le pouvoir sans jamais vraiment l’exercer est surtout connu pour ĂŞtre le père de Philippe VI de Valois et l’ancĂŞtre de la lignĂ©e des Valois.

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Les Valois et leurs sous-branches, Valois OrlĂ©ans et Valois OrlĂ©ans AngoulĂŞme vont occuper le trĂ´ne de France pendant 261 ans avec des fortunes diverses. Ils seront “les rois maudits” qui vont subir la guerre de 100 ans, la grande peste, les adversaires malheureux des habsbourgs mais aussi ceux qui bouteront dĂ©finitivement les anglais de France et feront entrer la France dans la Renaissance. Connus pour leur faste et leur sens de l’Ă©tiquette, ils seront des mĂ©cènes, des protecteurs des arts et des lettres, souvent des Ă©rudits ou des artistes eux-mĂŞmes. Charles V est connu pour son gout de la bibliophilie et pour avoir fondĂ© la 1ère bibliothèque nationale, François 1er versifiera Ă  ses heures, Henri II sera mĂŞme musicien voire compositeur, Henri III inaugurera l’Ă©tiquette qui rendra cĂ©lèbre la cour de France sous Louis XIV, Ă©tiquette elle-mĂŞme inspirĂ©e de celle de la cour des omeyyades, elle-mĂŞme inspirĂ©e de celle des abbassides voire des byzantins. Ils acquerront le DauphinĂ© qu’ils donneront en apanage Ă  l’hĂ©ritier de la couronne, le dauphin (walad chez les omeyyades, kronpritz dans l’empire allemand, tsarĂ©vitch dans l’empire russe, prince de Galles en Angleterre, prince des asturies en Espagne, tous la mĂŞme origine…). Ils seront les cĂ©lèbres rois bâtisseurs des fameux châteaux de la Loire, Chambord, Chenonceau, Amboise, Chinon, Blois, Fontainebleau…

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Le règne de Philippe VI de Valois est diversement Ă©valuĂ© par les historiens. AppelĂ© “le roi trouvĂ©”, c’est un milicien flamand plein d’esprit qui lui donnera ce sobriquet avant la bataille de Cassel,  bataille pourtant remportĂ©e par les troupes du roi de France, il jouissait encore malgrĂ© tout d’une certaine autoritĂ© malgrĂ© les dĂ©routes face aux anglais.PhilippeVIdevalois

Se voulant chevaleresque, il avait encore un certain “sens de l’Etat” ou du moins un rĂ©el sens de ses responsabilitĂ©s comme l’attestera son règlement de l’affaire de la succession d’Artois Souverain dĂ©bonnaire et assez bienveillant (“qui m’aime me suive“), il accède au trĂ´ne de l’Etat le plus puissant et le plus prospère d’Europe mais laissera un pays totalement ruinĂ© et dĂ©sorganisĂ© par la guerre et la grande peste, une vĂ©ritable pandĂ©mie qui a dĂ©cimĂ© entre 1 tiers et 40 % de la population europĂ©enne et qui laissera l’Europe qui commençait Ă  se dĂ©velopper et Ă  renaĂ®tre culturellement du fait de la redĂ©couverte des Ă©crits des anciens et du contact avec la civilisation arabo-musulmane. Le continent mettra 2 siècles avant de repartir vĂ©ritablement de l’avant. La France ne retrouvera sa population qu’au 16ème siècle.

Le règne avait pourtant bien dĂ©butĂ©. Philippe VI n’eut pas de mal Ă  assoir son trĂ´ne après la succession difficile et mena une importante campagne en Flandre conclue par la bataille de Cassel en 1328 qui lui permit d’imposer Louis de Nevers, son candidat Ă  la succession au comtĂ© de Flandre et d’imposer Ă  Edouard III de rendre l’hommage pour la Guyenne. Il parvint Ă©galement Ă  rĂ©cupĂ©rer la Champagne et la Brie qui auraient dĂ» revenir Ă  Jeanne d’Evreux, unique hĂ©ritière de ces domaines que son grand-père Philippe le Bel tenait de son Ă©pouse Jeanne de Navarre mais dut laisser Ă  Jeanne le royaume de Navarre. Le règlement, pourtant juste du règlement de la succession du comtĂ© d’Artois envenima nĂ©anmoins les relations avec Robert d’Artois, un authentique capĂ©tien qui s’en alla partout en Europe poursuivre sa dispute (On connait l’histoire du banquet du hĂ©ron ave la cour d’Edouard III). Philippe VI parvint Ă©galement Ă  nouer une prĂ©cieuse alliance en mariant son fils Jean futur Jean le bon avec la fille de Jean de Luxembourg, s’ouvrant par lĂ  les marches de l’est. A la fin du règne, Philippe VI parvint Ă©galement Ă  mettre la main sur Montpellier qui entrera dĂ©finitivement dans la carcelle des capĂ©tiens et acquiert aussi le DauphinĂ© du vieux Humbert II du DauphinĂ©, mort sans hĂ©ritiers. Charles, futur Charles V le sage, fils de jean le Bon deviendra le 1er dauphin de France. On voit que le bilan du règne est plus contrastĂ© qu’il n’y paraĂ®t.

Le malheur vint surtout de la dĂ©tĂ©rioration des relations avec Edouard III, roi d’Angleterre, du dĂ©clenchement de la guerre oĂą les armĂ©es françaises pourtant valeureuses mais plombĂ©es par des options tactiques dĂ©passĂ©es furent lessivĂ©es par les forces anglaises ( Bataille navale de l’Ă©cluse et bataille de CrĂ©cy) puis plus tardivement par la grande pandĂ©mie de 1348 et de  la grande jacquerie de 1358 qui aura lieu sous le règne suivant. La dĂ©faite navale de l’Ecluse en 1340 commença par Ă´ter aux français l’initiative, leur interdisant dĂ©sormais d’intervenir dans les affaires d’Ecosse. Le dĂ©sastre de CrĂ©cy en 1346 oĂą les archers anglais achevèrent de dĂ©cimer la chevalerie française, les chevauchĂ©es d’Edouard III et de ses fils, le prince de Galles (le prince noir) et celle moins “heureuse” du duc de Lancastre, l’affaire de du conflit de succession de Bretagne oĂą les anglais parvinrent finalement Ă  imposer leur candidat Jean de Monfort et la trahisons de nobles normands menĂ©s par Godefroy d’Harcourt qui aspirait Ă  relever le duchĂ© de Normandie manquèrent de jeter le royaume dans l’abĂ®me. La grande peste amenĂ©e de CrimĂ©e par des marchands gĂŞnois ajouta Ă  la misère qui Ă©tait dĂ©jĂ  grande d’autant, comme on l’a vu que les prĂ©tentions de Charles le mauvais, roi de Navarre (el malo), fils de Jeanne d’Evreux et d’Edouard III PlantagenĂŞt, petit-fils de Philippe le Bel par sa fille Isabelle de France Ă©taient loin d’ĂŞtre infondĂ©es, et les “trahisons” tant dĂ©criĂ©es par les historiens du XIX ème siècle, donc toutes relatives. Les Anglais parvinrent un temps Ă  reprendre la Normandie et se rendirent maĂ®tres de la moitiĂ© de la France et plus tard ce sont surtout les forces vives de la Nation qui lui permirent de reprendre le dessus.

Edouard III

Philippe VI finit par mourir en 1350 après un règne qui ne fut pas petit en laissant un successeur, Jean II le bon, qui quoique adulte et formĂ© conduisit une politique encore plus malheureuse. Son règne coĂŻncida avec le dĂ©clenchement et l’apogĂ©e de la grande peste de 1348, la plus grande pandĂ©mie qui ait jamais frappĂ© le monde depuis le dĂ©but de l’ère historique. Il faut avoir en tĂŞte que les gens vivaient alors quotidiennement avec la mort, ne sachant pas s’ils passeraient la semaine, cherchant des consolations dans la religion, dĂ©veloppant les superstitions et les psychoses les plus ahurissantes et ne sachant plus Ă  quoi s’en remettre et ne trouvant d’explications ni de solutions logiques cherchaient partout des boucs Ă©missaires, les juifs accusĂ©s d’avoir contaminĂ© les eaux, les sorciers et sorcières, une punition divine.. Une des raisons pour laquelle la pandĂ©mie se dĂ©veloppa avec cette facilitĂ© est d’ailleurs d’après moi, le manque de chats dĂ» Ă  des superstitions qui les identifiaient avec des crĂ©atures du dĂ©mon, les faisant persĂ©cuter et massacrer par les populations Ă  chaque fois que celles-ci en avaient l’occasion; En effet, les rats dont les chats sont les principaux prĂ©dateurs Ă©taient le principal vĂ©hicule de la pandĂ©mie. C’est dans cette ambiance de fin du monde que se dĂ©tĂ©riorèrent les relations franco-anglaises et se dĂ©clencha la guerre de 100 ans pour ajouter aux malheurs de la population. La misère et le dĂ©sespoir dĂ©clenchèrent des grandes peurs, des rĂ©voltes paysannes qui culminèrent avec la grande jaquerie de 1358. C’est sans doute la pĂ©riode la plus noire de l’histoire de France avant la pĂ©riode des guerres de religion du 16ème siècle et l’occupation de 1940.

Lapestenoire

Les dĂ©faites face aux anglais qui culminèrent avec le dĂ©sastre de Poitiers en 1354 oĂą Jean le Bon fut capturĂ© par l’armĂ©e du prince noir pourtant infĂ©rieure en nombre, suite aux errances tactiques des nobles français lourdement armĂ©s et protĂ©gĂ©s qui chargèrent aveuglĂ©ment la piĂ©taille anglaise avant d’ĂŞtre dĂ©cimĂ©s par les archers gallois, soulignèrent encore une fois la crise de la fĂ©odalitĂ© et la nouvelle dynastie des Valois, dĂ©jĂ  Ă©prouvĂ©e par les contestations (lĂ©gitimes?) de Charles d’Evreux, roi de Navarre (el Malo) et d’Edouard III, roi d’Angleterre, y perdit presque tout son crĂ©dit. La capture de Jean II qui fut soumis Ă  une Ă©norme rançon acheva de ruiner et de dĂ©moraliser la population.

Jean II le Bon

A l’actif de ce roi si malchanceux, on peut citer une ordonnance rĂ©glementant les mĂ©tiers de la ville de Paris, une rĂ©organisation de l’armĂ©e qui profitera Ă  son successeur, la crĂ©ation de l’ordre de l’Ă©toile, 1er ordre de chevalerie purement français, la convocation des Ă©tats gĂ©nĂ©raux Ă  2 reprises et surtout, la crĂ©ation d’une nouvelle monnaie forte et en or qui fera date, le franc. C’est une monnaie Ă  forte teneur en or (3,88 grammes), mĂŞme si Jean II fera procĂ©der Ă  plusieurs dĂ©valuations comme tant d’autres rois au moyen-âge, pourquoi on le traitera Ă©galement de faux-monneyeur comme Philippe Auguste ou Philippe le Bel. Le nom mĂŞme de cette monnaie en traduit bien la portĂ©e.francacheval

Cependant, il est bien une autre bĂ©vue qu’on peut lui imputer. C’est d’avoir apanagĂ© ses fils cadets, Philippe hĂ©ritant de la Bourgogne, Jean du Berry et Louis du Maine, Charles en plus d’ĂŞtre dauphin ayant dĂ©jĂ  reçu la Normandie. C’est une dĂ©cision lourde qui hypothĂ©quera l’avenir la Monarchie pendant un siècle, surtout Ă  cause de la Bourgogne dont les ducs (Philippe le Hardi, Jean sans peur, Philippe le bon, Charles le tĂ©mĂ©raire) feront un Etat s’Ă©tendant du nord de l’Italie jusqu’Ă  la mer du nord et voudront faire renaĂ®tre une Lotharingie, empire au centre de l’Europe entre la Francie occidentale et les Etats germaniques. MĂŞme après l’Ă©chec final et la mort au combat de Charles le tĂ©mĂ©raire, sa fille et unique hĂ©ritière Marie de Bourgogne prĂ©fĂ©rera Ă©pouser Maximilien de Habsbourg pour protĂ©ger l’indĂ©pendance de ses Etats ayant Ă©chappĂ© Ă  la rapacitĂ© de Louis XI. Son fils Philippe le Beau, en Ă©pousant Jeanne, fille d’Isabelle la catholique et Ferdinand d’Aragon, donnera naissance Ă  Charles Quint, empereur du Saint empire, roi d’Espagne, duc de Bourgogne, etc… On voit ici que chaque dĂ©cision erreur est lourde de consĂ©quences et que ces unions dynastiques auront une influence dĂ©cisive sur l’avenir de l’Europe pendant des siècles.

Charles V de Valois

Charles V le sage mais qu’on aurait aussi bien pu appeler le rĂ©formateur aura pour lourde tâche de sauver la dynastie alors complètement discrĂ©ditĂ©e des valois. Outre d’ĂŞtre le 1er dauphin de France, il sera Ă©galement lieutenant gĂ©nĂ©ral puis rĂ©gent du royaume pendant la captivitĂ© de Jean II (Ă  un très jeune âge) et aura pour tâche de rassembler la rançon et de limiter les consĂ©quences du dĂ©sastre de Poitiers jusqu’au traitĂ© de BrĂ©tigny qui, s’il est très dur, permet nĂ©anmoins de sauver l’essentiel (Normandie, Maine, Touraine, Anjou) en attendant des jours meilleurs. Edouard III y obtient malgrĂ© tout, outre la rançon, la pleine souverainetĂ© sur la Guyenne et la Gascogne ainsi que la suzerainetĂ© sur le Poitou, la Flandre et la bretagne.

Une fois ayant accĂ©dĂ© au trĂ´ne, il se rapproche du “parti conservateur” et tente de rĂ©gner selon les principes d’un Etat de droit si l’on peut parler ainsi Ă  cette Ă©poque. Son règne est marquĂ© par la lutte contre les troubles provoquĂ©s par Charles d’Evreux, roi de Navarre qui est finalement battu Ă  Cocherel par Du Gueslin, le traitement du problème constituĂ© par les grandes compagnies, qui une fois dĂ©soeuvrĂ©es ont une fâcheuse tendance Ă  vivre sur le pays et Ă  rançonner les villes et qui sont envoyĂ©es en Castille soutenir le candidat français (Henri de Trastamare) contre son demi-frère (Pierre le cruel) pendant la guerre civile de Castille (ce sera finalement le Trastamare qui prendra le dessus), rĂ©primer les violentes jacqueries qui saignent le pays, la lutte contre Etienne Marcel prĂ©vĂ´t des marchands de Paris qui avait initiĂ© une vĂ©ritable rĂ©volution avant l’heure en s’appuyant notamment sur Charles le mauvais et surtout par la difficile reconquĂŞte des territoires perdus sur les anglais après le traitĂ© de BrĂ©tigny.

C’est un roi très instruit connu pour avoir fondĂ© la 1ère librairie royale, ancĂŞtre de la bibliothèque nationale de France. Il s’entoure de conseillers d’origine bourgeoise, les fameux marmousets. Devant la très lourde tâche qui l’attendait, il eut l’intelligence de se donner les moyens de sa politique en s’entourant de ces fameux conseillers, et en mettant un pace un impĂ´t permanent, 1er du genre en France, ce qui lui permettra d’enrĂ´ler 5 ou 6 000 soldats rĂ©munĂ©rĂ©s qui constitueront la 1ère armĂ©e permanente en France en lieu et place de l’ost traditionnel. Il nomme connĂ©table Bertrand du Gueslin et nomme son cousin Olivier de Maury chambellan bien qu’ils soient de petite noblesse et confie Ă©galement Ă  Olivier de Clisson, grand noble breton d’importantes responsabilitĂ©s militaires, privilĂ©giant la fidĂ©litĂ© Ă  la naissance. Il met en place une politique diplomatique intelligente qui lui permet d’isoler diplomatiquement l’Angleterre, lui permettant de dĂ©marrer la reconquĂŞte. S’il ne parvient ni Ă  imposer son candidat face au candidat anglais Jean de Monfort pour le duchĂ© de Bretagne et doit bien accepter ce que l’on a appelĂ© “le fait breton” (indĂ©pendance de fait du duchĂ© de Bretagne malgrĂ© une apparente suzerainetĂ©) et ne peut ou ne veut empĂŞcher le grand schisme d’occident qui s’est dĂ©veloppĂ© sous son règne avec un pape Ă  Rome et un Pape Ă  Avignon, il parvient non par le biais de victoires dĂ©cisives tant les anglais avaient la supĂ©rioritĂ© tactique mais par une patiente politique de grignotage de leurs territoires, place forte par place forte et en se ralliant les seigneurs gascons Ă  rĂ©tablir la situation politique et militaire dans son royaume. A la fin de son règne, il ne laisse guère aux anglais que Bordeaux, Cherbourg, Brest et Calais, ce qui leur permettra nĂ©anmoins de dĂ©barquer ultĂ©rieurement oĂą ils le souhaitent, mais bien plus tard sous le règne de Charles VI et de Henri V de Lancastre.

Charles V fait reconstruire l’enceinte de Paris dĂ©jĂ  commencĂ©e par Etienne Marcel, enceinte longue de 5 kms et conçue en profondeur afin de parer aux nouvelles innovations de l’artillerie, finance la construction de la Bastille de ses propres deniers, reste fidèle Ă  la politique de monnaie forte dĂ©jĂ  amorcĂ©e sous son prĂ©dĂ©cesseur, pose de nouveaux jalons Ă  la politique de gallicanisme qui deviendra une constante de la politique française et entame d’importantes rĂ©formes administratives. Il se pose en roi sage, restaure le prestige et donc la lĂ©gitimitĂ© des valois et se prĂ©sente dans une posture hiĂ©raldique de roi absolu ne tenant sa lĂ©gitimitĂ© que de la grâce de Dieu.

A son passif, il a poursuivi une politique d’apanages conçue afin de favoriser une dĂ©centralisation dans des buts de meilleure gestion. Les apanages revenaient Ă  des membres de la famille royale ou Ă  des apparentĂ©s et devaient revenir Ă  la couronne en cas de dĂ©cès sans hĂ©ritier mâle. Ce sera sa plus lourde erreur.

 

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Le règne de son fils, si l’on peut parler de règne correspondra Ă  la pĂ©riode la plus noire de l’histoire de France avant celle des guerres de religion au 16ème siècle et l’occupation de 1940. De plus, si la pandĂ©mie de peste noire avait passĂ© son pic, elle continuait nĂ©anmoins â sĂ©vir avec des pĂ©riodes de rĂ©mission. On ne l’annihilera qu’au dĂ©but du XIXème siècle avec les progrès de la mĂ©decine et de l’hygiène. Charles VI Ă©galement appelĂ© le bien-aimĂ© car on le plaignait de sa folie et plus tard, â partir du XIXème siècle le fol avait hĂ©ritĂ© en minoritĂ© de la couronne et la rĂ©gence avait Ă©tĂ© exercĂ©e conjointement par ses oncles Jean de Berry et Philippe le hardi qui en profitaient pour s’en attribuer le maximum de bĂ©nĂ©fices. C’est ce que l’on a appelĂ© le gouvernement des oncles.

Après un bon bon dĂ©but avec la victoire de Roesenbeck contre les flamands rĂ©voltĂ©s, charles VI a commencĂ© ou voulu commencer son règne personnel en rappelant les anciens conseillers de son père, les fameux marmousets mais trop instable, il est victime d’un 1er grave accès de folie en 1392 dans une forĂŞt prĂ©s du Mans lors d’une expĂ©dition contre le duc de Bretagne. Au cours de cette crise, il est pris d’hallucinations et s’en prend â ses hommes de troupe, en tuant 4 avant que sa suite ne parvienne Ă  le maĂ®triser. Les pĂ©riodes de rĂ©mission et les pĂ©riodes de crise vont se succĂ©der mais la tragĂ©die du bal des ardents oĂą le fils prĂ©fĂ©rĂ© de Gaston Phoebus, Yvain trouvera la mort va aggraver son Ă©tat et c’est un souverain malade parfois plongĂ© dans de longues phases d’hĂ©bĂ©tude qui occupera le trĂ´ne de France pendant encore une trentaine d’annĂ©es.

Le pouvoir est alors disputĂ© entre les ducs de Bourgogne et son frère Louis d’Orleans dont le fils Charles d’OrlĂ©ans Ă©pousera une fille de Bernard, comte d’Armagnac. Ce fut la dĂ©but de la fameuse rivalitĂ© entre les bourguignons et les armagnacs qui faillit pousser la France dans le prĂ©cipice. Le meurtre de Louis d’OrlĂ©ans par les sbires de Jean sans peur puis celui de ce mĂŞme Jean sans peur par le dauphin Charles poussĂ© par les armagnacs achèvera de raviver les haines. De plus le mariage de Charles VI avec Isabeau de Bavière, Ă©pouse volage s’il en est battait de l’aile et en multipliant les amants au point de jeter un doute sur la lĂ©gitimitĂ© des enfants royaux, notamment le dauphin Charles, elle acheva de dĂ©stabiliser la couronne dĂ©jĂ  moribonde.

Isabeau de Bavière, reine de France, vers 1400, statue de Guy de Dammartin, au Palais de Justice de Poitiers

Isabeau de Bavière, reine de France, vers 1400, statue de Guy de Dammartin, au Palais de Justice de Poitiers

Après que Henri V Lancastre, roi d’Angleterre ait rĂ©veillĂ© la guerre après une longue trĂŞve et remportĂ© la dĂ©sastreuse (pour les français) bataille d’Azincourt puis ralliĂ© le duc de Bourgogne Philippe le bon Ă©coeurĂ© par le meurtre de son père Jean sans peur, une ultime trahison de l’inĂ©narrable Isabeau aboutit au dĂ©sastreux traitĂ© de Troyes en 1420 qui consacre la victoire d’Henri et prĂ©voit de dĂ©shĂ©riter le dauphin Charles sous prĂ©texte de bâtardise. Henri V qui a Ă©pousĂ© Catherine de Valois, fille de Charles VI et d’Isabeau est alors censĂ© succĂ©der comme roi de France au dĂ©cès de Charles VI, rĂ©unissant ainsi les deux couronnes.

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Si l’affaire semble ainsi rĂ©glĂ©e, ces solutions pouvant avoir cours sous d’autres cieux, en Angleterre notamment, ne s’appliquent pas facilement en France oĂą la tradition monarchique a malgrĂ© tout dorĂ©navant plein pied, la dynastie des valois acceptĂ©e malgrĂ© ses dĂ©convenues et qu’un sentiment national est apparue pendant le conflit d’autant plus que le dauphin Charles qui s’est constituĂ© un parti, essentiellement soutenu par les armagnacs, s’est rĂ©fugiĂ© Ă  Bourges oĂą il s’est constituĂ© une cour et domine encore le pays au sud de la Loire.

A sa mort, en 1422, son fils (?) Charles ne lui succède pas directement, contestĂ© par le parti pro-anglais et le parti bourguignon. Dauphin, il dirigeait la partie française au sud de la Loire en s’appuyant essentiellement sur le parti armagnac. On l’a surnommĂ© “le roi de Bourges”. Il ne s’affirmera vraiment qu’après son sacre Ă  Reims en 1429, dĂ» en partie Ă  l’Ă©popĂ©e de Jeanne d’Arc. Plus tard, on le surnommera Charles VII “le victorieux” ou “le bien servi”. C’est Ă  lui qu’il reviendra de “bouter dĂ©finitivement les anglais hors de France” et de mettre un terme Ă  la guerre de 100 ans, guerre qui a bien durĂ© 116 ans en fait. Par la suite, les anglais ne se risqueront plus guère en France et y renonceront dĂ©finitivement après la prise de Calais sous Henri II, siège dirigĂ© par François de Guise, le 1er balafrĂ© en fait comme on le verra plus tard.

Si Charles VII avait rĂ©ussi Ă  consolider ses positions au sud de la Loire entre 1422 et 1425, le retour en force des anglais qui cherchaient Ă  prendre OrlĂ©ans, dernier verrou sur la Loire les empĂŞchant de dĂ©ferler vers le sud menaçait sa fragile position et c’est l’Ă©popĂ©e de Jeanne d’Arc sur laquelle nous ne reviendrons pas qui le confortera sur sa lĂ©gitimitĂ© (entrevue de Chinon), lui permettra de dĂ©gager OrlĂ©ans et de se faire sacrer Ă  Reims. En mĂŞme temps, le roi anglais, Henri VI Lancastre se faisait sacrer Ă  Paris en la cathĂ©drale Notre dame. En fait, le dĂ©cès prĂ©coce et inopinĂ© d’Henri V, le vainqueur d’Azincourt a sauvĂ© les valois en laissant un jeune fils de 6 mois, la rĂ©gence Ă©tant partagĂ©e entre ses oncles, le duc Jean de Bedford Ă©tant lieutenant gĂ©nĂ©ral du royaume en France. Le soutien des angevins avec Ă  leur tĂŞte Yolande d’Aragon belle-mère du roi et bien sĂ»r des armagnacs a cependant Ă©tĂ© dĂ©terminant. Certains historient imputent d’ailleurs Ă  Yolande d’Aragon d’avoir montĂ© de toutes pièces le mythe de Jeanne d’Arc.

par Jean Fouquet, actuellement au musée du Louvre

par Jean Fouquet, actuellement au musée du Louvre

On a beaucoup reprochĂ© Ă  Charles VII d’avoir mis en veilleuse un temps la reconquĂŞte du territoire et d’avoir abandonnĂ© Jeanne d’Arc Ă  son sort mĂŞme s’il a appuyĂ© le procès de nullitĂ© en 1356 et donc sa rĂ©habilitation. Pour la 1ère partie, des conditions politiques et diplomatiques Ă©taient lĂ  pour justifier ce choix jusqu’au traitĂ© d’Arras en 1435 par lequel le duc de Bourgogne Philippe le bon abandonnait le parti anglais et rejoignait la cause du roi de France en Ă©change de la reconnaissance par celui-ci de sa culpabilitĂ© dans le meurtre de Jean sans peur, d’excuses publiques et d’ostentatoires manifestations de remords. Le traitĂ© d’Arras mit fin Ă  la guerre civile entre armagnacs et bourguignons et permit le dĂ©clenchement de la reconquĂŞte dĂ©finitive du territoire qui devait culminer avec la bataille de Castillon en 1453, les anglais ne gardant finalement que la tĂŞte de pont de Calais qui devait leur ĂŞtre finalement prise sous le règne d’Henri II. Quant Ă  l’abandon de Jeanne d’Arc, il est vrai qu’Ă  cette Ă©poque les prisonniers d’importance Ă©taient gĂ©nĂ©ralement Ă©changĂ©s contre rançon mais si les bourgguignons auraient pu y procĂ©der les anglais leur en auraient trop voulu pour cela, ce qui aurait sans doute mis un terme prĂ©maturĂ© Ă  l’alliance anglo-bourguignonne.

La politique de Charles VII qui coĂ»tait fort cher fut en partie permise par le soutien financier de Jacques CĹ“ur, un des 1ers grands argentiers que l’ancien rĂ©gime produisit si souvent par la suite.jacquescoeurJaques cĹ“ur fut par la suite accusĂ© de concussions, sans doute Ă  tort, trop de personnes d’importance lui devant de l’argent, condamnĂ© Ă  la confiscation de ses biens et au bannissement. Il finit sa vie Ă  Chios au cours d’une croisade contre les turcs Ă  laquelle il avait participĂ©.

Le règne de Charles VII fut Ă©galement marquĂ© par la pragmatique sanction par laquelle il instaurait sa protection sur l’Ă©glise de France, conformĂ©ment Ă  la politique traditionnellement gallicane des rois de France. Par la suite, les Ă©vĂŞques et cardinaux français ne devaient plus ĂŞtre nommĂ©s par le pape que sur proposition de la cour. Charles VII mit Ă©galement en Ă©chec une importante rĂ©volte nobiliaire, la praguerie de 1440 Ă  a laquelle avait d’ailleurs trempĂ© son propre fils, le dauphin Louis, futur Louis XI, trop pressĂ© de succĂ©der Ă  son père.

La fin du règne fut marquĂ©e par l’exil du dauphin Louis Ă  la cour de Bourgogne qui lui donna asile malgrĂ© les rĂ©criminations du vieux roi (“le duc de Bourgogne abrite un renard qui un jour lui dĂ©vorera ses poules”, sentence prĂ©monitoire s’il en est). Le roi de France entretint aussi sur ses vieux jours une relation amoureuse avec Agnès Sorel, la dame de beautĂ© qui eut un effet heureux sur lui qui Ă©tait naturellement mĂ©fiant, dissimulĂ© et rĂ©tif. D’autres rois de France avaient dĂ©jĂ  eu des maĂ®tresses officielles, mais c’Ă©tait la 1èere fois que cela Ă©tait affichĂ© de la sorte, sans aucune dissimulation, inaugurant une tradition de maĂ®tresses officielles qui devait devenir si caractĂ©ristique des ses successeurs.

Quand Charles VII dĂ©cède finalement en 1461, Louis XI qu’on appellera le “le prudent” ou “le hutin” a dĂ©jĂ  38 ans et se trouve alors Ă  la cour de Bourgogne oĂą Philippe le Bon lui a donnĂ© asile. Il a dĂ©jĂ  donnĂ© des signes de ses qualitĂ©s par sa bonne administration du dauphinĂ© du viennois mais s’est Ă©galement dĂ©marquĂ© par son insubordination en participant Ă  la praguerie de 1440 et en se joignant aux grands feudataires qu’il cherchera sans cesse Ă  rabaisser par la suite. Comme quoi l’hĂ©ritier du trĂ´ne de France n’est pas le roi de France.

De lui, on connait les images d’Epinal le dĂ©crivant comme un souverain fourbe, intriguant et cruel (“l”universelle aragne”), l’Ă©vĂŞque La Balue emprisonnĂ© dans une cage de fer ou encore l’orageuse entrevue de PĂ©ronne avec Charles le TĂ©mĂ©raire. En fait c’est un roi avec une profonde vision politique. La trame de son règne est de mettre dĂ©finitivement au pas les grands seigneurs et de rĂ©cupĂ©rer des territoires stratĂ©giques, notamment les villes de la Somme, et de rogner les ailes du duc de Bourgogne devenu trop puissant et qui commençait Ă  rĂŞver de resusciter l’ancienne Lotharingie, ses territoires s’Ă©tendant de la Suisse Ă  la mer du nord.
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Le règne de Louis XI est donc bien sĂ»r marquĂ© par sa longue rivalitĂ© avec Charles le TĂ©mĂ©raire, duc de Bourgogne. RivalitĂ© qui sera jalonnĂ©e d’intrigues, de trahisons, de coups de force ou de majestĂ©. L’Ă©pisode de l’hĂ©roĂŻque rĂ©sistance de Jeanne Hachette dĂ©fendant Beauvais devant les forces bourguignonnes est bien sĂ»r lui aussi entrĂ© dans la lĂ©gende, une image d’Epinal.

Avant mĂŞme que Charles le tĂ©mĂ©raire ne succède Ă  son père Philippe le Bon et alors qu’il n’Ă©tait que l’hĂ©ritier prĂ©somptif du duchĂ© de Bourgogne sous le titre de comte de Charolais, il avait pris la tĂŞte d’une rĂ©volte nobiliaire, la ligue du bien public Ă  laquelle s’Ă©tait Ă©galement joint les ducs de Bourbon et d’OrlĂ©ans (Louis d’OrlĂ©ans futur Louis XII). Louis XI pris lui-mĂŞme la tĂŞte des armĂ©es royales et participa Ă  la bataille de MonthlĂ©ry en 1465, bataille confuse et sans rĂ©el vainqueur mais parvint Ă  ramener le duc de Bourbon Ă  la raison, Ă  libĂ©rer Paris du siège dont la ville faisait l’objet et Ă  ne rien cĂ©der sur le gouvernement du royaume. Par contre, il dut rĂ©trocĂ©der les villes de la Somme au duc de Bourgogne, villes qu’il rĂ©cupĂ©ra plus tard. Le règne fut Ă©galement marquĂ© par le dernier retour des anglais menĂ©s par Edouard IV d’York, sorti vainqueur de la guerre des deux roses qui tentèrent une nouvelle chevauchĂ©e pour se relancer sur le continent. L’aventure avorta dans l’Ĺ“uf et Louis, en payant “un tribut” laissa les anglais s’en revenir satisfaits sans se douter qu’il les avait flouĂ©s.

La longue lutte contre la Bourgogne Ă©maillĂ©e par la cĂ©lèbre et orageuse entrevue de PĂ©ronne oĂą il dut trahir ses propres alliĂ©s rĂ©voltĂ©s contre le duc Ă  Liège prit fin après la bataille de Morat en 1476 oĂą Charles le TĂ©mĂ©raire fut tuĂ© contre les suisses et Louis XI parvint Ă  rĂ©cupĂ©rer les villes de la Somme et une partie de l’hĂ©ritage bourguignon sans parvenir Ă  dĂ©pecer totalement le duchĂ©. En effet, l’unique hĂ©ritière de Charles le TĂ©mĂ©raire, Marie de Bourgogne eut l’habiletĂ© de se marier Ă  Maximilien de Habsbourg, futur empereur du saint empire germanique avec toutefois un contrat de mariage qui mĂ©nageait ses possessions Ă  leurs hĂ©ritiers. Ce fut Philippe le Beau, l’Ă©poux de Jeanne la folle et père de Charles Quint.

louisXI

Louis XI mena Ă©galement d’importantes rĂ©formes de modernisation du royaume. Il mit en place le Relais de poste qui lui permit d’ĂŞtre informĂ© Ă  temps des Ă©vènements et de faire parvenir ses instructions dans un dĂ©lai suffisamment bref pour pouvoir ĂŞtres utiles. Il faut savoir qu’Ă  cette Ă©poque les dĂ©lais pour faire parvenir le courrier comptaient beaucoup pour l’exĂ©cution d’une bonne politique. Il fut Ă©galement le 1er roi de France qui favorisa franchement le dĂ©veloppement de l’imprimerie qui venait d’ĂŞtre inventĂ©e. Il mit en place des compagnies d’ordonnance Ă  pied, les bandes de Picardie, 1ère infanterie permanente.

Se sentant partir et sachant son hĂ©ritier Charles bien trop jeune pour prendre la succession, il institua sa fille Anne de Beaujeu (“la moins folle femme de France car de sage je n’en sais point”) aidĂ©e de son Ă©poux Pierre de Beaujeau comme rĂ©gente.

A la fin sur sa personnalitĂ© et sur son gĂ©nie politique, laissons la parole Ă  son proche conseiller Philippe de Commynes, un transfuge de la cour de Bourgogne ( il avait bien servi Philippe le bon mais abandonna Charles le TĂ©mĂ©raire qui l’exaspĂ©rait):

« Entre tous ceulx que j’ai jamais congneu, le plus saige pour soy tirer d’ung maulvais pas, en temps d’adversité, c’estoit le roy Loys unziesmez, nostre maistre, et le plus humbe en parolles et en habitz, qui plus travailloit à gaigner ung homme qui le pouvoit servir ou qui luy pouvoit nuyre. Et ne se ennuyoit point à estre refusé une foys d’ung homme qu’il prticquoit à gaigner, mais y continuoit, en lui promectant largement et donnant par effect argent et estatz qu’i congnoissoit qui lui plaisoient. Et ceux qu’il avoit chassez et deboutez en temps de paix et de prospérité, il les rachaptoit bien cher quant il en avait affaire, et s’en servoit, et ne les avoit en nulle hayne pour les choses passées . »

Charles VIII n’a que 13 ans lorsqu’il succède Ă  son père. A sa demande, il accepte la tutelle de sa sĹ“ur aĂ®nĂ©e Anne qui, elle, en a 23. La rĂ©gence est contestĂ©e par la famille d’OrlĂ©ans jusqu’çe ce que les Ă©tats gĂ©nĂ©raux de Tours de 1484 ne viennent la conforter dans sa lĂ©gitimitĂ©. Cela n’empĂŞche pas le duc Louis II d’OrlĂ©ans (futur Louis XII) de dĂ©clencher la guerre folle pour “libĂ©rer” Charles VIII du “joug” de sa sĹ“ur aĂ®nĂ©e, suite Ă  quoi il sera fait prisonnier et emprisonnĂ© pendant 3 ans. L’union de Charles VIII avec Anne de Bretagne, hĂ©ritière du duchĂ© de Bretagne marquera le dĂ©but de son règne personnel. Il est prĂ©vu dans le contrat de mariage que les enfants nĂ©s de l’union hĂ©riteront du duchĂ©. C’est pourquoi, Ă  la mort de Charles VIII sans hĂ©ritier mâle, son cousin Louis d’OrlĂ©ans qui lui succèdera aura pour 1ère prĂ©occupation d’Ă©pouser sa veuve. C’est Ă©galement pourquoi, Louis XII et Anne de Bretagne n’ayant pas eu d’autres enfants que la pauvre et contrefaite Claude de France, François 1er devra malgrĂ© tout lui aussi prendre Claude pour Ă©pouse.

Le règne de Charles VIII est bien sur marquĂ© par le dĂ©but des guerres d’Italie. L’objectif du roi est de rĂ©cupĂ©rer l’hĂ©ritage angevin, Ă  savoir le royaume de Naples-Sicile. Il Ă©tait tellement obsĂ©dĂ© par ce rĂŞve italien que ses conseillers ne parvenaient ni Ă  l’en dissuader ni Ă  en dĂ©tourner son attention du matin au soir (“il l’avait merveilleusement en tĂŞte “ disent les chroniqueurs.

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La 1ère guerre d’Italie (1494-1497) qui sera suivie de 10 autres (il y en eut 11 en tout) commence bien pour les français. L’armĂ©e de Charles VIII dont la puissance de feu grâce au train d’artilerie Ă©pouvante les italiens inhabituĂ©s Ă  cette violence et cette intenstiĂ© dans les combats, parvient Ă  prendre Florence et Ă  investir le royaume de Naples mais la coalition dite coalition de Venise fomentĂ©e par Venise et soutenue par le pape et Ferdinand d’Aragon force Charles VIII Ă  se rabattre vers le nord au cours d’une difficile retraite au cours de laquelle il parvient nĂ©anmoins Ă  remporter la difficile victoire de Fornoue. Au passage, les français ramèneront de leur sĂ©jour Ă  Naples une maladie nouvelle, la syphilis Ă©galement appelĂ©e le mal italien.

L’annĂ©e qui suit son retour (1497), Charles VIII qui fait rĂ©nover le château d’Amboise se heurte la tĂŞte dans une galerie servant de latrines en voulant rejoindre le jeu de paumes et meurt quelques heures plus tard Ă  28 ans et sans hĂ©ritier mâle. Son cousin Ă©loignĂ© Louis II d’OrlĂ©ans lui succède sous le nom de Louis XII. Si son règne a beaucoup Ă©tĂ© dĂ©criĂ© par les historiens du XIXème siècle, il a Ă©tĂ© depuis en partie Ă©tĂ© rĂ©habilitĂ©. En effet, d’une part on ne peut juger les Ă©motions et les raisons des personnages antiques avec nos valeurs d’aujourd’hui. D’autre part, les guerres d’Italie ont eu pour effet positif de canaliser le trop plein d’Ă©nergie de la noblesse française vers des conflits extĂ©rieurs. On est d’ailleurs bien forcĂ© de constater que tant que durèrent ces conflits (les guerres d’Italie), il n’y eut point de rĂ©volte nobiliaire importante, que ce soit sous les règnes de Louis XII, François 1er et Henri II. Par contre, dès qu’elles cessèrent, les rĂ©voltes nobiliaires connurent d’importantes recrudescences sous la couleur de guerres de religions.

LOuisXII

Quand il succède au trĂ´ne de France Ă  l’âge de 38 ans, suite au dĂ©cès inopinĂ© de Charles VIII parce qu’il est le plus proche parent mâle, Louis II d’OrlĂ©ans s’Ă©tait dĂ©jĂ  fait remarquer par sa participation Ă  la guerre folle, avait pris part Ă  diffĂ©rents complots jusqu’Ă  ĂŞtre emprisonnĂ© pendant 3 annĂ©es. Cependant, dès qu’il accĂ©da Ă  la dignitĂ© suprĂŞme, il se caractĂ©risa par son impartialitĂ© et se refusa Ă  rĂ©gler certains comptes. “Le roi de France ne venge pas les injures faites au duc d’OrlĂ©ans”, dixit…

Louis XII est le fils de Charles 1er d’OrlĂ©ans et de Marie de Clèves et le petit-fils de Louis 1er d’OrlĂ©ans lui mĂŞme fils cadet de Charles V, et de Valentina Visconti. C’est Ă  ce titre qu’il succède comme plus proche hĂ©ritier mâle suite Ă  l’extinction des valois directs. C’est donc la micro-dynastie des valois orlĂ©ans comme François 1er et ses descendants constitueront la micro-dynastie des valois orlĂ©ans AngoulĂŞme. Alors qu’il avait Ă©tĂ© mariĂ© de force par Louis XI Ă  la fille de ce dernier Jeanne de France, Jeanne la boiteuse, boiteuse et contrefaite sans espoir apparent de descendants (” pour ce qu’il me semble que les enfants qu’ils auront ensemble ne leur coĂ»teront point cher Ă  nourrir”, dixit), son 1er acte de roi fut de s’en sĂ©parer sous prĂ©texte de non consommation et en s’appuyant en outre sur le traitĂ© de Langeais qui stipulait que le successeur de Charles VIII devrait Ă©pouser sa veuve Anne de Bretagne. Louis XII n’en aura d’ailleurs non plus qu’une fille, Claude de France que François 1er devra Ă©galement Ă©pouser pour unir la France et la Bretagne.

SurnommĂ© “le père du peuple” pour avoir rĂ©duit la taille (mĂŞme s’il a augmentĂ© les impĂ´ts indirects) et pour avoir maintenu l’ordre intĂ©rieur pendant son règne, il est prĂ©sentĂ© par les historiens anciens comme un roi libĂ©ral incarnant une monarchie modĂ©rĂ©e. Sous son règne, il n’y eut ni rĂ©volte nobiliaire ni complots ni exĂ©cutions de nobles ou de grands commis. On peut dire qu’il est le dernier roi du moyen-âge français et le 1er de la renaissance.

L’essentiel des guerre qui marquèrent son règne eut lieu Ă  l’extĂ©rieur du pays si l’on excepte la reconquĂŞte de la Navarre espagnole par les aragonais. Il ajouta cependant aux prĂ©tentions des angevins sur le royaume de Naples-Sicile celles des OrlĂ©ans sur le duchĂ© de Milan et mena 3 guerres en Italie ( 2ème, 3ème et 4ème guerre d’Italie). sans succès final. Si l’aventure dĂ©buta bien, il se rendit maĂ®tre du duchĂ© de Milan et de la majeure partie de l’Italie, il en fut finalement dĂ©logĂ© par la coalition fomentĂ©e contre lui par Venise et surtout Ferdinand d’Aragon, l’Ă©poux d’Isabelle la catholique.

DĂ©sespĂ©rĂ© de n’avoir un hĂ©ritier, il n’avait eu qu’une fille, Claude de France, d’Anne de Bretagne, il Ă©pousa vers la fin de sa vie Marie Tudor, la très jeune sĹ“ur d’Henri VIII et s’Ă©puisa en joutes, danses et autres gamineries sĂ©niles pour Ă©blouir la belle si bien qu’il finit par y laisser ce qui lui restait de santĂ© et mourut finalement le 1er janvier 1515, sans doute d’Ă©puisement en laissant le trĂ´ne Ă  un cousin qu’il n’apprĂ©ciait pas (“ce gros garçon gâchera tout”…faisant allusion Ă  la corpulence et au caractère dĂ©sordonnĂ© et chimĂ©rique de son successeur), François d’AngoulĂŞme, le futur François 1er.De son successeur François 1er, 1er valois orlĂ©ans AngoulĂŞme, on pourrait dire beaucoup de choses. Prince de la renaissance, s’il en est, multipliant les conquĂŞtes, il faillit perdre son pays en se faisant prisonnier lors de la bataille de Pavie mais parvint Ă  tenir en laisse sa noblesse qui l’admirait et le prenait en modèle.

François 1er

Sa vie ressemble tellement Ă  un roman, un peu comme Henri IV et NapolĂ©on et fourmille tellement d’anecdotes savoureuses qu’il sera impossible de revenir sur toutes. Le camp du drap d’or avec le croche pied qui a rendu Henri VIII tellement furieux qu’il s’est alliĂ© â Charles Quint contre la France, le dĂ©ni de justice fait au connĂ©table de Bourbon (“je vais lui couper les paturons”...) sur instigation de sa mère, l’avide Louise de Savoie, injustice qui conduisit le connĂ©table â vendre ses services Ă  l’empereur et qui fut une des causes du dĂ©sastre de Pavie, jetant la France au bord du gouffre, Bayard agonisant qui plaignit le connetable venu lui rendre visite, le connĂ©table tuĂ© pendant le siege de Rome, le roi prisonnier, ses deux fils dont le futur Henri II Ă©changĂ©s et â leur tour prisonniers, la visite de Charles Quint â Fontainebleau, le mariage avec la soeur d,y celui Eleonore de Habsbourg, mariage restĂ© infĂ©cond, LĂ©onard de Vinci qu’il appelait mon père expirant dans ses bras Ă  Amboise, la faveur des Guises ( “ceux de la maison de Guise mettront mon peuple en pourpoing et ma famille en chemise”, dixitĂ , l’affaire des placards, la montĂ©e du protestantisme français (” il ny avait pas un fils de bonne mere en France qu,y n’y voulut goĂ»ter “.… disent les chroniqueurs ) si durement rĂ©primĂ© sous son règne, les dĂ©buts de l’exploration du Canada avec Jacques Cartier, l’alliance avec les turcs, le sĂ©jour si bien ordonnĂ© des turcs â Toulon sous la direction de Khayr eddine Barberousse, les capitulations accordĂ©es Ă  la France par la sublime porte, les innombrables aventures du roi avec leur lot d’anecdotes croustillantes ( François 1er jetant une cuisse de poulet Ă  un amant de sa maĂ®tresse cachĂ© sous son lit et alors que ses pieds en dĂ©passaient, mais on l’a aussi dit d’Henri IV, le roi versifiant (“Souvent femme varie, bien fol qui s’y fie ...”), l’edit de Villers Coterets instituant l’ensemble des documents officiels en langue française, la douleureuse agonie du roi due Ă  de multiples maladies vĂ©nĂ©riennes ( “je suis puni par lĂ  oĂą j’ai pĂŞchĂ©..”.),  ( ” j’ai eu ma part… “ ),  François de Guise se rejouissant de son proche trepas (“il s’en va le galant…”) car sentant les opportunitĂ©s qui se prĂ©senteraient par la suite, le roi tenant sa noblesse si bien en laisse (“Car tel est mon bon plaisir …”). Un grand roi en fin de compte? Sans doute…

Le règne est si riche et si contrastĂ© que l’on ne peut ici que se limiter â une modeste analyse politique. Le fait principal du règne est sans aucun doute la lutte contre les habsbourgs que François 1er a initiĂ©, politique que suivront tous ses successeurs avec plus ou moins de bonheur jusqu’Ă  Louis XV. En effet les Habsbourgs tenaient en plus de l’Espagne, les pays bas espagnols, la Franche comtĂ©, le milanais, le royaume de Naples en plus de leur formidable empire colonial et encerclaient la France de toutes parts. De plus, l’autre branche de la famille qui tenait la couronne du saint empire romain germanique soutenait les habsbourgs d’Espagne. C’est ce que l’on a appelĂ© le pacte de famille. De plus, les habsbourgs, dominant la majeure partie de la pĂ©ninsule italienne tenaient la papautĂ© Ă  leur botte. Double avantage…L’autre aspect important du règne est l’Ă©mergence du protestantisme français que Francois 1er a pourtant durement rĂ©primĂ©.

CharlesIXCatherinedeMedicisQuand Henri II succède Ă  François 1er dont il n’est pourtant que le second fils, son aĂ®nĂ© Ă©tant dĂ©cĂ©dĂ© des suites d’un possible empoisonnement, il a dĂ©jĂ  28 ans. Prisonnier dans son enfance dans les geoles du roi d’Espagne Ă  la place de son père, il a Ă©tĂ© durement marquĂ© par cette privation prĂ©coce de libertĂ©, d’oĂą un caractère taciturne et presque dĂ©pressif. NĂ©anmoins, c’est un homme fait, un roi dont on respecte l’autoritĂ©. Son dĂ©cès prĂ©coce lors des joutes tragiques a sans doute eu de lourdes consĂ©quences. Sans celĂ , les guerres civiles sous couvert de guerres de religion qui suivront n’auraient sans doute pas pris cette ampleur. Il recherche l’affection dont il a Ă©tĂ© privĂ© auprès de deux favoris, Diane de Poitiers, sa 1ère conquĂŞte et le duc de Montmorency qu’il fait connĂ©table, charge prestigieuse s’il en est. Anne de Montmorency, outre d’ĂŞtre son connĂ©table et mĂŞme une sorte de mentor est en outre l’oncle maternel des frères Chatillon (“les amiraux”, disait le duc de Guiseà qu’il protège malgrĂ© qui’ils aient adoptĂ© la religion de Genève (le calvinisme) et dont il favorise l’avancement. Les frères Chatillon, l’amiral de Coligny, son frère François de Chatillon colonel gĂ©nĂ©ral de l’infanterie et son frère puĂŻnĂ© le cardinal de Chatillon se poseront en leaders du parti protestant et verront se dresser devant eux une autre famille, les Guise avec Ă  leur tĂŞte François de Guise puis son fils Henri de Guise, “les bâlafrĂ©s”. Les Guise se poseront, eux, en dĂ©fenseurs de l’orthodoxie catholique la plus dure, presque au service de l’Espagne. On voit que les opportunismes politiques sous couverts de foi religieuse cachent mal ce qui est en rĂ©alitĂ© une recrudescence de la contestation nobiliaire.

Le règne d’Henri II sera nĂ©anmoins marquĂ© par deux succès majeurs. Tout d’abord la reprise de Calais des mains des aglais après un siège difficile ( “les français reprendront Calais quand le plomb flottera sur l’eau comme le liège”, devise arborĂ©e par les anglais sur une des portes de la ville) menĂ© par François de Guise qui en profitera pour accroĂ®tre son prestige.Le second succès est Ă©galement de taille avec la reprise dĂ©finitive par la France des 3 Ă©vĂŞchĂ©s, Ă  savoir Metz, Toul et Verdun qui relevaient alors de l’empire. D’après moi, Henri II n’a pas pu donner toute sa mesure Ă  cause de sa mort prĂ©coce. Il avait tout d’un grand roi avec cette dose de mĂ©diocritĂ© qui rassure les peuples et de prudence qui caractĂ©risent souvent les grands accomplissements.

Henri II a compensĂ© le manque d’affection dont il a souffert pendant sa jeunesse près de sa 1ère aventure, Diane de Poitiers, autre dame de beautĂ© avec laquelle il se montrait “affectueux comme un jeune chiot”, disent les chroniqueurs. Il lui pelotait les seins et en faisait leur Ă©loge en public mais on le dira Ă©galement plus tard d’Henri IV avec Gabrielle d’EstrĂ©es. Il Ă©pouse Catherine de MĂ©dicis, nièce du pape LĂ©on X et fille du duc d’Urbino Laurent de MĂ©dicis alors qu’il n’Ă©tait pas encore l’hĂ©ritier de la couronne, son frère passant avant lui mais les promesses faites pour le mariage par LĂ©on X ne seront pas tenues du fait de son dĂ©cès prĂ©coce, ce qui conduira François 1er Ă  se plaindre en permance (“j’ai eu la fille toute nue”). CelĂ  n’Ă©tait pas tout Ă  fait exact car Catherine amenait avec elle 120 000 Ă©cus en bijoux et en numĂ©raire ainsi que ses droits sur le comtĂ© d’Auvergne en tant qu’hĂ©ritière des la tour d’Auvergne. Nonobstant leur jeune âge au moment de leur mariage, les deux Ă©poux attendront 11 ans avant de procrĂ©er et auront finalement 10 enfants dont 7 arriveront Ă  l’âge adulte, Ă  savoir, François II, Elizabeth de France, Claude de France, Charles IX, Henri III, Marguerite de France (la reine Margot), et François d’Alençon. Tous souffriront de tares gĂ©nĂ©tiques dues Ă  la consanguinitĂ© Ă  des degrĂ©s plus ou moins graves et aucun de leurs fils ne parviendra Ă  engendre un dauphin, ce qui aura Ă©galement de lourdes consĂ©quences et lèvera une hypothèque sur l’avenir de la dynastie, les valois Ă©tant peut-ĂŞtre destinĂ©s Ă  disparaĂ®tre et ce sera la hantise de Catherine qui fera tout pour l’Ă©viter et dont la rĂ©gence puis le reste de sa vie seront obsĂ©dĂ©es par cette hantise.

Finalement, Henri II dĂ©cèdera lors des joutes tragiques dĂ©stinĂ©es Ă  cĂ©lĂ©brer le mariage de ses filles, Claude avec le duc de Lorraine et Elizabeth avec Philippe II d’Espagne. Il est inutile de revenir sur cet Ă©pisode fameux de l’histoire de France mais je ne peux m’empĂŞcher de citer ici le fameux qutrain prĂ©monitoire qui rendra Nostradamus si cĂ©lèbre dès son Ă©poque. Il est Ă  noter que Catherine poursuivra de sa haine le jouteur malheureux, Gabriel de Lorges comte de Montgomery, descendant de nobles Ă©coosais faisant partie de la fameuse garde Ă©cossaise des rois de France. Devenu un capitaine valeureux du parti protestant, il sera finalement fait prisonnier et exĂ©cut sur les ordres de Catherine. .

“Le lyon ieune le vieux surmontera
En champ bellique par singulier duelle
Dans Cage d’or les yeux luy creuera
Deux playes vne, puis mourir, mors cruelle”.

La pĂ©riode qui suit est un vĂ©ritable roman. Que de romanciers qui s’y sont essayĂ©s, de films, de sĂ©ries….

François IIQuand François II succède Ă  Henri II, il n’a que 15ans et s’estimant incapable encore de rĂ©gner Ă  son âge, il laisse la gestion des affaires Ă  sa mère et surtout aux oncles de sa femme Marie Stuart, reine d’Ecosse, Ă  savoir le duc François de Guise et le cardinal de Lorraine, vĂ©ritable tĂŞte politique de cette pĂ©riode. C’est le gouvernement des oncles qui se tĂ©vèlera vite impopulaire. De santĂ© fragile, il est apparemment frappĂ© de tuberculose comme ses frères Charles et François Hercule (le duc d’Alençon). Son règne est trop bref pour avoir eu un impact politique suffisamment important pour qu’on s’y Ă©ternise. NĂ©anmoins, trois Ă©vènements importants s’y sont dĂ©roulĂ©s. Tout d’abord la paix de Cateau-CambrĂ©sis par laquelle la France renonce Ă  toutes ses conquĂŞtes italiennes hormis 4 places fortes en Savoie, Ă  la Corse et Ă  la Toscagne mais oĂą elle rĂ©cupère 5 places fortes dans le nord-est du royaume que Philippe II rechignera Ă  restituer mais s’y rĂ©signera sous l’influence de la cour. Ensuite, la conjuration d’Amboise qu’on a Ă©galement appelĂ© le tumulte d’Amboise quand les protestants menĂ©s par le prince Louis de CondĂ©, frère cadet d’Antoine de Bourbon et donc oncle paternel du jeune Henri de Navarre, complot brouillon et mal prĂ©parĂ© par lequel les protestants ont tentĂ© un coup d’Etat en s’emparant de la cour sous prĂ©texte de dĂ©livrer le jeune roi de ses mauvais conseillers. La conjuration sera vite sauvagement rĂ©primĂ©e mais marquera une gĂ©nĂ©ration de huguenots, dont le jeune Agrippa d’AubignĂ©, rĂ©voltĂ© par la brutalitĂ© de la rĂ©pression. Enfin, Catherine de MĂ©dicis essaie une politique de tolĂ©rance Ă  l’instigation de son chancelier Michel de l’Hospital, politique qui caractĂ©risera longtemps sa rĂ©gence jusqu’Ă  la tragĂ©die de la Saint-BarthĂ©lĂ©my en 1572. François II dĂ©cèdera finalement en dĂ©cembre 1560 avant d’avoir pu fĂŞter ses 16 ans et d’avoir entamĂ© un règne personnel.

CharlesIXQuand le jeune Charles IX succède Ă  son frère, il n’a que 10 ans et Catherine de MĂ©dicis ename alors vĂ©ritablement sa rĂ©gence. Elle a un sens politique très affirmĂ© et penche naturellement vers la tolĂ©arance. En tĂ©moignent les deux Ă©dits de tolĂ©rance que sont l’Ă©dit de pacification d’Amboise et l‘Ă©dit de Saint-Germain. Elle rejette l’ultra orthodoxie Ă  l’espagnole avec l’arrivĂ©e Ă©ventiuelle de l’inquisition en France mais doit faire face Ă  de puissants groupes de pression menĂ©s par les lorrains et notamment la famille de Guise et la ligue catholique qui militent pourl’ultra catholique Espagne jusqu’Ă  frĂ´ler la trahison. De plus, voyant ses fils incapables de donner un dauphin Ă  la France et s’Ă©teignant l’un après l’autre, elle est hantĂ©e par l’idĂ©e de l’extinction des valois d’autant que d’autres familles plus ou moins apparentĂ©es se prĂ©parent Ă  la succession. C’est le cas de la famille des Guise dont les liens avec la couronne sont quasi nuls mais qui prĂ©tendent tenir des droits d’un lointain ancĂŞtre duc de basse lotharingie Ă  l’Ă©poque de Hugues Capet. Par contre, les Bourbons ont plus de lĂ©gitimitĂ© mĂŞme s’ils ne sont cousins des valois qu’au 13ème degrĂ©. Ils tiennent leur lĂ©gitimitĂ© de princes du sang de leur aĂŻeul Robert de Clermont, fils cadet de Saint-Louis qui avait Ă©pousĂ© une dame dite de Clermont. Toute la rĂ©gence de Catherine et les annĂ©ees des derniers valois sont hantĂ©es par cette hypothèque.

Le règne de Charles IX fut marquĂ© par le dĂ©clenchement des guerres de religion en France. Il y en eut 8 en tout dont 4 sous son règne. Le dĂ©clenchement fut le massacre de Wassy oĂą les hommes du duc François de Guise tuèrent 74 protestants rĂ©fugiĂ©s dans une grange et blessèrent 100 autres. La situation Ă©tait alors tellement tendue qu’il n’en fallait pas plus. Sans entrer dans le dĂ©tail des opĂ©rations militaires, ces guerres consistèrent souvent en de petites batailles remportĂ©es par les troupes royales (Jarnac, Moncontour) suivies de retraites magistralement orchestrĂ©es par les chefs protestants, Gaspard de Coligny Ă©tant le 1er d’entre eux. Elles ne parvinrent jamais Ă  une dĂ©cision dĂ©finitives et il fallut l’avènement d’un roi protestant, Henri IV pour y mettre fin mais mĂŞme alors les protestants se verront accorder par l’Edit de Nantes un certain nombre de places de sĂ»retĂ© qui, outre la protection royale, leur garantissaient de pouvoir s’y rĂ©fugiĂ©r en cas de recrudescence des troubles. Après le massacre de Wassy, François de Guise fut assassinĂ© par un homme de Coligny, Poltrot de MĂ©rĂ©, Ă  son instigation ou non. Ce fut le dĂ©but de la haine inexpiable entre les Guises et les frères Chatillon, qui de crime en vengence fut un dĂ©clencheur de la Saint-BarthĂ©lĂ©my.

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Que le massacre de la Saint-BarthĂ©lĂ©my ait Ă©tĂ© prĂ©mĂ©ditĂ© ou non et que tout un peuple de nobles protestants ait Ă©tĂ© attirĂ© Ă  Paris pourle mariage de Henri de Navarre et de Marguerite de Valois est possible. Les historiens en discutent encore. Toujours est t’il que le dĂ©clencheur fut la tentative manquĂ©e d’assassinat perpĂ©trĂ©e par un sbire du duc de Guise sur l’amiral de Coligny, tentative qui accrut tant la tension qui Ă©tait dĂ©jĂ  très Ă©levĂ©e et qui fit si peur Ă  la famille royale qu’elle ne trouva d’expĂ©dient pour se sortir d’affaire que de dĂ©clencher la curĂ©e, de nuit, il faut le prĂ©ciser. 3 000 huguenots furent massacrĂ©s Ă  Paris et plus de 20 000 dans l’ensemble de la France (sic) mais Henri de Navarre fut Ă©pargnĂ© et le prince Henri de condĂ© parvint Ă  s’enfuir. Il faut prĂ©ciser qu’un massacre inverse avait eu lieu prĂ©cĂ©demment Ă  NĂ®mes en 1567 lors de la fameuse michelade (jour de la Saint-Michel) oĂą une centaine de catholiques avaient Ă©tĂ© massacrĂ©s par des fanatiques protestants.

Charles IX s’eteignit finalement en 1574 â l’âge de 23 ans sans avoir eu d’enfant lĂ©gitime viable et sans avoir pu donner de dauphin Ă  la France. Il fut toutefois le seul de ses frères Ă  avoir une descendance mĂŞme si elle ne fut que le fruit d’une union adultère avec sa maĂ®tresse Marie Touchet. Son fils Charles fut fait comte d’AngoulĂŞme et protĂ©gĂ© par Henri III et participa Ă  bien des complots sous Henri IV, notamment lors de l’exĂ©cution du duc de Biron oĂą il ne dut son salut qu’Ă  la fuite. Il fut finalement fait duc d’AngoulĂŞme sous Louis XIII et joua un rĂ´le politique certain pendant des annĂ©es, notamment lors de la regence de Marie de Medicis.

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Quand Henri III lui succède, 3ème des fils d’Henri II Ă  rĂ©gner, il se trouve en Pologne oĂą il a ete Ă©lu roi de Pologne par la diète locale. Ayant appris le dĂ©cès de son frère, il organise une Ă©vasion en compagnie de ses amis les plus fidèles, les fameux “mignons”. Ces mignons n’Ă©taient pas ou pas seulement des amants mais surtout des soutiens Ă  son trĂ´ne qu’Henri III a choisi d’Ă©lever pour soutenir son pouvoir. Les plus notables furent le cardinal de joyeuse et son frère le duc Anne de Joyeuse qui fut tuĂ© ultĂ©rieurement Ă  la bataille de Coutras et surtout François Nogaret de la Valette, jeune cadet gascon venu Ă  Paris pour y trouver fortune et qui devint le duc d’Epernon par la grâce d’Henri III. Ce fut le principal soutien de son trĂ´ne qu’Henri choisit d’Ă©lever pour faire contrepoids au pouvoir grandissant d’Henri, duc de Guise. Ce fut lui qui offrit au roi les 40, garde personnelle ultrafidele et constituĂ©e de jeunes gascons. Ce furent les 40 qu’Henri III choisit pour exĂ©cuter son dessin de faire mourir le duc Henri de Guise et son frère le cardinal de Guise lors du coup de majestĂ© de Blois. Ne nous privons pas du plaisir de dĂ©crire le roi penchĂ© sur la dĂ©pouille de l’assassinĂ© de Blois (“il est encore plus grand couchĂ© que debout”).

Le regne d’Henri III a ete trop mĂ©sestimĂ©. Roi au bilboquet, soumis Ă  ses mignons, martyrisĂ© par les ligueurs alors qu’il ne faisait que “caler la voile”, il est connu maintenant qu’il n’en a rien Ă©tĂ©. C’etait un roi avec un sens tres aigĂĽ de ses devoirs, tres attachĂ© a son Ă©pouse Louise de Lorraine vaudemont et dotĂ© d’un très fort sens politique. En rĂ©alitĂ©, comme l’a dit Pierre de l’Etoile, bourgeois de Paris, proche du parti “politique”, et chroniqueur de cette pĂ©riode, “un très bon prince s’il eut rĂ©gnĂ© en des temps meilleurs..,”170px-Henri_de_Navarre_par_Dumonstier

Ce fut lui qui garantit la succession Ă  Henri de Navarre après le dĂ©cès de son dernier frère François d’Alençon mĂŞme si celĂ  devait lui coĂ»ter la vie. Ce fut sans doute cette orientation majeure de sa politique qui Ă©tait pourtant conforme aux lois fondamentales du royaume en plus de l’assassinat du duc de Guise qui devait armer les bras qui conduisirent son assassinat sous la main d’un jeune moine fanatique, Jacques Clement, en 1589 (“Ah le mĂ©chant moine!il m’a tuĂ©!”)

Il perdit la bataille de Coutras en 1587 face aux forces du roi de Navarre et son favori, le duc Anne de Joyeuse qui lui mĂŞme intriguait avec la ligue y trouva la mort. S’etant enfui de Paris qu’il ne contrĂ´lait plus et qui bĂ©tait tombĂ© dans les mains des 16 et s’Ă©tant rĂ©fugiĂ© Ă  Blois, il entreprit de reconquĂ©rir son royaume, y convoqua les Etats gĂ©nĂ©raux oĂą il fit de forts beaux discours et opĂ©ra un rapprochement stratĂ©gique dĂ©terminant avec Henri de Navarre conduit par le duc d’Epernon. Ayant joint ses forces Ă  celles du futur Henri IV, ils menaient ensemble un siège fort rude pour reprendre Paris et Henri III, tombĂ© au plus bas, commençait Ă  reprendre la main sur son royaume quand le couteau de Jacques ClĂ©ment le surprit sur sa chaise percĂ©e.

En fin de compte, la dynastie des valois connut beaucoup de hauts et de bas. Ce furent eux qui subirent de plein fouet la grande peste de 1348 et la guerre de cent ans. Ils durent composer avec la toute puissance de l’Espagne mais la politique anti-habsbourg de François 1er et d’Henri II initia ce qui devait devenir une constante de la politique Ă©trangère de la France pendant deux siècles. Ils furent les rois de la Renaissance, firent bâtir les fameux châteaux de la Loire (Chambord, Chenonceaux, Amboise, Chinon, Blois, Fontainebleau…), soutinrent les arts… Ils initièrent la politique gallicane de la monarchie française tout en respectant les formes avec la papautĂ© et soutinrent mĂŞme un temps un anti-pape en Avignon. Ils renforcèrent le pouvoir des rois de France sur leurs domaines et finirent par venir Ă  bout de la grande fĂ©odalitĂ©.

Leur bilan est doncbien plus contrastĂ© qu’il n’y paraĂ®t au 1er abord. Furent t’ils vraiment les rois maudits de Maurice Druon? M’est avis qu’ils ont jouĂ© un grand rĂ´le dans le devenir de la France moderne. Leur cour Ă©tait brillante, ils favorisèrent le prĂ© carrĂ© et après eux aucune invasion d’importance ne devait plus mettre la France en danger jusqu’Ă  NapolĂ©on. Ils ont tant bien que mal jetĂ© les bases de la puissance française et de l’Ă©clat de la culture française du 17ème et du 18ème siècles. En fin de compte, que la langue française Ă©tait belle au 16ème siècle…

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